Qatar, de l’eau dans le gaz ?

 

Par Yves ROUCAUTE

(publié Valeurs Actuelles. 12 juin).

Sanctionné pour sa duplicité envers terrorisme, Frères musulmans et Iran, le Qatar est mis en quarantaine. Arabie Saoudite et Washington sonnent la fin de la récré.

Si la duplicité des grands Etats importe peu, celle des moins puissants est rarement sans risques. Le Qatar l’apprend à ses dépens. Complicité avec le terrorisme, les Frères musulmans, l’Iran et déstabilisation des gouvernements : l’accusation est lourde. Confetti de 160 km de long sur 80 de large, en comptant plages et déserts de sable, le voilà mis au ban des nations par Arabie Saoudite, Bahreïn, Emirats Unis, Libye, Egypte, Yémen et Maldives. Les trois premiers ont interdit à leurs ressortissants de s’y rendre, expulsé leurs Qataris, consacré le blocus terrestre et alimentaire. Tous ont rompu relations diplomatiques, liaisons aériennes et maritimes. Seuls des pèlerins qataris pourront passer la frontière pour aller à La Mecque mais impossible d’y écouter l’islamiste Oussouf al-Qardawi vanter la charia: la chaîne Al Jazeera est suspendue.
Cette presqu’île du Golf persique, 2 millions d’habitants, dont 200 000 Quataris, sera-t-elle rayée de la carte ? A l’heure où Washington reconstruit l’alliance de l’ « arc sunnite » avec Israël, contre les Frères musulmans, les djihadismes et l’Iran, l’Europe joue à l’autruche. Effets des ors et lambris qataris?
Le prétexte ? L’émir du Qatar, contre la décision des autres membres du Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman), aurait déclaré l’Iran, un allié. Depuis, notre Émir proteste : son Agence de presse aurait été piratée. Peut-être. Une goute d’eau dans le gaz liquéfié dont le Qatar est le premier exportateur mondial.
Chacun est fatigué d’une trop longue duplicité. Principal soutien des Frères musulmans? Le Qatar. Cheval de Troie pour imposer sa puissance dans tous les pays musulmans. Ainsi, en Egypte, il a financé l’élection du frère musulman Mohamed Morsi. Le coup d’Etat du général al-Sissi y met-il fin ? Depuis, Doha fomente des troubles.
Certes, l’Arabie Saoudite partage cette vision puritaine et archaïque, jusqu’au refus des droits individuels, mais elle refuse la suprématie du religieux sur le politique et rejette le djihadisme. Depuis le 11 septembre, poussée par les Etats-Unis, elle les a même bouté hors de son Etat. Et en 2014, avec Bahreïn et Emirats, rappelant leurs ambassadeur, elle a exigé la rupture avec ces « Frères », déclarés « organisation terroriste ». Doha a feint de céder : quelques expulsions mais le financement a continué. Le double jeu.
Attentats-suicides contre des juifs, roquettes sur les villages, l’organisation terroriste du Hamas créé par les « Frères » frappe dans la bande de Gaza. Et l’émir du Qatar va la saluer, en 2012, et installe le centre terroriste à Doha. Coalition au Yemen contre les djihadistes Houthis ?Bombardés par ses avions, financés par ses banquiers. Détournement des armements pour les islamistes en Libye, soutien à Ahrar al-Sham en Syrie, qui se bat aux côtés d’al-Qaïda et aide les djihadistes à rejoindre Daesch à Raqqa. Et cheikh Nouaimy, financier qatari, finance sans être inquiété filiales d’al-Qaïda en Irak, Syrie, Somalie, Yémen.
Les alliances avec l’Iran ? L’ayatollah Ali Khamenei ne fut-il pas le traducteur en persan d’ouvrages de Sayid Qutb, intellectuel des Frères musulmans ? L’Iran n’a-t-il pas applaudi l’élection en Egypte de Morsi ? Le Qatar soutient les sabotages dans la région chiite de Qatif, en Arabie Saoudite, manipule contre Ryad la tribu Al-Murrah pro-qatarie, déstabilise Barhein par la communauté chiite. Du grand art cynique. Hélas, pour le Qatar, l’Arabie Saoudite, avec l’appui de Washington, vient de sonner la fin de la récréation.

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