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Histoire de la philosophie politique. Vol II.

Une avancée théorique pour comprendre la modernité

Par

Serge Lewisch

Le philosophe Yves Roucaute commence par un coup de force : prendre au sérieux la pensée politique issue de l’hindouisme, du bouddhisme, du taoïsme, du confucianisme, du judaïsme et du christianisme. Cela pour comprendre non seulement le Moyen-Âge mais la modernité elle-même. Qu’il suffise de lire ces passages où il nous explique pourquoi Mao fait la guerre à Confucius et au taoïsme, comment les révolutionnaires nationaux-socialistes ont détourné la spiritualité hindouiste, pourquoi tous les totalitarismes persécutent judaïsme et christianisme.

Après cette enquête stupéfiante autour des Védas et de Lao-Tseu, du Vieux de la montagne et de Confucius, d’Abraham, de Moïse et de Jésus Christ, le philosophe nous entraîne dans « le temps des moines » et l’univers de saint Augustin, qui bouleverse la philosophie politique et annonce le grand refus des idolâtries modernes de l’État, du Marché et de la Raison. Quel est le statut du politique, du moral, du religieux ? Que sont le Bien et le Mal ? Qu’est une cité juste ? Qu’est-ce que le bonheur ? Dans les rôles secondaires : Manès (le manichéisme), Donat, Eusèbe, Ambroise, Arius et bien d’autres.

Puis nous voilà entrainés du côté de Charlemagne, « l’augustinien », dans sa Cour, avec Alcuin d’York, avec ces facultés, avec ses centaines de monastères, avec le début du schisme politico-religieux des orthodoxes et des catholiques, avec les débats sur les icones et la vérité.

Yves Roucaute nous promène alors du côté du monde musulman qui vient de surgir. Et nous voilà confrontés avec cette théorie du « roi-prophète », forme musulmane du « roi-philosophe » platonicien. Ici, apparaît la difficulté extrême d’une parole-dialogue rationnelle devenue peu légitime, puis illégitime. Car, il faudrait déduire l’ordre de la Loi divine écrite et de la tradition. Après avoir étudié la pensée politique de Mahomet et la question du califat, nous voilà ainsi transportés chez Al-Fârâbî, puis Avicenne et Averroès, qui tentent de concilier Islam et philosophie. Dans ce cadre musulman se situe l’étude de Moïse Maïmonide, le seul grand philosophe juif de cette période. Et Yves Roucaute explique pourquoi, malgré certains épisodes brillants, la parole-dialogue libre échoue finalement.

Nous revoici alors de retour du côté du monde chrétien, là où font rage les débats théoriques de tout ordre, et sur toute chose, Dieu, les anges et la légitimité du pouvoir compris. Parce que l’usage de la parole-dialogue y est par nature légitime, même si ses conclusions conduisent parfois à des répressions.

Contre toute une idéologie moderne, le philosophe rappelle le contexte de ces « Lumières » : l’incroyable bouleversement du Moyen-âge, avec ses facultés, dont celles de médecine, son enseignement ouvert aux pauvres, ses sciences, mathématiques, physique, astronomie, l’invention du droit avec ses appels, ses enquêtes, la défense, un jury indépendant… les arts, celui des cathédrales, de la pharmacie, de l’infirmerie de la cartographie… les inventions, de la fonte à l’horloge… le développement de l’économie avec les grandes réflexions sur le bien-être et les spéculations financières … et les grandes découvertes qui iront de la route de la soie à Christophe Colomb.

Dans le rôle principal, ici, le philosophe met en action Thomas d’Aquin, bien sûr, avec son refus du retour du Prêtre-Roi et du Roi-prophète, avec le droit naturel, avec sa vision d’une économie dynamique et compassionnelle, et avec sa définition de la guerre juste. La guerre juste qui n’a rien à voir avec ce que disent les manuels, qui, depuis des dizaines années répètent que ce serait seulement la guerre « défensive ».

Dans les rôles secondaires : Jean Scot Érigène, Damien, Bernard de Clairvaux, Jean de Salisbury ou Gerbert d’Aurillac, savant et pape. Ils sont là, offerts à notre intelligence.

