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CORSE: ÉCOUTEZ LES POLYPHONIES

Pè a Corsica ?

Par Yves ROUCAUTE

(publié Valeurs Actuelles. 29 juin-5 juillet).
Trois députés nationalistes corses sur quatre aux législatives ? La polyphonie insulaire l’a emporté sur le « petit baratin partisan » (Winston Churchill) distillé depuis des lustres par les orchestres parisiens. Et il s’en fallut d’un rien, 13 voix au premier tour dans une circonscription de Corse du sud, pour un carton plein, quatre sur quatre. Dégager d’un revers de main pareille sanction des urnes, la confondre avec le « dégagisme » du continent? Mieux vaut saisir le sens de ce qui se joue.
Macromania continentale? Nulle en corse. Pas un élu de La République en Marche. L’abstention ? population est venue donner sa légitimité à ses trois hérauts : 49,3%, 54,5% et 55% de participation. Une seule circonscription y échappe : celle où les nationalistes n’étaient pas. Et quelle légitimité ! Jean-Félix Acquaviva, 63%, dont 69,7% à Corte, 75% à Calvi. Michel Castellani ? 60,81 %, dont 63,8% à Bastia. Paul-André Colombani ? 55%, éliminant les Rocca Serra qui régnaient depuis 1928. Que reste-t-il des 48,5% du vote Marine Le Pen aux présidentielles ? 4%. France insoumise ? Exit tout autant. Les Corses ont pris le chemin des listes Pè a Corsica, (Pour la Corse), relais du conseil exécutif de Corse
Bastia en 2014, collectivité territoriale en 2015, élections professionnelles, de parents d’élèves, assemblée de jeunes: les nationalistes emportent toutes les élections.
En jeu ? La nation corse. Son Esprit existe : les urnes l’ont rencontrée. Non pas une « région » et ses « régionalistes », mais une « nation » à l’histoire millénaire, avec mœurs, valeurs et langue, qui a donné au monde, en 1755, la première constitution démocratique. Qui refuse d’être réduite à une carte touristique ou à un terrain de jeux pour groupes criminels. La vote nationaliste ? Un vote « pour ». Pour les indépendantistes et les autonomistes qui ont rassuré par leur union et leur gestion. Mémoire, intérêt collectif et projet d’avenir, les citoyens applaudissent lutte contre la fracture territoriale, plans d’urbanisme, respect des territoires, développement équilibré, économie numérique, une fiscalité adaptée. Ils veulent cette « paix des braves » (de Gaulle) avec l’amnistie des prisonniers politiques, pour, par le pardon, prohiber la haine. Et un statut de résident pour favoriser l’arrivée de jeunes talents au lieu de transformer la plus belle île de Méditerranée en village de vacances.
Plus l’île se prend en main, plus elle est puissante. Et, la France aussi. Mais saura-t-elle écouter les paroles de la polyphonie corse ?
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Majorité pénale à 16 ans

Majorité pénale à 16 ans : l’urgence

Par Yves ROUCAUTE

Publié dans valeurs actuelles le 2 mars sous le titre « on est pas sérieux quand on a 16 ans »

« Celui qui n’empêche pas un crime alors qu’il le pourrait s’en rend complice » disait Sénèque. Refuser la majorité pénale à 16 ans? Les faits sont sans appel: 34% des crimes et délits (hors route) sont commis par des mineurs. De plus en plus nombreux. De plus en plus violents et radicalisés. Les idéologues du politiquement correct s’opposent pourtant à l’évidence d’une mesure soutenue par 61% des Français (IFOP). Ils prétextent protection de l’enfance et inventent une prétendue haine de droite contre la jeunesse, mise par eux dans le même sac que la racaille.
A les en croire d’ailleurs, les mineurs seraient déjà pénalement responsables et la proposition serait anticonstitutionnelle, opposée au accords internationaux, contraire à ce qui se pratique ailleurs.
Ils mélangent « responsabilité » et « majorité pénale ». L’ordonnance de 1945, bien que modifiée depuis, ne met-elle pas en place l’ « excuse de minorité » ? Or, si nul ne songe à l’annuler pour les enfants de moins de 16 ans ni à supprimer pour eux les Cours spécialisées, pour les adolescents de 16 à 18 ans, peut-on accepter que la peine de prison ne puisse excéder la moitié du maximum prévu pour un majeur, des emprisonnements de durée limitée, des amendes réduites ? Certes, l’exception est possible, mais seulement si elle est décidée par un tribunal. L’objectif est de sortir de la discrétion des juges.
Le Conseil constitutionnel s’opposerait-il à cette réforme? Pas certain. Il n’a pas écarté la responsabilité pénale des mineurs ni la détention au-dessus de 13 ans. Sa jurisprudence laisse une marge de manœuvre importante au législateur s’agissant des mesures répressives pour les mineurs de plus de seize ans. Au pire, un référendum (art. 11) règlerait la question.
La Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant de 1989 ne l’interdit pas plus. Elle dit seulement : « L’arrestation, la détention ou l’emprisonnement d’un enfant doit être en conformité avec la loi » et demande d’établir l’âge de la responsabilité pénale. Suède, Danemark, Tchéquie l’ont signée : leur majorité pénale est à 15 ans. 16 ans au Portugal et en Roumanie. 17 ans en Grèce, Finlande et Pologne. Quant aux Etats-Unis, non signataires, dans 29 Etats, dont celui d’Hilary Clinton, New York, le renvoi des mineurs devant les juridictions adultes est automatique pour la plupart des délits. Dans 15 autres Etats, le mineur doit prouver l’intérêt d’un tribunal spécialisé.
Abaisser la majorité à 16 ans ? Cela se peut. Et, à la façon du Brésil, en 2015, selon les circonstances, pour assurer l’ordre républicain, cela se doit.

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Muhammad Ali:champion du racisme anti-Blanc !

Muhammad Ali: champion du racisme anti-Blanc !

Jusqu’en 1975, le boxeur était raciste, antichrétien, anti- sémite, homophobe, ami des dictateurs antiaméricains. Silence politiquement correct. BLOC-NOTES. Valeurs Actuelles. 16 juin.

Cassius Clay, héros ? Une légende, une vraie

Par Yves Roucaute

yves_roucauteLe boxeur Cassius Clay, dit Muhammad Ali ? Le plus grand sportif de tous les temps, une légende, un génie même, si, si, auprès duquel Fleming et la pénicilline, c’est de la roupie de sanson- net. Et, quelle conscience ! Oui, c’est ça, “universelle”, sa conscience ! Victime du racisme, combattant des droits civiques des Noirs américains, pacifiste privé de ses titres durant la guerre du Viêtnam, un héros.

Plus grand sportif de tous les temps ? Depuis l’invention des jeux Olympiques en Grèce jusqu’à nos jours, du décathlon à la natation, de la gymnastique au marathon, sports d’hiver compris ? Chapeau aux com- mentateurs et à leurs boules de cristal !

Son combat pour les droits civiques ? Une mer- veille : il n’y participe pas. Il nreproche à la National Association for the Advancement of Colored People son action, depuis 1945, avec les Blancs et sa volonté d’intégration. Et Martin Luther King déclare, en 1964 : « Quand Cassius Clay rejoignit les Black Muslims, il devint un cham- pion de la ségrégation raciale, c’est pourquoi nous l’avons combattu. »

Car en 1964, à 22 ans, notre héros adhère à la secte de Elijah Muhammad, Nation of Islam. « Ceux qui suivent l’enseignement de Elijah Muhammad ne veulent pas être forcés à l’intégration. L’intégration est mauvaise. Nous ne voulons pas vivre avec les Blancs », dit-il. À la façon de Malcolm X, alors porte-parole, il devient Cassius X, “Clay” étant son “nom d’esclave”. Tout ce qui est mauvais vient des Blancs, « l’alcoolisme, la prostitution, l’homosexualité ». L’islam ? Religion des Noirs, race originelle et pure, opposée aux Blancs, race inférieure, créée 6 000 ans plus tôt, incarnation du Mal. La guerre contre les Blancs ? Inéluctable. « Nous ne sommes pas des frères. » Et « les juifs sont des démons ». À Playboy : « Un homme noir qui fricote avec une femme blanche mérite la mort. »

Face à ce racisme, Malcolm X finit même par rompre avec lui, avant d’être tué, en 1965, par trois membres de Nation of Islam. Pas gêné, le héros.

Le 7 février 1967, à Houston, Ernie Terrell, l’ami de ses débuts, a-t-il osé l’appeler “Cassius” ? « Je n’avais pas d’animosité, dira Terrell, je pensais que c’était un combat sportif. » Erreur. Muhammad Ali avait déjà gagné mais il frappa et frappa, « horrible, venimeux, écœurant », écrit le journaliste George Whiting du London Evening Standard. « Comment je m’appelle ? », hurlait Ali, le trai- tant d’Oncle Tom, insulte suprême du Noir soumis aux Blancs, utilisée contre Joe Frazier, Floyd Patterson et tous ceux qui croyaient en l’intégration.

Son refus d’aller à la guerre au Viêtnam, en avril 1967 ? Le racisme. “Mon ennemi est le peuple blanc, non le Viêt-cong.” Comme Elijah Muhammad qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, avait appelé les Américains d’origine japonaise à la désertion. SCondamné en juin 1967, il fait appel. En 1971, la Cour suprême, à une voix de majorité, admet que, si les Témoins de Jéhovah ont le droit d’être objecteurs de conscience, alors Nation of Islam aussi. Et Ali continue à diffuser la haine anti-Blanc.

Ce “pacifiste” soutient d’ailleurs les dictateurs les plus bellicistes en pleine guerre froide, jusqu’au Nord- Coréen Kim Il-sung. Son combat mythique ? Au Zaïre, appelé par son “ami” Joseph Désiré Mobutu, pour 5 millions de dollars, pas indisposé par les tortures, pendaisons, massacres d’étudiants, disparitions d’op- posants. Mobutu est noir, cela suffit à cet esprit éclairé.

Chut !, amis lecteurs, le racisme anti-Blanc, c’est comme les 17 millions de Noirs mis en esclavage par les Arabo-Berbères, avec la complicité de chefs de tribus noires, dont il ne reste pas un survivant. Et les millions de Blancs pris par les Turcs et les mêmes Arabo-Ber- bères. Cela n’existe pas. À partir de 1975, Cassius Clay s’assagit, paraît-il, et devient sunnite. Mais il n’est plus sportif et ne fait rien d’extraordinaire, me direz-vous ? Certes. Son héroïsme, voilà une légende. Une vraie.

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“Extrême droite”, “fascisme” : le grand simulacre de la gauche

Valeurs Actuelles. 2 juin 2016

“Extrême droite”, “fascisme” :le grand simulacre de la gauche

Vers le retour
de l’extrême gauche fasciste ?

Incapables de penser les mouvements de rejet
de l’establishment en Europe, les idéologues adoptent le degré zéro de la pensée. BLOC-NOTES

Par Yves Roucaute

Sus au “fascisme”, à l’“extrême droite”, au “nazisme” ! Gauche et extrême gauche ne crai- gnent pas l’usage de ces mots pour diaboliser leurs adversaires. Et la plupart des médias enfour- chent le cheval, suivis par des dirigeants de droite qui ne craignent pas de patauger dans les sillons. Penser, en France, est devenu un luxe. Relever le sens caché, un boulot dangereux.

