A la mémoire de Claude Tresmontant

Il y a vingt ans….

Par

Yves Roucaute

Paru Valeurs Actuelles.10 mai 2017

Il y a vingt ans disparaissait Claude Tresmontant (1925-1997), monstre de savoir encyclopédique, antidote du politiquement correct. En ces temps troubles d’après tourmentes présidentielles, où des âmes se perdent dans l’accidentel, le colloque qui lui est consacré par l’Ecole Normale supérieure de la rue d’Ulm, le 15 et 16 avril, et l’ouvrage du franciscain Yves Tourenne, Claude Tresmontant et l’ontologie de la métamorphose, permettent de retrouver les hauteurs.
Dans ce milieu des années 70, entre préparation de l’agrégation de philosophie et dissertations sur la révolution dans les cafés, rien ne nous prédisposait à aller écouter un certain Claude Tresmontant à la Sorbonne. Il y enseignait pensée médiévale, théorie des sciences et une philosophie chrétienne qui n’était guère dans l’esprit du temps. Il n’avait pas encore écrit Le Christ Hébreu (1983), qui se vendit comme du bon pain, ni reçu le Grand prix de l’Académie des sciences morales et politiques(1987). Et il n’était pas très « fun » avec son gros sac de plombier en cuir, posé en évidence sur la table, qui contenait invariablement la Bible en hébreu, sa traduction grecque (Septante), l’Ancien et Nouveau Testament en latin, au lieu de Hegel, Marx et quelques postmodernes. Bref, pour paraphraser Molière, qu’allions nous faire dans cette galère ?
Ce qui charmait d’abord, c’est son honnêteté intellectuelle. Parfois un brin trop vindicatif ? Certes, mais quelle fraîcheur ! Travailleur infatigable, il passait tout au scalpel, de Dun Scot à Bergson. Dés sa thèse de 1961, il avait démontré la filiation entre pensée chrétienne et philosophie grecque. Il reprit les Evangiles, leur datation, leur signification, les réécrivit du grec à l’hébreu dont ils sont issus, rappela les filiations entre christianisme et judaïsme. Le grand rabbin Jacob Kaplan a pu dire « Ce juste parmi les nations est l’homme au monde qui sait l’hébreu. Nous, nous savons de l’hébreu, lui il sait l’hébreu. »
Et pour nous, d’un seul coup, la philosophie chrétienne devenait vivante. À la façon de Thomas d’Aquin, nous retrouvions par les sciences de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, le chemin de Dieu. Tel Pierre Theilard de Chardin, géologue, paléontologue, passionné de thermodynamique et physique quantique , dont Tresmontant fut l’exécuteur testamentaire, contre les modernes, nous pouvions enfin relier morale, science, métaphysique et vie de la Cité. Et, nous retrouvions la plus belle œuvre divine, l’homme lui-même.
• Yves Tourenne, Claude Tresmontant et l’ontologie de la métamorphose, Editions Franciscaines, 2016

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