Et le livre se termine par Guillaume d’Occam, l’inventeur du nominalisme et de la « voie moderne », qui influencera aussi bien les libéraux que les philosophes empiristes, les logiciens que les juristes modernes. Il s’accompagne d’un rappel de la naissance des trois idolâtries de la modernité : l’Etat, le Marché et la Raison.

Certes, on peut regretter que certaines parties ne soient pas plus développées.

Ainsi, la question de la naissance de l’État moderne à la fin du Moyen-âge, à partir de Philippe le Bel, est seulement évoquée.

Cet étude se situe en tout cas dans la continuité du volume I de l’Histoire des Idées, qui avait éclairé la naissance de la pensée magico-religieuse au néolithique et son influence sur la philosophie grecque et romaine, en particulier Socrate, Platon et les matérialistes.

À lire donc, pour se débarrasser des idées reçues et mieux comprendre la crise de la modernité.

Nous n’avons pas ici un « manuel » mais bien un livre de philosophie qui piste l’imaginaire magico-religieux venu du néolithique, et qui reste présent dans nos têtes faute d’être pensé. Une histoire de la philosophie autant qu’une philosophie de l’Histoire.

Serge Lewisch

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Par Jean de Jalcreste: Une révolution dans la pensée de la philosophie politique

Dans ce premier volume de son Histoire des Idées politiques, qui va du néolithique à la fin de l’Antiquité, le philosophe Yves Roucaute bouleverse notre vision du monde. Non seulement celle que nous avions sur l’histoire des idées et la philosophie, vision donnée par les manuels et les écrits influencés par la déformation moderne, mais celle que nous avons de notre époque elle-même.

Car, et c’est un incroyable coup de force théorique du philosophe : comprendre ce qui s’est passé au néolithique, c’est comprendre ce qui se passe encore aujourd’hui explique-t-il. Et faute d’avoir accepté de prendre au sérieux la protohistoire, c’est à côté de l’histoire que nous passons et ce sont des rapports à la politique venus du fond des âges que nous reproduisons.

Le philosophe nous entraine donc d’abord dans une terre inconnue : le néolithique et les âges des Métaux. Il montre comment se construit un imaginaire fortement structuré qui influence la vision du politique jusqu’à la fin de la protohistoire, et cela sur tous les continents. Car il n’y a aucun « eurocentrisme » dans cet incroyable travail. Et l’on voit surgir l’image du pouvoir, celui du Prêtre-roi par exemple, avec ce rapport au monde politico-magico-religieux qui englobe toutes les activités et qui nie toute prise en compte par l’humanité de ses propres créations. Et l’on piste ensuite le développement des Cités et des empires qui s’opère avec le surgissement des trois grandes figures du pouvoir, en particulier celle du Roi de Justice. Et l’on commence à entrevoir la sens de ces formations politiques totalitaires ou globales qui ont couvert le globe après aovir séduit tant d’humains.

Difficile de n’être pas convaincu quand le philosophe s’installe dans la période archaïque grecque pour nous montrer le surgissement de la parole-dialogue mais aussi pour nous montrer comment la pensée archaïque travaille contre ce surgissement jusqu’à nos jours à travers les figures du « pouvoir ». Alors nous voilà en face des 7 sages de l’Antiquité et de ces penseurs dits « présocratiques », dont Yves Roucaute décortique la pensée démontrant la force nostalgique qui les habite. Ainsi découpe-t-il au rasoir (celui de guillaume d’Occam peut-être ?), Thalès, Pythagore et Héraclite. Et il met leurs conceptions en relation avec les interrogations de Nietzsche, Heidegger, Marx et toutes les formes de pensées nostalgiques du monde d’avant la parole-dialogue.

Puis nous voilà jeté vers le monde archaïque grec, car c’est là que va surgir la philosophie politique ; Bien que jamais le philosophe n’oublie de comparer ce phénomène des temps archaïques grecs puis de la Grèce classique avec les processus politiques qui se déroulent sur les autres continents.