Je m’y risque pourtant. Un truc du type recherche de la vérité, à déconseiller en tout cas. Peut-être le souvenir de Charles de Gaulle ou de Ronald Reagan, traités de “fasciste” naguère. Par les mêmes. Par ceux qui aujourd’hui, tel un ani- mateur du Petit Journal de Canal Plus, pensent que la Shoah est un détail de l’histoire, jusqu’à présen- ter Donald Trump décoré d’une croix gammée tenant son pré- tendu livre de chevet, Mein Kampf, tandis que l’Humanité colle la photo de Pétain à Nicolas Sarkozy, le fameux « libéral-fasciste ». De Norbert Hofer à Viktor Orbán, “hou, hou, méfions-nous, les fascistes sont partout”, nous dit-on.

Bien joué. Assimiler fascisme et extrême droite ? Dans “extrême droite”, il y a “droite”, le truc est
là. Le quidam ordinaire doit le sentir : la droite est potentiellement “extrême”, donc “fasciste”. Malin.

Rappeler que l’opposition au fascisme, en France, a d’abord été celle de la droite, en particulier de Charles de Gaulle, et non de la gauche, qui fut collabo ou pacifiste, au moins jusqu’à l’arrivée des troupes allemandes à Paris ? Que la grande figure de la lutte antifasciste dans le monde ne fut pas le communiste Staline, qui avait signé un pacte de non-agression avec Hitler, mais un libéral et conservateur, Winston Chur- chill ? Que la troisième grande figure de l’antifascisme fut Franklin Roosevelt, anticommuniste et antisocialiste notoire ? Bon, je sens que déjà cela ne plaît pas. Pour la suite, il me faudra un abri.

Le fascisme ? Né à gauche, à l’extrême gauche. Inventeur ? Le socialiste Mussolini, Benito…

L’extrême droite, camarades ? Royaliste, catho- lique, antipopuliste. Rien à voir avec le fascisme. Le fascisme ? Né à gauche, à l’extrême gauche. Inven- teur ? Le socialiste Mussolini, Benito, en référence à Benito Juárez, révolutionnaire mexicain. En mars 1919, à Milan, il crée les Faisceaux italiens de com- bat, origine du mot “fasciste”. Il se fait connaître en mai 1901 en interdisant aux enseignants d’entrer dans une école en grève. En Suisse, en 1902, il rencontre son égérie : Angelica Balabanova, amie de Lénine, décrite dans la Pravda comme celle qui conduit la politique révolutionnaire en Italie. Il publie, en 1903, un ouvrage anticlérical : Christ et Citoyen. Et il devient le socialiste le plus populaire, après deux condamnations pour avoir agressé des “exploiteurs”. Nationaliste, il déve- loppe la thèse applaudie par Lénine, et reprise par Mao plus tard, de la “nation prolétaire” italienne, opposée aux “nations ploutocratiques” qui ont des colonies. En 1912, il l’emporte dans le Parti socialiste contre les “droitiers”. Et sa popularité croît quand, après des sabotages économiques, il est emprisonné ; le futur secrétaire général du Parti socialiste, Pietro Nenni, l’appelle alors Duce. Nommé directeur d’Avanti!, le journal central du parti, il organise la grève générale ouvrière de 1914. En octobre, il se pro- nonce pour la guerre, comme les autres socialistes européens, et crée Il Popolo d’Italia, avec cette réfé- rence à Blanqui : « Qui a du fer a du pain. » Exclu, celui qui est alors le socialiste le plus populaire du pays réplique : « En m’excluant, vous ne m’interdirez pas la foi socialiste ni le combat pour la révolution. »

Les grandes grèves de 1921 ? C’est aussi lui, jusqu’au référendum du 23 septembre, organisé par le syndicat de la métallurgie (FIOM), qui vote leur arrêt et le refus des “conseils d’usine”, ces soviets anarchistes et communistes, soutenus par Moscou.

Applaudi par le gouvernement et les socialistes, Mus- solini les affronte : ils préfèrent la Russie à la classe ouvrière italienne, dit-il. En août 1921, il signe un “pacte de paix” avec les socialistes, peu gênés par les violences contre chefs d’entreprise, police, militaires et prêtres. En décembre, il y met fin, assuré de l’appui des dirigeants syndicaux révolutionnaires et de 310 000 adhérents. En 1922, ce sont les marches, en particulier sur Rome. Nommé président du Conseil, il gouverne, au début, avec des ministres socialistes, joue au fils du peuple, pain et jeux, surtaxe des riches, impôt sur le capital, interdiction de la spéculation, grands travaux, emplois créés par l’État, semaine de 40 heures, augmentation des salaires, quadrillage du pays sur le modèle léniniste.

Partout, en Europe, les groupes fascistes sont créés par des socialistes. Au Royaume-Uni ? Par Oswald Mosley, député travailliste, qui fonde, en 1932, l’Union des fascistes britanniques. En France ? Par le député socialiste Marcel Déat, ministre du Front populaire en 1936, fondateur du Rassemble- ment national populaire.

Et Hitler ? Il apprend nationalisme et révolution dans les cafés de Vienne. Et un antisémitisme nou- veau qui n’est plus celui, traditionnel, lié à la terre, qui excluait les juifs, mais révolutionnaire, qui exige l’élimination des bourgeois, “donc” des juifs. Héritage de la gauche française du XIXe siècle. C’est le journal Candide, celui d’Auguste Blanqui, qui inventa la supériorité de la race aryenne. C’est Édouard Dru- mont, collaborateur de l’officielle Revue socialiste, repère d’antisémites révolutionnaires, qui, dès 1886, écrit la France juive. C’est Georges Vacher de Lapouge, auteur préféré de Goebbels, candidat socialiste en 1888, fondateur de la section socialiste de Montpellier, qui publie l’Aryen, son rôle social (1899), qui choisira l’extrême gauche, en 1902.

Qui appelle Hitler pour être ministre de la Propa- gande dans le gouvernement bavarois de 1920 ? Les socialistes. Membre du Parti ouvrier allemand, qui se réclame des bolcheviks, Hitler va créer le Parti national-socialiste des travailleurs allemands. Socialiste ? Mais oui. Dans Mein Kampf, il indique qu’il a choisi la couleur rouge de la révolution socialiste et, à la place de la faucille et du marteau, le svastika, symbole de la refondation de l’homme. Goebbels pourra écrire dans Die zweite Revolution (1926) : « Les seuls vrais socialistes de l’Allemagne, de toute l’Europe, c’est nous ! » En 1933, prise du pouvoir et descentes dans les entreprises pla- cées sous la surveillance du parti, perquisitions chez les entrepreneurs, plan de quatre ans de Göring sur le modèle soviétique, SS aux conseils d’administration, héritages sous contrôle, expropriations… Et en France ? Le fondateur du parti nazi, le Parti populaire français, est le député communiste Jacques Doriot.

Hé ho la gauche ! Êtes-vous certain de pouvoir appeler “fasciste” un Donald Trump, héritier de Jack- son et de Jefferson, un Norbert Hofer, nationaliste libé- ral, un Nicolas Sarkozy et bien d’autres qui sont patriotes, libéraux, non violents, respectueux des droits individuels et des institutions ?

Curieux, cette gauche qui n’a pas le nez assez fin pour sentir l’odeur de ses propres crottes. Car qui, aujourd’hui comme hier, insulte et diffame ses adver- saires ? Refuse les institutions démocratiques parle- mentaires au point de s’opposer par la force à la loi ? Attaque la police républicaine pour blesser, voire tuer ? Distille la haine sociale et politique ? Voue au pilori libéraux et liberté d’entreprendre ? Propage l’an- tisémitisme au nom de la prétendue défense des Pales- tiniens ? Frappe les cadres d’Air France, bloque les voies, menace physiquement les non-grévistes des raf- fineries ? Tire sur les sièges des partis ? Cela ne rappel- lerait rien, non, rien de rien ? Va-t-il donc falloir, comme d’habitude, que la droite républicaine vienne au secours des réformistes pour les libérer de la menace de l’extrême gauche factieuse ? ●

 

Yves Roucaute, philosophe, professeur des universités, agrégé de science politique et de philosophie.

 

 

 

 

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La guerre contre le djihadisme

La guerre contre le djihadisme

Entretien avec Atlantico, le 15 juin.

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Ces derniers jours ont été marqués par deux attentats perpétrés par des djihadistes islamistes connus des services de renseignement intérieur français et américains. Plusieurs responsables politiques ont qualifié la situation actuelle de guerre contre le terrorisme. Faut-il aller au bout de cette logique de guerre contre la terreur ? Qu’est-ce que cela pourrait impliquer très concrètement , comme des mesures d ‘internement des personnes suspectées d’intelligence avec l’ennemi jusqu’à ce que la menace disparaisse ?

 

Yves Roucaute : Les opérations militaires menées sur le territoire libyen, syrien et irakien sont nécessaires mais elles ne suffisent pas. Le courage des troupes kurdes peut permettre d’éradiquer l’Etat islamique mais non l’islamisme djihadisteIl faut comprendre que la bataille doit être menée sur notre sol aussi. Cela signifie qu’il n’est pas possible de compter sur des victoires militaires pour l’emporter contre le djihadisme salafiste.

 

Ces batailles et ces victoires montrent dans le même temps que cela ne change pas fondamentalement la donne ni en France ni aux Etats-Unis, ni dans aucune démocratie. Et la menace terroriste reste et restera présente partout dans le monde. Prenons-en acte.

 

Est-ce que nous gagnerons cette guerre par la conjonction d’un durcissement du droit et des forces policières ? Non, nous ne gagnerons pas en mettant un policier derrière chaque Français, ni en limitant chaque jour davantage nos libertés. Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas augmenter les effectifs de la police, ou donner des moyens juridiques d’intervention supplémentaires. Mais déjà, appliquons ce qui existe déjà.

Néanmoins, il est clair qu’il n’est pas normal que nous ne prenions pas au sérieux cette guerre menée sur notre sol, que nous relâchions des gens qui menacent la sécurité des Français, qui tiennent des propos ouvertement salafistes, qui ont des comportements salfistes, qui sont fichés S pour islamisme radical, qui soutiennent les terroristes.

Les individus qui soutiennent ceux que combattent nos troupes sont nos ennemis. En termes juridiques, ces individus, qui ont fêté les attentats par exemple comme on le vit à la maison d’arrêt de Villepinte qui était en liesse après les attentats contre la supérette casher et le journal Charlie, commettent  des actes de trahison. Le code pénal est clair dans ses articles 411-2 à 411-11. Ils doivent être sanctionnés. Il est anormal que l’on utilise pas ces textes légaux, le laxisme devient chaque jour lus insupportable. La question n’est pas de supprimer la liberté dans ce pays, mais lorsque des gens sont complices de ceux que l’on combat, il faut les punir et les mettre hors d’état de nuire.

