Diabolisation de Trump

Diabolisation de Trump
par Yves Roucaute
Publié dans Valeurs Actuelles

« L’excès de critique engendre l’inintelligence » écrivait Flaubert à son ami d’enfance, le poète Louis Bouilhet. Depuis la victoire de Donald Trump, les orphelins du politiquement correct et quelques abonnés du New York Times souffrent d’une redoutable indigestion qui les rend inapte aux pensées fines mais non aux bruyants borborygmes. Washington serait aux mains d’un fou, un nouvel Hitler tonnent les donneurs de leçons qui jugent la Shoah, babiole de l’histoire. Heureusement, le peuple américain serait vent debout contre Trump, le monde aussi.
« Les » Américains contre Trump ? La manipulation commença par le fameux coup de « la voix populaire dans la rue », via quelques milliers de manifestants généreusement filmés qui, au mépris de la démocratie, exigeaient sa démission le jour de son investiture. Puis, vint le coup des sondages, décrétés supérieurs au suffrage quand ls sont bien choisis: aux oubliettes, ceux, sérieux, qui montraient, dés la seconde semaine, par Reuters et PPD, une quasi égalité entre soutiens et oppositions, et par The Economist ou Rasmussen, un soutien majoritaire. On inventa aussi « les » femmes contre Trump. Deux millions de manifestants « en marche » sur 325 millions d’habitants. Inutile de se demander pourquoi, d’après CNN, pourtant antirépublicain, les femmes blanches ont voté à 53% pour le supposé « ennemi des femmes ».
Que Rich Trumka, Président du puissant et très démocrate syndicat AFL-CIO, félicite Donald Trump ou que la Bourse de New York n’ait pas subi la chute annoncée ne conduit pas à plus de circonspection. Ni les mesures contre l’obamacare approuvées par 60% des citoyens, tout comme sa volonté de souveraineté énergétique par nucléaire, pétrole, gaz de schiste. Ni le soutien à l’abandon du Traité transpacifique et la guerre commerciale avec les pays, du Vietnam à la Chine, qui utilisent dumping et contrefaçon sous prétexte de libéralisme.
Le mur avec le Mexique? Déjà là, camarades ! 1100 km construits sur 3300 km. Commencé par Bill Clinton, en 1994 : 4 m de haut, miradors, accord du Mexique contre narcotrafiquants et immigration clandestine qui vide le pays de ses forces vives. Mur renforcé en 2006, par le Secure Fence Act, voté par 92 sénateurs sur 100, dont Barack Obama. Approuvé par 68% des Américains. Les interdictions d’entrée de 7 pays ? Mesures antimusulmanes ? Comment expliquer l’exclusion de l’Iran mais non de l’’Arabie Saoudite? Et pourquoi n’avoir jamais protesté contre les Etats qui interdisent juifs et ceux qui sont allés en Israël ?
Mieux vaut l’analyse lucide de ce cynisme américain de la puissance quand on a le réel souci de sa propre puissance. Intelligence et police de la pensée ne font jamais bon ménage.

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