Alors, aussi bien à l’encontre des interprétations dominantes venues aussi bien de la modernité que de la postmodernité, de Foucault par exemple, nous revisitons l’incroyable puissance de la pensée de Thucydide, bien supérieure à celle de Machiavel. Nous réévaluons l’apport fantastique des sophistes à la pensée, ces sophistes qui placent l’individu et sa créativité au centre. Nous comprenons la nostalgie de Socrate et de Platon qui rêvent en réaction d’un retour aux Maîtres de Vérité et les raisons politico-théoriques de la condamnation à mort de Socrate et des projets liberticides platoniciens. Nous découvrons l’obscurantisme global des matérialistes, depuis Démocrite jusqu’à Epicure et aux stoïciens, Marc-Aurèle compris, qui reprennent l’imaginaire des Prêtres-Rois et le refus total de la créativité humaine. Enfin, nous arrivons à Aristote, sur lequel le philosophe s’étend longuement. Le « génie » grec dit-il dans ce cours. Celui qui célèbre la créativité humaine contre toutes les pensées nostalgiques et le matérialisme, mais qui montre que cette créativité doit être orientée sous peine de se tourner contre elle-même. D’où sa théorie de la prudence et de l’Être. Une pensée qui rate l’humanité de l’humain mais non le citoyen et qui pense, la conjonction de la science, de la politique et de l’expansion économique avec la morale.

Un livre exceptionnel. Gageons d’ailleurs que cet ouvrage sera pillé comme certains autres. Songeons à sa Puissance de la Libertéutilisé par certains penseurs libéraux et certains hommes politiques en Europe. Ou, dernièrement, à son Eloge du mode de vie à la française, qu’un philosophe de médias a pillé sans vergogne et qu’un homme politique visant la présidentielle a repris sans, bien entendu, indiquer la source de sa « pensée ».

Le Livre II poursuivra ce décryptage de l’Odyssée de la pensée. Il faut seulement attendre sa mise en forme pour aborder avec fin de l’empire romain, le Moyen-Âge et le surgissement de la modernité. La seule partie sur le Moyen-Âge et ses Lumières, thèse déjà défendue dans ses ouvrages comme La Puissance d’humanité, devrait titiller les esprits. Or n’est-ce pas « penser » qui importe le plus ?

Jean de Jalcreste.

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Prêtres du Sacré-Coeur de Jesus,  P. Jean-Jacques Flammang SCJ (cliquer ici)

Puissance d'HumanitéA propos du nouveau livre d’Yves Roucaute

Comprendre autrement l’histoire

La puissance d’humanité – Le génie du christianisme

Dans le livre étonnant qu’il vient de publier, Yves Roucaute nous présente une nouvelle histoire de la pensée humaine. Nouvelle – en ce sens qu’elle reprend depuis le néolithique l’ensemble des grands courants de pensée et les fait comprendre en les interprétant à partir d’un principe bien précis: la puissance d’humanité qui est aussi la puissance d’Aimer, le génie du christianisme.

En parcourant l’histoire, Yves Roucaute montre comment s’impose la puissance d’humanité au monde par le refus de la pensée magico-religieuse qui caractérise non seulement de grands pans de la pensée antique, mais aussi une importante partie du politiquement correct de la pensée moderne et contemporaine.

Par puissance d’humanité il faut comprendre ici cette dynamique qui s’oppose au dicton « homo homini lupus » pour faire de l’homme non pas un loup pour l’homme, mais un homme. De cette transformation témoignent de nombreux courants philosophiques et religieux, parmi lesquels le christianisme et l’Eglise catholique occupent une place de tout premier choix.

S’opposant clairement aux courants christianophobes qui attaquent injustement l’Eglise catholique, Yves Roucaute revisite l’histoire de l’humanité avec comme clé de lecture la puissance d’Aimer et il en sort optimiste pour les temps présents, montrant comment aujourd’hui s’effondrent grâce au génie du christianisme les trois idoles de la modernité que sont la Raison, l’Etat et le Marché, toutes les trois abattues par la philosophie d’origine chrétienne qui seule a pu penser dans sa complétude la nature humaine et orienter la liberté vers un œcuménisme de l’universel Aimer.