Et que l’on ne vienne pas nous dire que le Conseil d’Etat ou une autre institution judiciaire ne permettraient pas de neutraliser os ennemis comme le fait l’actuel ministre de la justice. Il faut que ceux qui nous gouvernent, malheureusement plus souvent gestionnaires type ENA, que politiques, apprennent que la société n’est pas au service du droit mais que c’est le droit qui est au service de la société. Et qu’un Etat de droit n’est pas un Etat qui permet le viol des libertés, en particulier de la première d’entre elles, la propriété et la sécurité de son corps, le droit à la vie, mais qu’il est là pour l’assurer. Si les textes ne le permettent pas, il faut changer les textes. Si des institutions telle que le Conseil d’Etat ne le permettent pas il faut changer les institutions. Précisément l’Etat de droit, c’est l’Etat de la vie selon un droit conforme à la protection de nos libertés.

Nous manquons au niveau politique d’un Georges Clémenceau qui rappelons le, avait réprimé très sévèrement les gauchistes de l’époque, qui prétendaient pouvoir saboter les forces militaires françaises. Nous manquons d’un général de Gaulle qui, à la libération, avait puni sévèrement ceux qui avaient collaboré avec l’ennemi. Ceux qui publient des tweets exprimant leur sympathie avec l’Etat islamique, celles qui portent le niqab, sont eux-aussi dans un processus de trahison. Il faut agir, au moins avec le droit et les forces existants.

 

2 – L’islam radical semble parfois porter à l’intérieur des frontières occidentales des préceptes proches de l’idéologie défendue par l’Etat islamique. Toujours en suivant la logique de la guerre contre le terrorisme, comment l’Etat devrait-il gérer ces individus ?

 

Yves Roucaute : En période de guerre, les devoirs sont plus importants que les droits car il faut défendre la nation en danger. Nous n’avons pas à nous préoccuper de savoir si celui qui est en face de nous est chrétiens, musulman ou bouddhiste. Nous devons nous préoccuper de savoir si les Français sont prêts ou non à accomplir leur devoir. Je connais d’ailleurs beaucoup d’enfants d’origine marocaine, tunisienne, algérienne, turque, russe qui sont prêts à faire leur devoir pour la France. Et, bien entendu, beaucoup de musulmans.

 

Nous avons en face de nous un ennemi qui est l’islamisme djihadiste. Cet ennemi s’est coulé dans l’islam, et il se nourrit de lui. C’est pourquoi nous devons demander à nos Français musulmans de prendre le drapeau de la France et de se positionner en première ligne dans cette guerre. Ce sont eux qui connaissent le mieux les méthodes de détournement de l’islam pratiqué par les djihadistes, et ce sont eux qui sont les plus forts pour faire une contre-attaque culturelle contre les djihadistes.

A cet égard, il faut voir l’excellent film, Pesmergas, réalisé par Bernard Henri-Lévy, qui montre le combat des Kurdes contre ce Mal radical. Et qui, au-delà, peut permettre de mener sur notre territoire cette campagne idéologique dont nous avons besoin pour éradiquer le salafisme dans les têtes. Il faut multiplier ces produits culturels, vidéos, films, musiques, images, textes qui offrent à la jeunesse des héros, des mythes, des récits qui renforcent les défenses culturelles de notre cité et détournent la jeunesse fragile de la propagande djihadiste. Nous devons prendre au sérieux la guerre idéologique.

Et celle-ci se joue jusque sur le plan militaire : il faut par exemple, créer des bataillons de femmes. A la façon des Kurdes. Rien ne terrorise plus ces immondes bêtes islamistes que de se faire tuer par des femmes, ils croient qu’ainsi ils n’iront pas au paradis. Cela les inquiète moins que d’égorger des gens.

 

3 – De par leur Histoire faite de violences, parfois extrêmes, les sociétés européennes donnent parfois l’impression de craindre  un retour  aux « heures les plus sombres de l’Histoire ». Cette crainte, légitime, ne serait-elle pas également un frein à la mise en place de solutions permettant de protéger les populations occidentales,  ce qui semble  tout aussi légitime ?

 

Yves Roucaute : Les sociétés européennes n’ont pas une histoire plus violente que celle des autres civilisations. Il suffit de songer au Biafra, à l’opposition des Hutus et des Tutsis, aux conflits au Japon, en Chine, en Indonésie, dans la Corne d’Afrique. C’est même le contraire qui est vrai : rapidement les sociétés européennes ont régulé leurs pulsions de mort, elles ont d’ailleurs inventé le droit international jusque dans la guerre, les tribunaux internationaux.

A l’inverse, ce qui est vrai, c’est que nous avons castré les populations occidentales, de l’Ouest européen en particulier. On les a forcées à accepter un travestissement de leur histoire, une culpabilisation incessante, l’accusation de colonisation et d’esclavagisme, qui étaient pourtant le lieu commun et auxquels elles ont les premières mis fin. Le politiquement correct leu a fait maudire leur civilisation et leur histoire.

Et c’est pour cela que notre société a été aussi molle contre ces ennemis qui tuent nos concitoyens ou qui s’en réjouissent. Clémenceau les aurait fusillés, et si je ne sais pas si c’est la bonne chose à faire, ce qui est sûr c’est qu’à partir du moment où des individus soutiennent des ennemis, il est normal que nous les sanctionnons et les neutralisons.

Le pays n’a pas à craindre de revenir aux « heures les plus sombres ». Le problème est que nous n’avons plus, les Européens mais surtout les Français, la culture de défense du territoire. Nous avons baissé notre garde. La France a pourtant une longue tradition de protection de ses frontières, de protection de sa culture. C’est pourquoi il est étrange que mille ans d’histoire aient été autant affaiblies par 40 ans de politiquement correct. C’est d’ailleurs aussi vrai aux Etats-Unis, dans certains Etats. Or, une France moralement désarmée est fissurée. Face aux ennemis qui pénètrent par ces failles, elle n’est plus capable de défendre ni son territoire ni sa sécurité, et elle n’est pas capable de dire ce dont elle veut et ce dont elle ne veut pas. Par exemple, la propagande djihadiste dit sur internet aux individus fragiles que la France est raciste et antimusulmane, qu’elle est colonialiste. Et le politiquement correct écrit dans ses manuels que la France est colonialiste. Et la gauche intellectuelle dénonce le racisme dés que l’o parle de nation, et d’islamophobie dés que l’on demande le respect des droits individuels et de la laïcité. Elle crédibilise la propagande djihadiste. Sans même évoquer sa façon de justifier l’antisémitisme de cette propagande, en prétextant le refus du sionisme et en montrant Israël comme une dictature et les juifs comme des fauteurs de guerre et des assassins des Palestiniens. Comme si les Palestiniens étaient un bloc, entre chrétiens, partisans du Hamas, musulmans démocrates etc, voulaient de tels porte-parole ? Comme si le Soudan, le Yemen, l’Arabie Saoudite et des dizaines d’autres Etats qui sont de vraies dictatures, n’existaient pas. C’est évidemment l’antisémitisme qui guide l’extrême-gauche moins gênée par le Hamas e tles dictatures que par Israël.

Laxisme, relativisme, entretien de la confusion, on ne dira jamais assez la responsabilité du politiquement correct dans la situation d’aujourd’hui. Nous payons aujourd’hui le relativisme issu de l’idéologie 1968.

Pourtant, il ne faudrait pas grand chose pour que la France redevienne forte, il suffirait qu »un leader politique affirme haut et fort que peu importent les origines, la couleur de peau, le sexe ou la religion, lorsque l’on naît ou vit dans un pays, des droits sont accordés mais aussi des devoirs. Et ceux qui ne veulent pas les respecter doivent être ou condamnés ou expulsés.

 

4 – Larossi Abballa, auteur de deux meurtres dans les Yvelines lundi 13 juin, était fiché S et avait été condamné en 2013 pour sa participation à une filière de radicalisation. Aux Etats-Unis, le FBI s’était de même penché sur le niveau de menace que représentait Omar Mateen avant de décréter qu’il n’en était pas une. A quoi pourrait ressembler un tribunal qui aurait la charge d’isoler des individus qui représentent une menace ? Y a-t-il des éléments dont nous pourrions nous inspirer concernant le très controversé « patriot act », mis en place aux Etats-Unis après le 11 septembre 2001 ? Serait il nécessaire d’aller aussi loin, voire plus loin ?

 

Yves Roucaute : Il nous faudrait bien sûr un Patriot Act à la française. Va-t-on indéfiniment joué la carte de l’exceptionnalité, de l’état d’urgence ? La guerre va être longue. Si nous avons déjà un énorme attirail juridique, nous souffrons en France de deux choses : d’une absence de volonté de mettre hors d’état de nuire ceux qui sont coupables de trahison, mais aussi de notre incapacité à lutter avec les armes de l’Etat de droit.

En clair nous manquons de contrôle pour préserver la liberté, et dans le même temps, nous souffrons d’un manque d’outils pour réprimer ceux qui sont coupables de trahison ou de menée criminelles contre notre pays.

Aux Etats-Unis, il existe une cour de justice indépendante du pouvoir politique pour veiller au respect des libertés individuelles dans l’application du Patriot Act, le FISC. En France, les bureaucrates qui gouvernent préfèrent la justice administrative, plus confortable pour l’exécutif, plus malléable, souvent aux ordres. Et ils naviguent à vue, avec une grand inefficacité. Il nous faut l’efficacité et le respect des droits.

Accepterions nous que des gens portent des croix gammées, usent du salut nazi quand ils se rencontrent ou chantent des chants nazis ? Enfermons les fiches S jusqu’à la fin du conflit, vingt ans si nécessaire, frappons durement les comportements et les propos djihadistes, en particulier dans la rue et sur les réseaux sociaux.

De quoi avons-nous peur ? Voir nos fils et nos compagnes égorgés ne nous fera pas tenir debout ? C’est la volonté qui manque.

 

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Vive l’exception culturelle française !

Vive l’exception culturelle française !

 

Ceux qui comptent ne savent pas toujours ce qui compte. Puissance et défense de la créativité, c’est aussi cela l’esprit de la France. BLOC- NOTES. Valeurs Actuelles.

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Le sens caché du Festival de Cannes

Par Yves Roucaute

 
Se balader au Festival de Cannes permet de songer à la France, à son exception culturelle. « Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change », dit Tancredi Falconeri dans le Guépard de Visconti. Propos cyniques d’un ambitieux prêt à tout pour maintenir ses privilèges ? Non. Seulement un double refus. Celui du repli archaïque et celui de la glorification béate de la nouveauté, du “changement, c’est maintenant”.
 
Taxes, impôts, aides, encadrement, économie administrée, l’exception culturelle n’a pas bonne presse dans la mondialisation. La culture française n’aurait pas besoin d’être protégée, dit Mario Vargas Llosa, qui dénonce « chauvins » et « démagogues ». La France concentre- rait scandaleusement les deux tiers des aides au cinéma et à l’audiovisuel de l’Union européenne.
 
« Laissez faire les hommes,laissez passer les marchan-
dises » ? Idée plaisante quand on a la nostalgie des ruines. Celles
du cinéma italien par exemple.
Ah ! la Mostra de Venise, la grande concurrente de Cannes. Mais où sont les films produits par les Italiens ? Qu’est devenueCinecittà, pendant un demi-sicle deuxième studio du monde derrière Hollywood ? Où sont lesRossellini, De Sica, Visconti ?Les Quo Vadis ou les Ben
Hur ? Les westerns-spaghettis même ? Cinecittà s’est éteinte. La fée Fellini est devenue le Donald Duck d’un parc à thèmes. Faute d’aides, de réglementa- tion, de volonté politique.
 
