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Obama, Trump : la France n’a pas besoin de modèle.

Obama, Trump : la France n’a pas besoin de modèle.

Par Yves Roucaute

Paru dans valeurs Actuelles. 10 janvier 2017

 

4 novembre 2008 : l’« obamania » déferle sur la France après la victoire aux présidentielles de Barack Obama. Gauche, droite : la vague emporte tout. Depuis, bon an, mal an, 77% à 88% de la population française s’enthousiasme. Jusqu’à le consacrer première personnalité du monde, devant le Dalaï-Lama. Etonnant : aux Etats-Unis, il fut jugé « le pire président des Etats-Unis » dés 2014. Certes, sa côte de popularité est remontée à 54% ces derniers mois, d’ailleurs inférieure à celle de Bill Clinton, Eisenhower ou Ronald Reagan en fin de mandat, mais sans adhésion. Seulement 30% des Américains souhaitaient un troisième mandat. Et son soutien ne suffisait pas à assurer la victoire d’Hilary Clinton : 60% des Américains pensaient que leur pays allait dans la mauvaise direction.

En France, le politiquement correct a créé un Obama imaginaire. A la mesure de la crise idéologique d’une gauche française qui s’est trouvée démunie après avoir abandonné sa référence ouvrière et négligé les classes moyennes au profit d’un fourre-tout de « dominés », avec minorités, immigrés, femmes, gays…. « Un noir à la maison blanche » ! grâce à la gauche. Voilà qui rentrait dans leur schéma: une victoire des opprimés, des antiracistes contre la droite réactionnaire. C’était beau. Tant pis si c’est le parti républicain qui fut anti-esclavagiste et non la gauche démocrate.

Hélas !, rien n’alla comme prévu. Barack Obama refusa de rencontrer les socialistes. « Il est quand même des nôtres, il boit son verre multiculturaliste comme nous autres » entonnèrent-ils. Avait-il rappelé qu’il n’est pas « noir » mais métis, fier de sa mère blanche et de son père noir ? Tant pis. Un peu noir, c’est « tout noir », disait déjà ironiquement Montesquieu contre les racistes de son temps.

En politique intérieure, y eut-il moins de racisme grâce à lui ? Les noirs ne le pensent pas. Moins d’insécurité ? Non. Moins de pauvreté ? Non. La politique de santé, l’ « obamacare, et son prétendu souci des pauvres? Pourquoi la majorité des Américains y est-elle opposée ? Le Medicare et le Medicaid, dont le politiquement cache l’existence, n’assurent-ils pas  les plus pauvres et les plus de 65 ans? Certes, avec 4,6% de chômeurs, Banque centrale, Sénat républicain et Barack Obama tiennent un bon résultat, mais n’est-il pas trop tôt pour évoquer le plein emploi?

La paix promise ? Le Prix Nobel de la Paix donné avant d’exercer sa charge a-t-il montré son leadership en Syrie, Irak, Libye ? Entre Israël et groupes palestiniens ? Avec les groupes terroristes qui massacrent de la Corne d’Afrique à l’Afrique de l’Ouest, du Pakistan à l’Afghanistan ? Relations apaisées avec la Russie ? La Chine ? Allons donc ! Nul n’y croit. L’obamania est morte, tant mieux. Et évitons de tomber dans la trumpomania. La France vaut mieux que ces modèles venus de Moscou ou de Washington.

 

 

 

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La malaise américain

Par Yves Roucaute

(publié Valeurs Actuelles, 22 septembre

Etats-Unis : vers la crise politique.

Malaise dans la civilisation américaine

Hilary Cliton ou Donald Trump ? Les élections présidentielles outre atlantique annoncent une crise majeure de la démocratie.

 

 

Le grave malaise d’Hilary Clinton, lors des cérémonies du 11 septembre, annonce une crise politique américaine sans précédent depuis le Président Herbert Hoover et la grande dépression de 1929. Pour sortir de l’ère désastreuse d’Obama, faute d’un Roosevelt, l’establishment démocrate s’était donné le rôle de fée pour Hilary : « sèche tes larmes, tu iras au bal, je te le promets, n’oublies pas que j’ai un pouvoir magique ». Favorite des médias et des sondages, il lui restait, ce 11 septembre, à prendre l’altière posture d’un chef de guerre face au terrorisme pour en finir avec ce trublion de Donald Trump. Hélas, avant minuit, Cendrillon transportée chancelante au pied de sa limousine-citrouille, perdit pantoufle et apparat. Adieu la jouvencelle étincelante : chacun reconnut la vielle dame malade de 68 ans. Celle qui, hier, chef de la diplomatie, victime d’une commotion cérébrale, avait mis en danger des milliers de soldats en utilisant son serveur personnel  au lieu de protéger les messages « top secret ». Qui, incapable de contrôler son stress, enfonçait, de son propre aveu, jusqu’au sang ses ongles dans sa paume pour rester éveillée lors des rencontres internationales. Inapte à gouverner mais non à encaisser pour son association les dons « volontaires » de ceux qu’elle recevait quand elle était Secrétaire d’Etat.

54 à 57% de la population, selon les sondages, ne veut plus de Clinton, 57% à 63% ne veut pas de Trump et plus de 70% accuse les candidats de n’être pas à la hauteur de la situation. Des bataillons d’électeurs démocrates passent républicain, comme dans l’ouest de la Pennsylvanie, tandis que de vieux fiefs républicains, qui avaient pourtant résisté à la vague Bill Clinton de 1992, lorgnent vers Hilary, tels la Caroline du Nord ou la Virginie, quand Nevada, Arizona, Indiana, Colorado, Géorgie, Missouri hésitent.

L’Amérique est globalement orpheline. Ni le libertarien Gary Johnson, ni le vert Jill Stein ne sauveront le système. Certes, Donald Trump a réussi une O.P.A. sur le courant « jacksonien », du nom du président Andrew Jackson (1767-1845), celui de la conquête de l’Ouest, protectionniste, isolationniste, anti-fédéraliste, tribun du peuple contre l’establishment. Il a même adopté son style rugueux qui fait signe aux exclus, sa radicalité face à l’islamisme et sa défense du pays profond, des « petits blancs », abandonné par le politiquement correct démocrate. Mais, à la différence des Nixon, Reagan ou Bush, il n’a pas rallié le courant « jeffersonien », né du Président Thomas Jefferson, patriote et anti-fédéraliste aussi, mais plus libéral en économie, ouvert sur le monde, humaniste, méfiant envers les excès populaires. D’où ces Etats hésitants et les défections, tels les deux précédents candidats républicains aux présidentielles, Mitt Romney et John McCain.

Demain ? Avec Hilary Clinton, rien ne changera. Elle jouera la carte du courant « hamiltonien, » du nom de Alexander Hamilton, fédéraliste, étatiste, industrialiste, pro-establishment, multiculturaliste, au nom de l’utilité sociale et des « minorités ». Et, pour satisfaire les « wilsoniens » du parti, nostalgiques du Président Woodrow Wilson et de son programme de paix universelle, elle poursuivra l’interventionnisme international. Avec Trump ? Nul ne sait ce qu’il adviendra sinon l’assurance d’une guerre économique ouverte et cynique, pour préserver le pays traditionnel, au lieu de celle maquillée et hypocrite de Clinton. Son pacifisme ? Il vaut celui de Barack Obama hier : les invariants structurels demeurent, la recherche de puissance décide. Risettes à Poutine aujourd’hui, demain est un autre jour. Une seule certitude dans les deux cas: la crise de légitimité politique.

 

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