Parole-vérité et parole-dialogue

En remontant jusqu’au néolithique, Yves Roucaute rencontre partout la pensée magico-religieuse où la Nature se voit sanctifiée, où les humains sont des pions sur l’échiquier de forces souterraines, où certains personnages se voient attribuer la fonction de Vérité qu’ils prétendent recevoir des puissances de la nature qui parle par eux. C’est la vérité-alétheia (dévoilement) qui régit cette pensée : par le Roi de Justice, le Devin, l’Aède, elle dit ce qui est, ce qui a été, ce qui sera, et annonce ainsi déjà les démagogues de la modernité.

Face à cette parole-vérité, il y a aussi dès l’époque mycénienne (1500-1150 avant Jésus-Christ), surtout parmi les guerriers aristocrates, la parole-dialogue qui ouvre la reconnaissance par l’humain de sa véritable puissance : discussion, délibération, choix, action, aussi erreur, car la parole n’est plus alors Vérité, mais recherche de la vérité. On voit même apparaître la générosité quand Achille donne à Nestor la coupe qui devrait lui revenir.

Ayant repéré ces deux courants, Yves Roucaute relit l’histoire de la pensée grecque. Loin d’être en rupture avec la pensée archaïque magico-religieuse, comme on le fait croire en modernité, les présocratiques la développent plutôt en concevant le monde à partir d’un principe-élément dont la vérité se reçoit et ne se cherche pas. Dans un tel univers la liberté humaine et sa créativité n’ont pas de place.

Loin d’être une sorte de Christ avant l’heure, Socrate démontre lui aussi contre les sophistes que la Vérité ne se construit pas, mais se reçoit et qu’il faut obéir au dire de la justice. Il meurt finalement d’avoir voulu opposer au relativisme non la puissance d’humanité, mais la puissance magico-religieuse du vieux monde. Quant à Platon, loin de trouver la créativité et de l’aimer, il accentue plutôt l’intelligence qui renvoie au « savoir » des Rois de justice archaïques et annonce l’intellectualisme volontariste de la terreur des totalitarismes modernes.

Le scepticisme n’est pas non plus une source de véritable humanisme. Il suspend tout jugement, mais l’alpha et l’oméga de cette mise entre parenthèses étant le moi, le scepticisme n’est en définitive qu’un égoïsme intégral qui ignore l’humanité et sa puissance d’Aimer.

Quant au matérialisme, il refait de l’individu un simple membre du grand tout de la préhistoire en réanimant les puissances occultes de la Nature et de l’astrologie. Lucrèce préfère à l’écriture argumentative le poème qui dit à nouveau une parole magico-religieuse refusant l’humanité de l’homme et professant la mort de l’esprit. Le matérialisme, la pire des réactions obscurantistes, fut d’ailleurs fort méprisé dans l’Antiquité à cause de son incohérence. Les horreurs de la modernité trouvent en lui leur prédécesseur.

Et qu’en est-il du discours stoïcien auquel la modernité christianophobe rapporte parfois la découverte de l’universalité de l’homme ? L’idolâtrie de la Raison, qui est aussi celle de la Nature, est le véritable moteur de sa métaphysique, et la nostalgie du monde archaïque sa véritable morale. Et Yves Roucaute de conclure : « Dire la Raison, la Nature ou le Destin, revient à énoncer par des mots différents le même processus qui rend illusoires les avancées de l’humanité depuis le néolithique. Eternel retour contre créativité humaine, enfermement sur soi et refus de la reconnaissance de l’Aimer. »

Les sophistes sont finalement les plus déterminés à rompre avec le monde magico-religieux, mais selon eux, l’individu est réduit à sa volonté de puissance et ne dit le droit que par la force et la ruse. Certes, ils découvrent la créativité de l’homme, mais ils n’entrevoient pas encore l’Aimer comme élément constitutif de l’essence humaine.

Reste le grand Aristote qui est le seul à vraiment éviter l’écueil du scientisme et le retour à la pensée magico-religieuse. A côté de l’intelligence et de la créativité, il voit la liberté de l’homme orientée par la morale, mais ne connaît encore que « le citoyen dans l’humain, non l’humanité de l’humain ».