En Europe : 69 % des films ingérés viennent des États-Unis. En Espagne, pas d’équivalent du Festival de Cannes. En Suède ? Depuis bien longtemps, à l’image de Sourires d’une nuit d’été de Bergman, la reconnaissance se trouve à Cannes. Le Festival de Berlin ? Le cinéma d’auteur n’y est pas toujours au rendez-vous. À l’inverse, à Cannes, en 2016, les longs métrages français représentent plus de la moitié de la compétition de la sélection officielle, et 66 % des films en sélection à la Quinzaine des réalisateurs. En 2015, le cinéma français a représenté 106 millions d’entrées à l’international avec 515 films exploités.
Deux fois et demie plus de films aux États-Unis qu’en France ? Vrai. Pour une population cinq fois plus nombreuse. L’Inde ? Le Bollywood indien est subventionné et protectionniste. En Chine aussi.
Évaluer le dispositif de soutien à la production cinématographique ? Le statut des intermittents ? Les obligations d’investissement des diffuseurs ? Les effets d’aubaine pour la médiocrité ? D’accord. Mais n’oublions pas le sens caché de l’exception culturelle.
La culture, cinéma en tête ? C’est un soft power, le sel de la guerre culturelle dans la mondialisation, clé des exportations, des emplois, de la puissance. Benito Mussolini le savait, qui inaugura Cinecittà, en 1937, « la plus puissante des armes ». Les États-Unis et la Chine aussi, qui se battent pour exporter leurs films, cheval de Troie de leurs produits.
Plus encore. Contre acculturation et décultura- tion, indifférenciation et médiocrité, avec son excep- tionnalité la France porte le grand message de la liberté créatrice. Celui de Jean Zay, initiateur du Fes- tival de Cannes, en 1939, et qui, le 20 juin 1944, avant de mourir, cria à ses bourreaux : « Vive la France ! »
 
http://www.valeursactuelles.com/le-sens-cache-du-festival-de-cannes-61925
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En France, vis en Français!

L’errance multiculturelle. Le modèle multiculturel ne fonctionne dans aucun pays. Et l’assimilation est l’ADN de la laïcité française. BLOC-NOTES

yves_roucauteQuand je suis ici, je ne jeûne pas ; quand je suis à Rome, je jeûne le samedi ; où que tu sois respecte l’usage local, écrit saint Augustin, en 396, au prêtre Casulanus. Bref : à Rome, vis comme les Romains. Le bon sens. Se plier à la culture du pays d’accueil, avec ses obligations et interdits, va de soi dans la plupart des pays. Qui oserait violer les règles de bienséance au Japon ? Qui, dans les pubs anglais les plus embrumés par l’alcool, s’adonnerait au crime de lèse-majesté envers la reine sans craindre d’être la cible du jeu de fléchettes ou d’un vol de cannettes ?

Curieusement, certains pensent qu’en France, il faudrait ne pas vivre comme les Français. Passons sur ces islamistes cheikhistes, proches du pouvoir saoudien, et salafistes, proches des Frères musulmans, qui prônent multiculturalisme et droit à la différence. Cocasse. Dans les pays où ils règnent, que ne défendent-ils cette idée ! Pourquoi une femme ne peut-elle se passer de tuteur en Arabie Saoudite ? Ni prendre le volant ? Ni refuser de porter l’abaya, cette robe noire couvrant l’ensemble du corps, sous peine de voir les muttawa, chargés de la répression du “vice”, la réprimer violemment ? Dire son christianisme ? 75 à 400 coups de fouet. Ne pas respecter le ramadan, changer de religion ? Décapitation possible. Des procès tribaux du Pakistan au totalitarisme du Hamas à Gaza, où est le multiculturalisme revendiqué à Paris ?

Le modèle du multiculturalisme serait constitutif de la nation américaine communautariste, nous dit-on plus sérieusement. Deux arrêts de la Cour suprême, en 1973 (San Antonio Independent School District v. Rodriguez) et 1974 (Milliken v. Bradley), qui justifièrent la politique de “discrimination positive” des “minorités” et de leur culture, avec affirmative actions, quotas, politically correctness, renforcerait cela.

Multiculturalisme ? Pas sûr. Assimilation à l’américaine plutôt. Un “creuset” éthique qui cimente les communautés, pas une maison de tolérance. Pour être naturalisé ? Avoir une “bonne moralité” conforme aux moeurs américaines pendant cinq ans, lire, écrire, parler et comprendre l’anglais, connaître les grands moments de l’histoire américaine et les institutions laïques. Avec un serment de renoncement à toute allégeance étrangère et de foi dans les valeurs universelles données par Dieu. Parmi les dix questions obligatoires, question numéro 8 : « Qu’a fait Susan B. Anthony ? » Réponse : « Elle s’est battue pour les droits des femmes et les droits civiques. » Salut au drapeau, chant de l’hymne national dans les écoles, étendards dans les jardins : malheur à celui qui n’est pas patriote.

Et, depuis mars 1994 (arrêt Hopwood v. State of Texas), c’est la débandade du politiquement correct. La Cour suprême a interdit la prise en compte du facteur racial dans l’enseignement supérieur. En novembre 1996, 55 % des électeurs californiens mettent fin aux programmes sociaux de discrimination positive. Les autres États suivent. Communautés, d’accord, culture américaine, d’abord.

Et la France ? Première nation civique du monde, modèle des Pères fondateurs américains, elle est fondée depuis Clovis sur l’assimilation. Sa force ? Sa « virtù », disait Montesquieu, son éthique : valeurs universelles et laïcité d’origine judéo-chrétienne, mémoire commune du grand récit historicomythique depuis les Gaulois, coutumes locales et patriotiques, mode de vie généreux. À l’intérieur de ce cadre : « Fais ce que tu veux. »Une culture qui rend le Français plus sensible que l’Américain aux dérives qui menacent sa République. La burqa ? Un droit pour les femmes de la communauté musulmane, déclare Obama qui ignore les ruses de la tyrannie. Quand bien même un individu voudrait être esclave, cela ne se peut, tonne le Frenchie. Pas sur ses terres. Ses terres spirituelles. Ses terres laïques. En France, depuis plus de mille ans : vis comme un Français. Ou sort. Et si la France un jour meurt, ce sera de l’oublier.

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La gauche s’est-elle mal préparée à l’exercice du pouvoir?

La gauche s’est-elle mal préparée à l’exercice du pouvoir?

Entretien 9 mai, Altantico

 

1 – Dans une interview accordée au magazine Society, Manuel Valls a déclaré que « pendant ses dix ans d’opposition, la gauche s’est mal préparée à l’exercice du pouvoir ». Il y a une semaine, c’était le ministre des Finances qui se désolait du fait que “les premières critiques vis-à-vis de l’action gouvernementale ne viennent pas de l’opposition [mais] de la gauche qui n’aime pas la difficulté de l’exercice du pouvoir”. Ces deux « justifications » ne sont-elles pas largement insuffisantes pour expliquer le problème de la gauche au pouvoir ? En quoi pourrait il s’agir d’une crise existentielle, plus profonde, découlant d’une incapacité à redistribuer, du fait des contraintes économiques actuelles ?

 

Yves Roucaute : cette question est intéressante car elle met le doigt sur un problème sémantique et politique. En réalité, la gauche n’existe pas. Il existe des gauches et la volonté de s’approprier dans l’imaginaire un projet qui s’appellerait « la gauche ». Quand les gauches sont confrontées à des questions importantes comme ici celle de la gouvernance dans un contexte de mondialisation, les différents apparaissent, qui ne sont pas seulement des différences de sensibilité mais bien des oppositions radicales. Le mot « la gauche » révèle une sorte d’imposture.

 

Sous la IVème république, il était d’ailleurs inimaginable que les socialistes qui étaient parfois au gouvernement fassent une quelconque alliance avec la gauche révolutionnaire. Ils leur préféraient les centristes voire la droite libérale. Plus loin encore, sous la IIIème république, la gauche « syndicale » composée d’anarcho-syndicalistes et de syndicalistes révolutionnaires détestait les socialistes. Elle dénonçait, comme face au réformiste Millerand, le « ministérialisme », c’est-à-dire ceux des socialistes qui acceptaient de participer aux gouvernements successifs pour engager des réformes. Cette gauche avait même imposé au congrès de la CGT, en 1906, la Charte d’Amiens qui énonçait le refus de toute alliance.

L’opposition entre les gauches a toujours été réelle et parfois aussi violente. On se souvient que c’est la gauche socialiste qui n’a pas hésité à réprimer les grandes grèves de la gauche révolutionnaire sous la IIIème et la IVème République.  Léon Blum avait renvoyé les communistes du gouvernement à la Libération et ils n’y sont plus revenus jusqu’en 1981.

En fait, l’idée d’une union de la gauche est extrêmement neuve puisqu’elle date de 1972. Avec le Programme Commun de gouvernement signé par le Parti socialiste, le PCF et les radicaux de gauche. C’est un coup tactique, les communistes croyant ainsi bouffer les socialistes, et François Mitterrand croyant ainsi gagné les élections puis bouffer les communistes. Il n’a d’ailleurs tenu qu’un temps puisque quelques années plus tard, en 1977, Georges Marchais, le Secrétaire général du Parti Communiste, se rendant compte qu’il était perdant, le programme volait en éclat. Mais pas l’unio,n, pour des raisons purement électorales qui ne se justifient plus aujourd’hui.

Car toute une partie de la gauche a toujours été réformiste. Et celle-ci a souvent été malmenée par les révolutionnaires, jusqu’à son élimination physique systématique dans les pays où les communistes prirent le pouvoir. François Mitterrand a seulement su jouer des uns et des autres au gré des vents et de ses intérêts… Par exemple, en 1981 la gauche est incapable de gérer précisément parce que le Président a fait alliance avec la gauche communiste qu’il préfère alors à la gauche gouvernementale, incarnée par exemple par Jacques Delors. Puis, il est revenu vers cette gauche réformiste.

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Aujourd’hui, on découvre le pot aux roses. Il y a des roses rouges pleines d’épines. Ceux qui croient toujours à la lutte des classes, née de la révolution industrielle, qui n’admettent pas que l’entreprise peut être un lieu de création, qui voit dans tout patron un ennemi à abattre, comme les ringards de Nuit Debout.

En face d’elle existe une gauche réformiste, celle de Macron, Valls, Le Guen, qui tente de mettre en place une culture gouvernementale. François Hollande est entre les deux chaises. Car la réforme du parti socialiste n’a pas eu lieu. Et s’il est trop réformateur, il se met à dos la gauche radicale, sans aucune chance d’être réélu. S’il ne l’est pas assez, il se met à dos la gauche réformiste, qui veut avancer. Pas facile.

 

2 – Les vœux du président pour l’année 2014 ont marqué le tournant libéral du quinquennat. L’acceptation de l’économie de marché par un gouvernement de gauche ne peut théoriquement tenir que grâce à la contrepartie d’un surplus de redistribution. Cependant, le fait que le gouvernement actuel ne soit pas dans une situation économique qui le lui permet peut-il le conduire à une forme de paralysie ? En quoi la gauche au pouvoir, confrontée à cette réalité, est-elle en train de muter ?

