Populisme: la ruine des nations

Le populisme mène à la ruine les peuples bernés

 

par Yves Roucaute

(publié Valeurs Actuelles. 20 avril 2017)

 

Populisme ? Trop souvent une invective adressée à ceux qui ont le souci des classes populaires. Sinon, au sens propre : l’assurance du malheur pour la nation gangrénée. Ainsi, le peuple de l’antique Rome, naguère « impérieux », est devenu « stupide, enseveli dans un repos fangeux, qui ne demande plus que du pain et des jeux » notait jadis le poète Juvénal.

Prolifération des chefs populistes ? Donc affaiblissement de la Cité. La première démocratie, Athènes, le montrait déjà. Périclès ? Démagogue, il obtient le bannissement de ses opposants, Cimon puis Thucydide, et ruine la Cité par un pré-socialisme d’Etat, via grands travaux, rémunérations judiciaires, redistributions d’argent et de biens qui lui assurent quinze réélections. Alcibiade ? Il séduit commerçants, agriculteurs et marins du Pirée à coups de flatteries, de promesses d’enrichissement facile et de détestation des riches avant d’engager une guerre désastreuse en Sicile. Le populisme au pouvoir a convaincu un peuple ignorant de se transformer en empire et de piller ses alliés de la ligue de Délos. Sanction : Athènes fut battue par la cité libre de Sparte gouvernée selon l’intérêt général, et perdit définitivement sa puissance.

Sombrant dans le populisme, Rome annonce la fin de la République et sa perte. Des jeux, du pain : le populiste Marius, Consul en 107, sept fois élu, transforme un peuple libre en une communauté assistée par l’Etat. César poursuit la transformation : subventions, travaux, distributions de terres et de biens, pots de vin, clientélisme. Ruine la république mais le peuple perverti applaudit guerres, arrestation de Caton, entrée dans Rome des légions, sa dictature à vie, ses jeux où les gladiateurs s’entre-tuent tandis que les animaux dévorent les prisonniers. Le pli est pris, l’assassinat de César ne change rien : la République est morte. Après lui, surenchère sociale, clientélismes, guerres. Dans les cirques, dans les rues, le parti populiste, celui des Verts, de Caligula et Néron, attise la haine sociale et déclenche la chasse, à mort parfois, des Bleus, nostalgiques de la république.

Voix du peuple, voix de Dieu ? Il y a plus de sagesse dans les réseaux allemands catholiques de la “Rose blanche” ou protestants de Dietrich Bonhoeffer que chez ceux qui suivirent Hitler sous prétexte d’un vote majoritaire allemand. Une majorité ne dit pas la moralité, et un vote humain ne peut abolir un droit naturel universel. Et, le populisme mène toujours à la ruine les peuples bernés.

 

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