En conclusion, on peut retenir que la philosophie grecque, encore fortement marquée par la pensée magico-religieuse, s’ouvre pourtant déjà à la parole-dialogue, même si elle ne peut penser l’universel Aimer et que la véritable nature de l’humanité lui échappe encore. Il faut attendre…

Le génie du christianisme de l’Antiquité à la Renaissance

N’en déplaise aux christianophobes politiquement corrects de la modernité, ce n’est qu’avec le christianisme que l’humanité peut délaisser le monde magico-religieux, ses résurgences matérialistes, sa nostalgie platonicienne, son insuffisance aristotélicienne, pour développer dans l’histoire ses exigences de paix d’humanité, de Cité de la compassion, de développement durable.

La venue du Christ et son sacrifice libèrent l’intelligence de l’humanité qui comprend que l’essence humaine est bien la capacité créatrice dirigée par l’Aimer.

Le sacrifice christique exige ainsi la générosité du don sans contre-don envers les nations, et le progrès de l’humanité se mesure alors « non en produit national brut, mais au nombre d’enfants qui vivent une vie d’enfant ».

Passant à ce qu’on appelle depuis le 15e siècle le Moyen-Âge, Yves Roucaute ne trouve rien qui puisse confirmer la légende d’un monde musulman généreux et ouvert, protecteur du savoir et des humanités face aux ténèbres chrétiennes.

La fameuse bibliothèque de Bagdad n’était pas une bibliothèque publique, mais bien la bibliothèque personnelle du calife. Lorsqu’elle fut détruite en 1258, il n’y eut en effet aucun moine érudit ni aucun rabbin pour sauver les livres du bûcher du dogmatisme, tous ayant été tués, réduits en esclavage ou contraints de se convertir à l’islam.

Et Aristote était bien connu en Occident avant les traductions et les  commentaires des arabes. La tolérance si vantée d’un Soliman le Magnifique est très relative. Ses exactions contre les autres courants musulmans furent terribles. Il maintient aussi le tribut humain des enfants esclaves et le système juridique qui interdisait à tout juif ou chrétien de se défendre face aux musulmans. En 1523 il a certes relevé les murs de Jérusalem, mais pour la transformer en ville musulmane.

Très décapant est aussi le chapitre sur les lumières du Moyen-Âge. Yves Roucaute y rassemble tout ce que véhicule la fable moderne sur ce temps où de fait les lumières de l’Eglise catholique ont toujours réussi à s’opposer aux obscurantismes renaissant d’une volonté de reprise de la pensée magico-religieuse. Grâce à l’Inquisition l’Eglise exigeait avant le procès une enquête sérieuse et s’opposait ainsi à la vision archaïque de la justice avec ses sacrifices de masse et d’individus qui redeviennent hélas les jeux du matérialisme communiste, fasciste et national-socialiste, après avoir été celui de la Terreur française.

Loin de brimer la recherche médicale et de mépriser les soins du corps, contrairement aux assertions fantasmatiques d’un Michel Foucault, le christianisme médiéval a développé les connaissances pharmaceutiques et les techniques de fabrication des médicaments, il a créé les facultés de médecine avec un vrai corps de professionnels et des établissements de soin. Par contre, il a condamné l’obscurantisme de ceux qui revenaient à la magie pour produire des élixirs de jouvence par exemple.

Dans les condamnations que prononçaient parfois les universités, en particulier la Sorbonne, on ne respectait pas toujours les règles d’une parole-dialogue argumentative orientée vers la vérité. Mais, la plupart du temps, la papauté réagissait et remettait les règles argumentatives en vigueur.

Quant à la méthode expérimentale qui selon la fable des modernes aurait été leur invention, elle existait bien avant, dès l’Antiquité, et fut transmise et richement développée au Moyen-Âge. Malgré les moulins et les cathédrales, malgré l’industrialisation et les découvertes qui permettent les grandes explorations maritimes, la fable moderne n’en démord pas : avant Copernic, il n’y aurait que ténèbres. Après, contre l’Eglise, commencerait la lumière.