 

Yves Roucaute : Que peuvent cette gauche réformiste et cette gauche sociale-démocrate ? Tout d’abord, il faudrait au gouvernement se tourner vers une gauche plus cohérente et se débarrasser de cette vieille gauche révolutionnaire, de ses logiques du XIXème siècle, et ressembler un peu plus à celles qui existent en Allemagne ou aux Etats-Unis.

 

Le problème, c’est que la gauche gouvernementale doit compter sur l’Etat pour faire les réformes, et c’est bien là son problème. Car, dans son logiciel, en particulier social-démocrate, mener des réformes signifie les mener par le biais de l’Etat et une politique redistributive. Deux leviers traditionnels de la sociale-démocratie. Or, l’Etat ne peut redistribuer que s’il ponctionne. Et on est arrivé à un point où toute ponction supplémentaire tue la relance.

 

En vérité, la gauche française a raté le virage de Rocard qui appelait de ses vœux une révolution des logiciels. François Mitterrand a finalement gagné, et c’est là l’origine des problèmes auxquels François Hollande doit faire face. Lui-même n’ayant pas montré un grand courage, quand il était Premier secrétaire du P.S. pour contribuer à l’évolution du parti.

 

Est-ce que François Hollande peut s’en tirer ? Tout ce qu’il peut espérer, c’est que la France soit tirée par le développement européen et international en priant pour que la reprise se confirme. Et, ainsi, espérer se présenter en 2017.  Ce qui n’est pas impossible.

 

3 – En 2011, le think-tank Terra Nova rédigeait une note qui préconisait de se détourner des populations ouvrières au profit des populations « urbaines » et « diplômée », et de défendre les populations issues de l’immigration (voir ici). Ce tournant sociétal, basé sur un « changement de peuple » est également régulièrement avancé pour expliquer la mutation du pouvoir socialiste. Ne s’agit-il pas plutôt, ici encore, d’une contrainte découlant d’un phénomène plus profond ? 

 

Yves Roucaute : D’un point de vue purement lucide, Terra Nova a parfaitement raison. Il n’y a pas d’avenir politique pour ceux qui veulent perpétuer une tradition ouvriériste, avec une population ouvrière toujours moins nombreuse et qui est de plus en plus formée d’immigrés qui désirent entrer dans les classes moyennes ou entrer au pays. Cela n’a plus rien à voir avec la population ouvrière du début du XXème siècle, avec sa « conscience ouvrière », ses mœurs, ses relations au travail, ses désirs.

Il y a d’ailleurs longtemps que le PS n’est plus un parti ouvrier. Il l’est resté un peu dans le Nord et dans les Bouches du Rhône jusque dans les années 80, mais le parti ouvrier hier c’était surtout le Parti communiste, parfois les gaullistes, et, aujourd’hui, en ce qui concerne les ouvriers dits « blancs » c’est plutôt le Front national.

Si le PS veut construire son avenir, il doit abandonner les logiciels qu’il avait auparavant et parler aux classes moyennes et au bas des classes supérieures qui sont d’ailleurs aptes à entendre un discours de social-libéralisme, auquel elles ont intérêt objectivement.

Certes, le PS a commencé à séduire ces électeurs mais, pris dans ses anciennes alliances, incapable de rompre avec le discours de la gauche classique et archaïque, il peine à se faire entendre. Il est simplement temps que le PS prenne en compte la révolution numérique, les nouvelles forces sociales émergentes et les nouvelles catégories diplômées et urbaines.

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La Turquie dans l’Europe: non, merci

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La Turquie dans l’Europe ? Non, merci

Le cri du croissant

Ni les valeurs, ni l’histoire, ne peuvent justifier l’entrée de la Turquie dans l’Union. L’Esprit de l’Europe le refuse.

Quel est le sens de l’Europe? Telle est la question, la « question turque ». Plus possible de l’esquiver depuis l’accord conclu avec Istanbul à propos des migrants, le 18 mars. Il prévoit, en passant, mine de rien, une broutille, de relancer l’intégration de la Turquie dans l’Union. Pour la remercier d’accepter de surveiller ses frontières, ce que tout Etat doit faire ? Pour avoir refusé de les fermer, malgré les multiples demandes de Washington et la déstabilisation des partenaires européens de l’OTAN ? Six milliards d’euros pour reprendre ces clandestins qu’elle a volontairement laissé filer au lieu de les renvoyer de là où ils viennent, en Turquie? La Convention de Genève refuse ce renvoi, car la Turquie est un pays pas « sûr », répliquent nos eurocrates. Pas « sûr » ? Mais alors, comment peut-il adhérer à l’Union ?

Depuis leurs boules de cristal, les spiritistes, qui tournent les tables à Bruxelles, assurent que l’esprit européen est compatible avec celui de la Turquie. « Esprit, es-tu là ? » Oui, il est entendu d’eux. Il a déjà conduit nos mediums, par écriture automatique, à signer l’entrée dans l’Union de pays comme la Grèce, à créer l’euro, à appeler les migrants par pelletées. Aujourd’hui, il dit que la Turquie est soluble dans l’Europe. Valeurs, mémoire : tout serait commun. Ou presque.

Valeurs ? Nos extralucides discernent-ils l’égalité des femmes et des hommes quand le Président Erdogan la déclare « contraire à la nature humaine », quand le vice-président « conseille » aux femmes de ne pas rire en public, quand la présentatrice de télévision, Gözde Kansu, est licenciée pour un léger décolleté, quand le viol,« attaque contre la décence publique », n’est juridiquement condamnable que si la victime est vierge ? Voient-ils aussi les droits de l’homme dans les tortures des opposants kurdes, les limites du droit à l’information, les jeux pervers avec les islamistes?

Mémoire ? Etonnante boule de cristal qui oublie mille ans d’histoire. Le « tribut » ? Pénalités financières et les familles européennes contraintes d’offrir des jeunes garçons, transformés en eunuques ou en janissaire. À l’origine des croisades ? La répression féroce des Turcs seldjoukides contre les chrétiens et l’interdiction d’accès aux lieux saints. La règle : le pillage des biens chrétiens, telle la basilique Sainte Sophie, transformée par Mehmed II en mosquée, après avoir égorgé la foule chrétienne rassemblée dans le nef et livré la ville à trois jours de massacres. Oublierai-je le bon Soliman le Magnifique ? Nenni : tribut humain des enfants esclaves, système juridique qui interdit à tout juif ou chrétien de se défendre face aux musulmans, expulsion des juifs de Belgrade (1521) et Budapest (1524), pogrom pour ceux de Tunisie (1535), esclavage des chrétiens de Rhodes (1522), massacre de ceux d’Erevan (1554). Fera-t-on une fête au souvenir de l’extermination des Arméniens ? L’attaque de la Turquie, en 1974, contre Chypre, membre de l’Union, dont elle occupe aujourd’hui encore le nord, sera-t-elle  jour férié? A ce compte, décrétons l’entrée de la Mongolie, en souvenir des Huns.

Finalement, le « cri du croissant » éclaire les malentendants, comme le rappelle mon Eloge du monde de vie à la française. En 1683, la bataille de Vienne oppose les 100 000 soldats des troupes chrétiennes aux 250 000 de l’ottoman Kara Mustafa. Pour célébrer la victoire, l’empereur Léopold 1er de Habsbourg permit aux boulangers de fabriquer une viennoiserie, en forme de croissant, symbole du drapeau turc défait. Ainsi, de façon jubilatoire, avec une gourmandise bon enfant, les Européens bouffent le drapeau ottoman au lieu de le célébrer. La Turquie dans l’Union ? « Non merci ». Un mot d’Esprit. Celui de l’Europe.

http://www.contemporarybookstore.com/#!/Éloge-du-mode-de-vie-à-la-française-The-french-way-of-life/p/32908159

 

 

 

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Le clivage gauche droite est-il d’actualité?

