La proportionnelle contre la démocratie

La proportionnelle contre la démocratie

Par Yves ROUCAUTE

Publié Valeurs Actuelles

Demain, un « Parti des animaux » imposera-t-il sa loi en France, pays des bouffeurs de grenouilles ? Peut-être. Aux Pays-Bas, sur 150 sièges aux législatives, les amis des bêtes en ont obtenu 5, le parti populaire libéral, vainqueur des législatives, seulement 33. Insuffisant pour gouverner. Alors, avec la proportionnelle, tout est possible. Le chantage bien sûr, l’instabilité et l’inefficacité encore, le ridicule aussi.
Réconcilier ainsi la population avec les élites politiques ? Il n’y faut pas compter. La proportionnelle n’est pas le pouvoir du peuple mais celui des minorités. Le régal des groupuscules. Parfois un viatique pour ceux qui veulent la perte du pays. Le Denk turcophile aux Pays-Bas n’aurait jamais eu d’élus sans elle. Mais le 15 mars, ils ont été 4 à entrer au Parlement. Devinette : de quel côté pencheront-ils quand il s’agira de la laïcité ou de l’entrée de la Turquie dans l’Union ? Et qui est prêt à parier que les mêmes causes ne produiraient pas les mêmes effets en France, avec constitution d’un parti communautariste de l’immigration sur le modèle de Denk ?
Israël, depuis 2014, a cru pouvoir échapper à cette loi d’airain par un seuil de 3,25% pour la représentation. Résultat : ultra-orthodoxes séfarades, ashkénazes, extrémistes nationalistes continuent à s’en donner à cœur joie. Ils refusent de porter des armes pour défendre Israël mais ils donnent des leçons de morale, imposent des ministres, votent le financement de leurs écoles et refusent les conditions d’une paix durable. En Belgique, 5% pour le seuil et un système de quotient pour avantager le premier. Insuffisant : en 2007, il fallut 194 jours pour former un gouvernement. Après les législatives de 2010, 541 jours. Et, aujourd’hui, le pays vit de tractations. En Espagne ? 315 jours et deux scrutins, en 2016, avant la réélection de Mariano Rajoy, dénué de majorité, dépendant des socialistes. La France le sait qui a connu avec la IVème République et sa proportionnelle relative une période d’instabilité où les gouvernements de son succédés. De 1946 à 1958 : 24 gouvernements. L’Italie aussi qui tente de sortir de ses crises, donc de la proportionnelle : la nouvelle loi donne une prime au dessus de 40% des suffrages.
La proportionnelle rapprocherait-elle les élus du peuple ? Au contraire. Les partis fabriquent les listes sans se préoccuper de la population. A la façon de la Norvège et de la Suède. Ou des européennes. Avec l’objectif de recaser les apparatchiks et de distribuer les prébendes.
Notre système ? Le pire… à l’exception de tous les autres.

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