Les faits rappelés montrent qu’on est loin des Alexandre Koyré, Gaston Bachelard, Louis Althusser et tant d’autres qui inventent, à la suite de Kant et de sa « révolution copernicienne », ruptures ou coupures épistémologiques. Pour Yves Roucaute, il n’y a aucune révolution copernicienne. Exemples à l’appui, il montre que ni la mathématisation du réel, ni l’expérimentation ne fut l’invention des temps modernes, mais bien celle du Moyen-Âge. C’est aussi au Moyen-Âge que pour la première fois la Cité de la compassion, la paix d’humanité et la concorde autour du développement durable deviennent des objectifs atteignables.

Grâce à l’initiative du pape commencent des échanges interhumains, culturels et économiques pour la meilleure compréhension et la paix entre les populations. La rencontre avec l’Asie par exemple. Dans l’ouvrage de Marco Polo, salué par le pape, on trouve cette conjonction de curiosité savante, flattée par l’éducation chrétienne, et de croyance en une commune humanité. L’ouverture de l’Eglise à l’Asie a permis l’intégration des savoirs découverts au patrimoine chrétien, de l’algèbre indienne à la boussole chinoise.

D’un autre côté, le projet maritime d’un Christophe Colomb fut soutenu par l’Eglise, et dans sa lutte contre les premiers surgissements du scientisme moderne qui veut des preuves, un modèle mathématique rigoureux, une cartographie claire, une vision quantitative et un business plan, ce sont les moines franciscains acquis à la méthode expérimentale et au tâtonnement scientifique qui soutiennent celui qui nomme son navire Santa Maria.

Et Yves Roucaute de conclure cette première partie intitulée « De la découverte de la puissance aux lumières du Moyen Âge » : Malheureusement, la modernité envahissait peu à peu les esprits. L’intelligence créatrice devient serve de la politique de puissance et du marché. Au lieu de la compassion et de la concorde voulue par l’Eglise du Moyen Âge, le mercantilisme moderne traquait les humains transformés en moyens de production en Europe et en esclaves dans les colonies. L’humain se perdait dans le pratico-inerte, les idolâtres de la Raison, de l’Etat et du Marché surgissaient et le Roi de justice réclamait à nouveau ses sacrifices. C’est la fin du Moyen Âge et le début de la modernité.

Contre les idoles modernes, l’art d’aimer

Une deuxième partie de l’ouvrage montre comment la modernité et ses idoles – la Raison, l’Etat et le Marché – sont heureusement en train d’être dépassées de nos jours par la puissance d’humanité.

Dans la Renaissance Yves Roucaute découvre l’esprit chrétien auquel s’opposera la Raison idolâtre de Descartes, Kant et d’Alembert. Contre l’obscurantisme des fausses lumières d’un Voltaire et du romantisme d’un Rousseau, au-delà des droits individuels du libéralisme, se fait l’avancée des Droits de l’homme telle que l’Eglise catholique les formule en rapport avec sa conception de la nature de l’homme. C’est aussi cette pensée chrétienne qui s’oppose aux mercantilistes et abolit l’esclavage et le colonialisme. C’est encore la puissance d’humanité, propagée par le christianisme, qui sauve Dreyfus en affrontant le paganisme et l’idéologie antisémite de la gauche révolutionnaire. Cette puissance d’humanité abat également les totalitarismes athées et préfère gagner la paix que la guerre. Contre l’impasse utilitariste et le culte mercantiliste, libéral et libertarien du Marché, la puissance d’humanité dévoile la Cité de la compassion et propose contre les « post-modernes » la paix d’humanité par le développement durable.

Tout cela, Yves Roucaute le développe, arguments, faits et exemples à l’appui, lui qui dit de lui-même : « Je ne suis pas catholique, mais qu’y puis-je si, à chaque découverte de l’intelligence, cette Eglise apparaît plus admirable encore ? Faudrait-il avoir honte d’une spiritualité qui célèbre sans laxisme depuis des siècles la puissance d’aimer au nom de la puissance d’humanité ? La mode n’est pas de mon côté, le politiquement correct moins encore, seulement la recherche de la vérité. »

Au lecteur de se faire lui-même une idée de ce livre étonnant qui écrit dans un style alerte et provocateur une autre histoire de l’humanité, montrant l’avènement de l’universel Aimer par le génie du christianisme dont le monde aura sans aucun doute besoin pour survivre.