Roucaute chez les inuitsEntretien dans Atlantico, 9 avril 2016. Atlantico-Roucaute
Atlantico
La remise en cause du clivage gauche-droite est de plus en plus mise en avant. Raffarin saluant l’action de Macron, Marine Le Pen critiquant l’UMPS. Pourtant l’échiquier ne bouge pas et les places suivent toujours cet ordre à l’Assemblée et dans les têtes : peut-on se passer de cette dichotomie en politique en France ?
Yves Roucaute 
Paradoxalement, il faut dire que l’on ne se passera pas d’un clivage gauche droite mais que l’on se passera du clivage gauche droite actuel et du système politique qui en découle. Quelque chose est en train de se produire qui se poursuivra, soit rapidement et brutalement, soit plus lentement. Et Emmanuel Macron a raison de foncer car la situation est pour lui inespérée. C’est le moment où les grandes ambitions peuvent tirer leur épingle du jeu.
Pour saisir cela, il faut appréhender, je crois, deux processus différents à l’œuvre.
Le premier est connu. Sauf de ceux qui sont concernés au sommet du système politique. Le premier processus est celui d’un refus du système politique et du rejet des élites politiques présentes sur la scène actuelle par la population. Il ne suffit pas de dire que la population ne pense pas que ces élites actuelles soient en mesure de régler leurs problèmes.
La vérité c’est qu’une immense majorité de la population pense que ces élites sont LE problème. C’est cela la crise de représentation.
Ce ne peut être pensé par les élites en raison de leur propre itinéraire et de leur formation. Ecoutez les, François Hollande en premier, ils ne comprennent pas ce qui se passe. Ils continuent comme si de rien n’était. Cela ne rentre pas dans les plans à deux fois deux parties où ils excellent, appris à l’ENA, plans qui ont la particularité accorder le loup et le chien au lieu de penser la rupture, comme peuvent le faire les plans en philosophie. Drôle comme la formation formate les esprits, surtout quand ils sont faibles.
C’est dans ce contexte là que le phénomène Emmanuel Macron peut arriver et emballer la machine. En effet, mais l’avenir le dira, il peut « péter » la baraque comme il le dit. Le système est fissuré, prêt à l’explosion, c’es-à-dire aussi à l’élection d’un candidat anti système.
Et je voudrais insister à nouveau sur ce point : non pas parce que le système ne répond pas aux problèmes mais parce que la population pense de plus en plus qu’il est le problème comme est le problème l’élite qui le soutient et le maintient en vie.
Sur ce premier point donc Jean-Pierre Raffarin a, de fait, raison de regarder attentivement ce phénomène Macron au lieu de le mépriser comme le font certains prétendants au trône. Croit-il vraiment à un ticket Juppé-Macron comme il le dit ? Je ne le pense pas. L’homme est trop fin.
En vérité, Emmanuel Macron est un candidat évidemment anti-Juppé. Cela peut même être un coup tactique de François Hollande. Mais sans lire dans le marc de café pour y découvrir les tactiques de François Hollande, plus redoutable qu’on ne le croit à droite, il est en tout cas certain qu’un Emmanuel Macron ne va pas se brûler les ailes en se mettant derrière Juppé. Alain Juppé est pour l’opinion, un candidat du système, quand bien même certains croient que c’est le moins mauvais possible, qui a déjà été Premier ministre, et qui n’a pas montré alors des capacités ni la volonté de renverser le système, et dont les propositions actuelles, intéressantes au demeurant, ne semblent pas à la hauteur du rejet actuel et des demandes.
Ce que je crois avec une quasi certitude, c’est qu’Emmanuel Macron joue sa propre carte. Et les calculs de François Hollande doivent tenir compte de cette équation car ce qu’il a enfanté pourrait bien l’ingérer. Et si Emmanuel Macron a l’ambition que je crois, il jouera sa carte jusqu’au bout, car la situation est inespérée : aucun candidat actuel n’a un vrai soutien de la population. Après, il sera trop tard : si un candidat à droite est élu, il occupera la place 5 ans, voire 10 ans, et le système sera alors en position d’avoir fermé les failles si quelqu’un d’autre, type Marine Le Pen ne l’a pas fait sauter avant.
Remarquez, et c’est assez amusant, c’est aussi peut-être pour le système une façon de se protéger en jouant la carte anti-système. Car un étranger pourrait s’exclamer : « Emmanuel Macron ? N’est-ce pas encore un énarque ! Hollande, Juppé, Aubry, Fillon, Ségolène Royal, Copé, Le Maire, quelle démocratie, vous n’avez donc que des énarques pour remplacer des énarques. Après l’énarque Chirac, croyez-vous que ce soit dans ce vivier des 88 meilleurs apparatchiks de l’Etat que l’on peut recruter des politiques qui doivent transformer l’Etat ? ».
Néanmoins, cette exigence anti-système est si forte que je suis à peu près certain que l’on verrait un mouvement de sympathie similaire se produire si Nicolas Hulot décidait de passer la vitesse supérieure. Daniel Cohn-Bendit qui ne manque pas de perspicacité, a parfaitement bien vu la chance qu’il représente de sortir l’écologie de son aspect groupusculaire. Les groupuscules, il connaît et il n’aime plus. Nicolas Hulot ramasserait à gauche, au centre gauche, et une partie de l’extrême-gauche, en particulier écologiste. Il casserait lui aussi la baraque. On aurait peut-être un phénomène semblable si une Valérie Pécresse, énarque aussi au demeurant, se mettait en marche. Veut-elle attendre ? 10 ans ? Mauvais calcul.
Le problème est que les partis politiques traditionnels sont en train de mourir car ils sont incapables de produire eux-mêmes de nouvelles offres. Les apparatchiks croient s’en tirer en fermant le jeu et le système. Du coup, la pression monte et la marmite est prête à exploser. C’est en raison de cette pression et des failles qu’elle produit sur les murs du système que Macron et consorts peuvent surgir. Que Marine Le Pen ou Marion après demain, ont quelques chances de l’emporter. C’est aussi pourquoi je trouve intéressantes les candidatures de Geofroy Didier, de Frédéric Lefebvre, d’Hervé Mariton et de quelques autres auxquels le système forme les portes et qui tentent de les forcer. L’avenir n’appartient pas aux hommes du système.
Et, pour parler à la façon du philosophe Hegel, quand bien même le vieux monde parviendrait à imposer ses hommes à la fin, il démontrerait simplement ainsi qu’il est bien mort.
Mais, votre question soulève un second problème bien différent: est-ce que ces ambitions, nouvelles ou anciennes, peuvent dépasser les clivages gauche-droite ? Cela, je n’y crois pas.
Et c’est bien le problème de ces ambitions : une occasion fantastique leur est donnée de l’emporter mais il va falloir qu’ils existent en réinventant l’opposition droite gauche. La volonté politique n’y peut rien, c’est un phénomène structurel.
On pourrait imaginer un système où le Président et le Premier ministre, qui serait alors Président du Conseil, soient élus par l’Assemblée nationale, mais ce n’est pas le cas. Le clivage gauche-droite va donc perdurer.
Le régime politique français, voulu par le Général de Gaulle, malgré le retour en marge à un système des partis constaté ces derniers temps, produit un clivage droite/gauche. Et lorsqu’on essaye de s’en affranchir, l’échec est certain. Car ce modèle d’élection du président de la République au suffrage direct à deux tours oblige un candidat à obtenir 50% des voix des votants. Le système politique contraint donc la France
C’est cela que Jean-Marie Le Pen ou l’extrême-gauche n’ont jamais compris : gagner, en raison de ces 50%, impose de trouver des alliés. Donc, dans notre République, la question des alliances n’est pas tactique mais stratégique.
Alliances à gauche ou à droite ? Selon la réponse, vous tombez d’un côté ou de l’autre, c’est ce qui arrêta l’envolée de Jean-Pierre Chevènement, en 2002, quand il ambitionnait d’être Président. Dés qu’il fut contraint de déclarer ses alliances à gauche, les soutiens patriotes qu’il avait reçus à droite et au centre se retirèrent et il s’effondra dans les sondages. Et pourtant, la qualité de son programme, que l’on songe à sa défense de la laïcité ou de la place de la France dans le monde, qui, avaient un goût de prédiction méritaient assurément mieux que les 5% de voix obtenues alors. Je ne parle même pas de son extrême rectitude et de la grandeur d’âme de son caractère. Même quand on se prétend centriste, il faut choisir, à la façon de Valery Giscard d’Estaing en 1974, qui gagna en s’alliant avec la droite. Un Emmanuel Macron devra réinventer cette coupure et trancher dans ses alliances sous peine de s’effondrer comme le fit Gaston Defferre qui, lui aussi, prétendit dépasser les clivages alors qu’il était issu, comme lui, du sérail socialiste.
En revanche, ce qui va changer, et doit changer pour que ces nouvelles ambitions l’emportent, c’est le contenu du clivage.
« Le Figaro » insistait dernièrement sur les dégâts que l’émergence de la candidature Macron allait faire à gauche. Il me semble qu’il peut faire tout aussi mal, sinon plus, à droite. Une grande partie des libéraux de droite se sentent plus prêts d’Emmanuel Macron que d’Alain Juppé ou de Nicolas Sarkozy, et, bien entendu, que de l’ensemble de l’héritage Chirac.
Emmanuel Macron en se tenant fermement sur une position de type social libérale, c’est-à-dire aussi sociale, à l’anglaise ou à l’américaine, avec une connaissance et une reconnaissance de l’économie de marché, contre la droite actuelle et le Front national, peut l’emporter
Cette position ne peut craindre les pôles archaïques de gauche. Il est clair que la gauche Mélenchon et communiste, à 7% de voix environ, est condamnée à jouer les perroquets des mouvements d’Athènes et de Madrid. Ils n’arriveront à rien, sinon à gesticuler, car ils sont condamnés par l’Histoire. Nous n’avons, de fait, rien en commun avec la Grèce et l’Espagne.
Qu’a-t-il à perdre changer de logiciel ? De toutes façons, cette gauche archaïque, issue de la veille révolution industrielle et du mode de pensée né au XIXème siècle entre Proudhon, Blanqui, Lamennais et Marx n’a plus gand chose à dire. Et, disons le clairement, en dernière instance, elle se ralliera pour survivre au candidat de gauche plutôt que de rater la soupe. Car depuis un siècle, les socialistes ont démontré que lorsque venait l’heure de l’élection, leurs postes importaient plus que leurs idées.
A l’inverse, la gauche dynamique représentée par Macron peut jouer la partie à l’anglaise, à l’allemande, ou à l’américaine. Elle doit prendre en compte la révolution du numérique et les nouvelles formes d’organisation du travail qui sont nées de cette révolution, les nouvelles exigences éthiques et un certain désordre international.
Atlantico:
Quelles sont les circonstances qui viennent remettre en question ce clivage ?
Yves Roucaute 
L’ancienne forme de clivage gauche/droite ne peut plus fonctionner car il faut voir que le pays, et le monde, a évolué structurellement et sociologiquement. A gauche, par exemple, l’idée d’un pouvoir ouvrier longtemps défendue, et qui était sa marque de fabrique depuis plus d’un siècle, qui peut la défendre ? Son poids a été considérablement réduit, l’origine de ces ouvriers a été transformée, leurs façons de penser leur travail, en particulier quand ils sont immigrés, n’ont plus rien à voir. De même, le poids des ouvriers agricoles est devenu insignifiant.
L’alliance de la faucille et du marteau que l’on voit sur les drapeaux rouges agités par des manifestants niais, c’est le symptôme d’un déni du réel. Cela permet à des groupuscules de vivre dans le simulacre et d’accrocher pour quelques mois à leur démagogie des individus ignorants à leurs wagons. Mais ce sont des vieilles lunes. Cela ne vaut plus rien.
Avec la mondialisation et le monde numérique, les anciennes formes d’organisation du travail sont en train de disparaître et les anciens modes de productions sont moribonds. Sociologiquement, on voit apparaitre des techniciens, des experts et toute une forêt de métiers qui ne peuvent pas être intégrée dans les catégories utilisées actuellement par les politiciens de gauche et aussi de droite. Les lieux de production eux-mêmes ont changé.
Les anciennes offres politiques ne fonctionnent plus parce que le monde ne fonctionne plus comme cela. Il faut prendre en compte la révolution numérique.
De même, il faut prendre en compte les nouvelles façons de penser. J’ai largement évoqué tout cela dans La Puissance d’Humanité (Contemporary Bookstore). Songez aux exigences de l’éthique. Qui pouvait imaginer que la responsabilité des Etats pouvaient être mis en cause au nom du principe de précaution et de prévention ? Que les questions environnementales viendraient sur a scène politique ?
Atlantico
Alain disait qu’une personne qui remet en cause le clivage gauche-droite est toujours de droite. Cela ne se vérifie-t-il pas aujourd’hui avec l’attrait de la droite pour Macron. Peut-on imaginer un attrait similaire pour Juppé venant de la gauche ?
Yves Roucaute
D’une certaine façon, si l’on considère l’ancienne vision de ce clivage, je crois qu’Alain avait raison. Car la droite l’a emporté. Et la gauche d’aujourd’hui aurait été à droite il y a quelques dizaines d’années encore. C’est d’ailleurs pourquoi beaucoup de gens de l’extrême gauche pensent que la gauche américaine, britannique, allemande, danoise etc, ce ne sont pas de « vraies » gauche. Car la « vraie » gauche vit historiquement sous le signe de la lutte des classes, du pouvoir ouvrier, de l’exploitation, de la paupérisation, de la révolution, de la dictature du prolétariat. Et cette gauche est donc bel et bien morte car toutes ces chimères socialistes sont en voie de disparition.
À l’université, certains enseignants de science politique et d’histoire persistent à dire que ce vieux clivage existe et à employer des mots creux comme « mouvement ouvrier », « mouvement socialiste» et j’en passe, omettant évidemment les mouvements socialistes britanniques, pourtant les plus puissants historiquement, ou les démocrates américains, parce qu’ils sont réformistes depuis l’origine et refusent la révolution. De ce point de vue, le clivage persiste plus facilement dans ces pays car il n’est pas construit sur des chimères, il colle au réel, tandis qu’en France la confusion des intellectuels de gauche conduit à la confusion générale. Ils tiennent à enseigner leur chimérique vision du monde à laquelle peu adhèrent car elle ne correspond à rien dans le réel. Cela permet à certains intellectuels et certains politiques de survivre en continuant à vendre de produits périmés.
Le nouveau clivage, lui, s’inscrit sur un fond du rapport au social, de la « justice », de l’Etat redistributeur, de la place de la bureaucratie, du rôle associatif, des manières d’intégrer ou d’assimiler, des minorités, des valeurs, de la nation etc.
Atlantico
Alors que nombre de candidats semblent proposer un échéancier d’un même libéralisme, qui peut profiter de la nécessaire polarisation de l’électorat.
Yves Roucaute 
Marine Le Pen pourrait tirer son épingle du jeu car l’opposition entre les candidats plus ou moins libéraux qui voient dans sa présence au second tour et la fermeture des partis une aubaine va donner lieu à un beau jeu de massacres dans les mois qui viennent. Et il lui sera facile de s’installer dans une posture « sociale », ramassant à gauche après avoir bien ramassé à droite. Un nouvel attentat, une nouvelle crise financière, une nouvelle tension des migrations, beaucoup d’occasions peuvent lui être données sur ce fond de concorde discordante.
Mais ce peut être François Hollande aussi, bien que sa réélection semble aujourd’hui improbable. Car le surgissement d’un Macron permet d’affaiblir Juppé, comme le surgissement d’un Juppé permettait d’affaiblir Nicolas Sarkozy. Et il est possible et même probable, d’avoir une, voire deux candidatures centristes, même si c’est Alain Juppé le candidat de la droite. Paradoxalement, une candidature Sarkozy ou Fillon est moins sensible à ce jeu hollandais.
À l’inverse, je ne vois guère aujourd’hui qui peut se présenter contre François Hollande au PS. Et l’extrême-gauche est moribonde. Qui peut sérieusement être assuré qu’une Martine Aubry l’emporterait a second tour contre un candidat de droite voire contre Marine Le Pen? Battrait-elle un candidat de droite au premier tour ? Très improbable. La présence de François Hollande, au second tour, n’est donc pas à exclure.
Mais c’est la candidature Macron la plus à surveiller. Il faut attendre de voir son programme « social » et international, ses positions envers l »’immigration ou les valeurs laïques. Il pourrait surprendre et, en effet, casser la veille baraque qui craque de partout.