P. Jean-Jacques Flammang SCJ

 

 

Extrait

 

Per Catalunya !, le droit à l’autodétermination de la Catalogne

(Publié dans Le Monde, 11 octobre 2017) http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/10/11/la-catalogne-peut-pretendre-au-droit-a-l-autodetermination_5199254_3232.html

Par Yves ROUCAUTE,

 

Ce mardi 10 octobre, en proclamant ouvert le chemin de l’indépendance, en donnant un temps pour le dialogue et en dénonçant la stratégie de peur déclenchée par Madrid, le Président de la région de Catalogne, Carles Puigdemont, a appelé chacun à sa responsabilité. « Nous ne sommes pas des fous, pas des putschistes », mais « un peuple ne peut accepter un cadre qui ne lui convient pas ». L’Europe restera-t-elle sourde, une fois encore, à la demande pacifique de cette Catalogne qui réclame depuis quatre siècles le droit de choisir son destin?… Continue reading

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Puissance d'HumanitéA propos du nouveau livre d’Yves Roucaute

 

Comprendre autrement l’histoire

La puissance d’humanité – Le génie du christianisme

 

Dans le livre étonnant qu’il vient de publier, Yves Roucaute nous présente une nouvelle histoire de la pensée humaine. Nouvelle – en ce sens qu’elle reprend depuis le néolithique l’ensemble des grands courants de pensée et les fait comprendre en les interprétant à partir d’un principe bien précis: la puissance d’humanité qui est aussi la puissance d’Aimer, le génie du christianisme.

En parcourant l’histoire, Yves Roucaute montre comment s’impose la puissance d’humanité au monde par le refus de la pensée magico-religieuse qui caractérise non seulement de grands pans Continue reading

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Eloge du mode de vie à la française

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 Eloge du mode de vie à la française est un régal. Du lever au coucher nous suivons le Français. Et bonjour vie à la française qui entraîne l’humanité vers sa quotidienneté sucrée, son art de bien vivre, sa fantaisie, ses valeurs universelles d’origine judéo-chrétienne, sa générosité sociale ! Secrets du croissant croustillant qui plonge vers la guerre contre les Turcs, et de la tartine beurrée qui rappelle la Gaule, cérémonie de l’apéro et grognements fraternels du saucisson, jambon beurre et restaurants du bon accueil, tous sous le signe du partage christique du… Continue reading

Le Lionceau et le Moucheron

par

Yves Roucaute

(paru Valeurs Actuelles, 25 septembre 2017)

« Entre nos ennemis, les plus à craindre sont souvent les plus petits » disait Jean de la Fontaine. Depuis longtemps déjà, le lionceau Mélenchon tançait de haut le moucheron communiste. L’insecte, à vrai dire, paraissait chétif et, pour tout dire, moribond : 6,60% de voix aux présidentielles  de 1995, 2,33% en 2002, 1,97% en 2007, et incapacité de se présenter depuis. Aux présidentielles de 2017, le rugissant en avait profité et avait présenté sa candidature sans avis du virevoltant qui, raillé, dut se rallier. La fête de l’Humanité devint celle de l’inimitié. Oubliant toute bienséance royale, au lieu de gambader dans la savane de La Courneuve pour flatter le moucheron, le quadrupède joua le coup… Continue reading

Nicolas Hulot dans l’œil du cyclone

 

Par

Yves Roucaute

(Paru Valeurs Actuelles, 18 septembre 2017)

 

« Que ça nous serve de leçon, le pire est devant nous » : profitant d’Irma et de Jose, les cyclones qui ont déferlé sur les Antilles, Nicolas Hulot joue à Zacharie, prophète de l’Apocalypse. Et « il y a un moment où on touche les limites ». Origine des ouragans ? Le réchauffement dû aux humains qui ne l’écoutent pas. De force 4 ou 5, ils n’auraient jamais été aussi nombreux. Irma, le plus monstrueux: vents de 295 km/h, vagues de 10 mètres, 11 morts, du jamais vu, jamais connu, foi de Nicolas Hulot.

Après les cavaliers, les ânes de l’apocalypse. Passons sur Katrina, en 2005 : vents de 280 km/h, vagues de 11… Continue reading