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Chrétiens de Corée du Nord, nous ne vous oublions pas !

Les chrétiens de Corée du Nord massacrés

(article dans Valeurs Actuelles du 25 février 2016)
Un appel à la mobilisation internationale des consciences pour les sauver et pour éliminer le gouvernement du dictateur communiste Kim Jong-un.
 

Nous ne vous oublions pas !

 
Par Yves Roucaute
 
Qui dira le régime de terreur subi par les chrétiens de Corée du Nord ? Certes, dans cinquante autres États, 2 406 églises ont été fermées ou brûlées, 150 millions de chrétiens ont subi des violences, des centaines de milliers fuient sur les routes, des dizaines de milliers sont morts. L’association Portes ouvertes, avec son “Index mondial de persécution des chrétiens”, le rappelle : aucune spiritualité n’endure autant de peine. Mais le pire des États antichrétiens dans le monde reste la Corée du Nord.
 
Pourtant, les dirigeants communistes de ce pays font rire, sourire, le coup du mépris. Tout juste prend-on ses menaces nucléaires au sérieux. Le secrétaire national du Parti communiste français, Pierre Laurent, y va même de son couplet : « La Corée du Nord est au communisme ce que le gros rouge qui tache est au bourgogne. » Avec lui, la gauche intellectuelle, toujours prompte à dénoncer la religion, prétendue cause des guerres, n’a pas de temps à perdre pour la bagatelle chrétienne.
 
Il est des circonstances où le silence dit la complicité avec le crime. Nous y sommes. Ah, le gros rouge nord-coréen qui tache ! Il tache mais ne tue pas ? Comme celui du socialiste athée Mussolini, du national-socialiste athée Hitler, du communiste athée Staline ?
Pour nos frères chrétiens de Corée du Nord, je veux dire ici la terreur, les camps de concentration, kyo-hwa-so, et, pires dans l’horreur, ces camps de travaux forcés, kwan-li-so, dont on ne revient jamais. En ce moment, plus de 300 000 personnes, selon l’Onu, dont une grande partie de chrétiens, sont dans les fers, torturés, mis en esclavage, exécutés.
 
Il y aurait seulement 1,2 % de chrétiens en Corée du Nord, pour 25 millions d’habitants, me dit-on. Étrange : de l’autre côté du 38e parallèle nord, qui sert de frontière, en Corée du Sud, ils sont 31 %. La magie du parallèle qui efface les chrétiens ?
Précisément. La Terreur rouge les efface. Tel est l’objectif de la dynastie communiste, créée par Kim Il-sung en 1948. Comment accepter cette spiritualité chrétienne qui dit l’amour au lieu de la haine de classe, qui interdit l’idolâtrie des chefs politiques et préfère la voix de la conscience à celle du parti ? Dans la capitale, Pyongyang, ex-“Jérusalem de l’Est”, il reste une seule église et un temple. Deux cents figurants y vont, une fois par semaine : l’eucharistie est néanmoins interdite, peut-être pour éviter toute envie. Des prêtres ? Pour quoi faire ? Seul culte autorisé : celui de Kim Jong- un. Il existe trois classes : centrale, indécise, hostile. “Hostile” ? Tous les chrétiens. Détenir une Bible ? Internement à vie ou peine de mort. Ainsi Mme Seo Keum-ok, arrêtée, torturée puis disparue, comme ses deux petits enfants et son mari. Car, dès qu’un membre a “avoué” le crime chrétien, la famille est internée selon la règle de “culpabilité par association”. Sans procès. Enfants, bébés, grands-parents chrétiens : tous au goulag, un goulag pour tous !
 
Même règle pour les étrangers, tels ces deux pasteurs condamnés aux travaux forcés : Kim Jong- wook, en mai 2014, et le Canadien Hyeon Soo-lim, en décembre 2015. Depuis 2014, rencontrer des chré- tiens étrangers est même passible de travaux forcés : le progrès socialiste. Voilà pourquoi ils sont des mil- liers à fuir, telle Yeonmi Park, qui raconte sa fuite vers la Chine, à 13 ans, avec sa mère, dans un livre au titre émouvant, » Je voulais juste vivre » (éd. Kero).
Juste vivre ? Combien de chrétiens emprisonnés à vie ? 70 000 ? Beaucoup plus en vérité, car se dire chrétien est l’assurance d’une mort rapide et douloureuse. Combien “disparaissent” ? 300 000, au moins, depuis trente ans. Partis en fumée ? Oui, pour cer- tains, ceux qui sont épuisés par le travail forcé, envoyés sur des tapis roulants, comme au terrible camp de Yodok, le camp numéro 15, direction le four.
Les croyants nord-coréens sont condamnés à mort par dizaines de milliers.
Les camps. Celui de Yodok : 50 000 détenus. Deux zones : celle du “contrôle total”, des “crimi- nels” jamais libérés, chrétiens en masse ; celle de la “zone révolutionnaire”, pour les autres. Dans 378 kilomètres carrés, clôturés de barbelés de 4 mètres de haut avec fil électrique, miradors et chiens de garde, nos frères vivent dans des cabanes de murs de boue séchée. Sols et toits en paille. Qua- rante personnes pour 50 mètres carrés, sur des planches de bois, sans chauffage, à — 20 degrés l’hi- ver, entre poux, puces et parasites, avec tuberculose, pneumonie, sans traitement médical, des vêtements sales, souvent récupérés sur les morts, une vasque pour 200 détenus. Travail sans jour de repos, pour l’extraction du gypse, la forge, l’exploitation fores- tière. Des rations de 100 à 200 grammes. Rats, vers, serpents, insectes améliorent l’ordinaire, ou bien les vols d’excréments à la porcherie, à condition que les gardes ne voient rien, sinon les détenus sont frappés, parfois à mort, et torturés, bras attachés dans le dos, membres liés, suspendus pendant plusieurs jours.
Les enfants ? À l’école du parti, ils apprennent la supériorité de l’athéisme sur la religion et la pensée Kim Jong-un. Puis, travaux forcés, avec transport des charges de bois ou de fumier, de 20 à 30 kilos, sur 3 à 4 kilomètres, une dizaine de fois par jour. Et les femmes violées par les gardes ? Avortement forcé et parfois exécution. À la commission d’enquête de l’Onu, une rescapée raconte sa joie de voir un jour une mère avec un nou- veau-né. Pas longtemps : un garde entre avec une bassine et ordonne de noyer le bébé. La mère refuse : battue jusqu’au sang, pleurant, mourante, invo- quant le pardon du Ciel, à la fin, elle noie son enfant.
 
Oui, je veux vous parler du centre de Kaech’on, kwan-li-so numéro 14, le long de la rivière Taedong. Ici, une seule catégorie de prisonniers : tous “poli- tiques”, condamnés à perpétuité. Des chrétiens en nombre, des bouddhistes, des confucéens, des adeptes du Cheondogyo. Sur 155 kilomètres carrés, 15 000 prisonniers. Travail forcé dans les mines et les fermes, de 5 h 30 à minuit. Les morts par sous-ali- mentation ou par tortures sont quotidiennes. On s’y bat pour la chair des rats, pas assez nombreux, pour arrêter la pellagre, avec la diarrhée et la démence.
 
Oui, je veux vous parler de Haengyong, kwan-li- so numéro 22, près de la frontière chinoise, où, sur 50 000 prisonniers politiques, 500 à 2 000 meurent chaque année. De Chongjin, le camp numéro 25, doté de vrais murs, d’un crématorium ; camp dont nous ne savons presque rien, car aucun des 3 000 détenus n’en est jamais sorti vivant.
 
Et j’ai honte de ne pouvoir nommer ceux qui sont enfermés, depuis six mois, dans des cachots sans aération où l’on ne peut se tenir ni debout ni allongés. De ne pouvoir raconter ceux qui titubent pieds nus sur les chemins de croix pour avoir lu la Bible ou Confucius, pour avoir suivi le bouddhisme ou le Cheondogyo. Et de ne pas savoir les noms de ces enfants, parfois de 6 ans, battus à mort pour quelques grains de maïs volés.
 
Hélas, que faire quand la France se tait, quand l’Europe se terre, quand la Chine recouvre l’horreur d’un silence glacé ? « Je me suis souvenue de toutes les personnes qui priaient pour moi. C’est devenu ma force », dit Hea Woo, qui survécut ainsi quand ses bourreaux lui donnaient trois jours à vivre. Avec ou sans croyance en un Dieu créateur, il est mille façons de prier. Dire, c’est ma façon à moi. Contre la pensée correcte, qui révèle les jean-foutre de la moralité. Pour murmurer à ces pauvres âmes meurtries qu’il y a dans leur nuit des humains qui pensent à eux, quiles aiment, qui allument pour eux des bougies moins fragiles que leur vie. ●
 
 Yves Roucaute, Philosophe, écrivain, professeur des universités, docteur d’Etat, agrégé de philosophie et de science politique.
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Va-t-on vers une IV ème République?

 

IMG_0780Atlantico : On voit dans l’actualité des dissensions visibles au sein des partis eux-mêmes. Est-ce que le système bipartisan de la Vème République, déjà bousculé depuis plusieurs décennies par le FN, est en train d’exploser 

Yves Roucaute :

Oui, le passage au quinquennat a produit un phénomène de concentration du pouvoir politique entre les mains du président de la République, entraînant de facto un affaiblissement de ses pouvoirs. Le chef de l’Etat s’est retrouvé depuis en plein cœur de l’arène politique. Il est devenu un homme politique parmi d’autres. Par conséquent, il n’a moins la capacité qu’auparavant de prendre du recul par rapport au Gouvernement et d’apparaître comme étant au-dessus des partis.

La même évolution s’observe pour le Premier ministre qui devient un ministre comme les autres. Il était déjà affaibli par la constitution de la Vème République, qui n’en faisait déjà plus le président du Conseil comme sous la IVème. Mais le quinquennat a accentué cette faiblesse.

Il y a un glissement dans la vie politique française : les jeux politiques prennent le dessus sur les idées. On est à un an et demi de la présidentielle, tout devient un enjeu politique, et donc un jeu politique. Le remaniement gouvernemental est symbolique de cette évolution. Il y avait clairement une volonté politique de fédérer en vue de la prochaine présidentielle. Cette volonté a pris le pas sur l’action et les enjeux de fond. La même logique prime actuellement dans la réforme constitutionnelle.

On observe d’ailleurs une explosion de la droite et de la gauche. La vie politique est soumise à un véritable émiettement, contraire à la volonté primaire du général de Gaulle qui voulait pour la Vème République des institutions solides. Au contraire, on assiste à une révision constitutionnelle en passe d’être avortée, ou alors, si elle est votée, de passer pour des raisons purement politiques, et non pour l’intérêt national. La tactique l’a emporté sur la stratégie. Le court terme a doublé le long terme, comme l’indique cette révision de la Constitution.

François Hollande doit compter sur la droite pour faire passer sa réforme, or le Sénat est majoritairement à droite. Il doit donc continuer les tractations avec l’opposition. C’est une véritable chienlit politique aujourd’hui.

Je le répète, les symptômes de cette explosion de la Vème République sont aussi perceptibles avec la nomination de ce nouveau Gouvernement. Traditionnellement, le président de la République préside le Conseil des ministres et le Premier ministre est tributaire de la politique du chef de l’Etat. Aujourd’hui, le système est totalement différent. Certaines nominations étaient clairement orientées contre Manuel Valls (que ce soit le retour des écologistes ou d’Ayrault au Gouvernement). Encore une fois, la tactique l’emporte sur l’esprit de la Vème République. Je pense que l’on peut même dire que l’on assiste à ce titre à la fin de la Constitution telle qu’elle avait été pensée par de Gaulle. Il n’y a plus ce qui faisait la grande cohésion de la vie politique.

Quand de Gaulle prend la décision de faire élire le président de la République au suffrage universel, il souhaite mettre définitivement un terme au manque de cohésion et de stabilité de la vie politique sous la IVème République. Le souci d’efficacité a guidé l’élaboration de la Vème République. Le suffrage universel plaçait, le temps du septennat, le président de la République au-dessus des partis pendant 7 ans.

La cohabitation a été premier coup de canif portée à la Constitution de De Gaulle. Le second fut le quinquennat. La réduction du mandat du chef de l’Etat a affaibli le président de la République. Les conséquences sont aujourd’hui visibles. François Hollande a essayé de piéger la droite sur la question de la sécurité sans se rendre compte que sa combine a aussi eu comme effet d’exploser son propre camp.

La droite aussi souffre de cette situation. Elle ne possède pas en son sein un homme politique assez fort pour imposer une vision et un programme. Si François Hollande est réélu, il ne réussira pas à imposer ses réformes. De fait, s’il bat Marine Le Pen au second tour, il n’en tirera aucune légitimité. Idem pour le candidat de la droite. Même si Alain Juppé, le favori des sondages actuellement, a des qualités réelles, il ne pourra pas mener de profondes réformes.

Atlantico :

Jusqu’où peut se déformer la Constitution face aux nouvelles logiques partisanes avant de casser véritablement ?

Yves ROUCAUTE

Il faut tout d’abord bien comprendre le fonctionnement de la Vème République. Il y a deux grands groupes derrière lesquels il faut se ranger pour exister : la droite et la gauche. Charles de Gaulle voulait donner une structure et un cadre à la gauche pour lui permettre de s’exprimer. Ce système avait l’avantage de contraindre les points de vue à s’associer, à se rationaliser et à se limiter. Il permettait aussi d’écraser le centre. Non pas parce que de Gaulle méprisait le centre, mais parce qu’un centre de type radical pouvait, au gré des tendances, pencher à droite ou à gauche.

Le système bipartisan contraint à faire un choix entre les deux options que sont la gauche ou la droite. Il a d’une certaine façon pacifié les relations politiques.

Il y a néanmoins un paradoxe. Dans la Vème République, originellement, le centre déterminait les élections. Par conséquent, la gauche et la droite extrêmes devaient être un peu plus souples pour s’associer avec le centre. De cette façon, il n’y a pas eu d’extrémisme au pouvoir pendant les grandes crises du régime. Voilà le paradoxe : c’est en évacuant le centre que de Gaulle a renforcé le pouvoir de ce même centre. Il voulait que la France soit gouvernée et gouvernable. Ainsi, il est plus aisé de comprendre le problème auquel est confrontée la politique française aujourd’hui. Le système gaulliste ne fonctionne que si le président de la République a un Gouvernement qui lui est entièrement soumis. Le Premier ministre doit obéir au président de la République.

Actuellement, le problème est que le FN est très fort. Lorsque le PCF était à un tel niveau, avec les mêmes fonctions de tribun du peuple, le PS, de manière assez subtile, se passait de lui. Puis, le Parti socialiste a choisi sous l’impulsion de Mitterrand de faire alliance avec le Parti communiste dans le cadre de l’union de la gauche. Cette stratégie a forcé le PC à avoir un rôle fonctionnel (c’est ce qu’expliquait le juriste Georges Lavau) : les discours demeuraient révolutionnaires quand la pratique était devenue fonctionnelle. Par ailleurs, le PC avait une utilité. Il maintenait l’ordre dans les cités, permettant une forme de paix politique et sociale. Or, son remplacement, en partie par le FN, ne nous a pas fait gagner au change. Le FN est incapable de remplir le rôle social du PCF à l’époque. Le Front national ne pacifie pas, bien au contraire.

Aujourd’hui, le système politique est loin de se diriger vers une VIème République. Il revient plutôt à la IVème. La réforme constitutionnelle entérine le pouvoir et le jeu des partis. On retrouve finalement les mêmes dissensions que la France a connues sous la IVème République. François Hollande a toutes les caractéristiques de cette époque : c’est un homme de compromis, un homme de compromission.

On est face à un Etat faible. Les institutions ne peuvent pas répondre à cette médiocrité actuelle. La meilleure constitution du monde n’y pourrait rien. Ce ne sont pas les textes qui décident, ce sont les hommes.

Atlantico :

Du point de vue du citoyen, il est plus difficile de se repérer sur l’échiquier politique. N’y-a-t-il pas un risque de complexification du vote et donc de démobilisation encore plus forte de l’électorat ? N’y-a-t-il pas tout simplement un risque pour la démocratie ?

Yves ROUCAUTE

Nous sommes dans une situation où la légitimité des politiques est faible. C’est grave. Si dans le système américain, 4 personnes sur 10 ne se préoccupaient pas des élections, ce serait moins dramatique : le vote politique n’est qu’un volet de la démocratie étatsunienne à plusieurs étages qui s’appuie sur tout un tissu associatif.

En France, c’est différent, le tissu associatif est faible. Les hommes politiques sont déconnectés des questions qui agitent les citoyens.  Prenez par exemple la sécurité au sens large ou encore, plus précisément, les femmes qui craignent de prendre les transports trop tard le soir. Ces dernières représentent pourtant 50% de la population. Ce problème quotidien n’a jamais été repris par les hommes politiques, ni par les femmes politiques d’ailleurs qui vivent en général dans les beaux quartiers. La plupart de nos compagnes vivent dans la peur et/ou la méfiance. Pourtant, les politiques n’en parlent pas. Idem pour l’immigration, le djihadisme, etc.

Il y a une coupure entre le monde ordinaire et la classe politique. Par conséquent, est-ce que vous croyez que dans ce contexte le débat sur la réforme constitutionnelle intéresse les Français ? Ils veulent qu’on sanctionne violemment les terroristes – le Bataclan et l’affaire Merah sont passés par là. La question de la nationalité est secondaire. Les Français attendent des mesures. Il faut lutter contre le terrorisme et l’islamisme. A force de ne pas être écoutés, les Français vont se tourner vers des organisations populistes. Les Français ne sont pas les Suisses, ils ne vont pas se détourner de la politique. Ils aiment LA politique mais rejettent de plus en plus LE politique. Ils vont sanctionner le personnel politique, et parti comme cela le FN va gagner 5 ou 10 points.

 

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Cuba et la défense des libertés

NegociationKaboul

Yves Roucaute avec les dirigeants de l’Alliance du Nord en 2001

Atlantico:

En 2003, le premier secrétaire du PS, François Hollande, critiquait vertement les excès du régime de Fidel Castro. Aujourd’hui, la France déroule le tapis rouge à son frère Raul, sur fond d’ouverture du marché économique cubain. Comme philosophe qui n’a pas hésité à aller soutenir, en novembre 1999, les dissidents cubains avec Alain Madelin que vous aviez amené avec vous, qui a été arrêté à cette occasion, et qui a fait une série de conférences en Floride reprises par la presse et la télévision américaine, en particulier en Floride, pour tenter d’unifier la dissidence cubaine, n’en fait-on pas trop pour la venue du leader d’un régime politique toujours très critiquable ?

 

Yves ROUCAUTE

Afin que l’on ne se méprenne pas sur ma position, merci de rappeler qu’en ce qui me concerne, je ne peux être suspect d’indifférence aux droits de l’homme à Cuba. Tandis que la plupart des intellectuels français feignaient d’ignorer ce qui se passait à Cuba, et que d’autres se contentaient de discours, je suis en effet le seul intellectuel français à m’y être déplacé, en 1999, à la demande de groupes de dissidents, pour aller défendre les droits de l’homme. Je l’ai fait discrètement. J’avais demandé à plusieurs hommes politiques de m’accompagner pour une intervention politique sur place, tenue secrète. La plupart ont décliné, quelques uns parce qu’ils ne pouvaient pas, la plupart parce qu’ils ne le voulaient pas ou par lâcheté. Et c’est finalement avec mon vieux complice Alain Madelin, toujours prêt quand il s’agit de défendre la liberté, que nous y sommes allés. Claude Malhuret, qui devait venir aussi, n’ayant pas pu au dernier moment. Nous avons rencontré en secret une vingtaine de dissidents, dont un prêtre, un médecin, des défenseurs des droits de l’homme, en débranchant les micros dans l’hôtel Nacional où nous étions, en dépistant la police en changeant de taxis à plusieurs reprises, en passant par le fond des magasins pour changer de rues. C’était assez épique. Nous avions amené avec nous des « passeports de la liberté », qui étaient en quelque sorte des viatiques signés par 15 députés européens qui s’engageaient à faire connaître la cause de la personne à qui on donnait ce passeport et, surtout, à le défendre en cas d’agression ou d’emprisonnement. Mes amis cubains avaient organisé à La Havane, avec nous, une manifestation de femmes cubaines qui ont d’ailleurs été arrêtées Je l’ai été moi-même, et c’est Alain Madelin qui m’a sorti des pattes des geôliers. Défendre les droits de l’homme est donc clairement ma position. Je l’ai d’ailleurs toujours fait partout dans le monde, au risque de ma liberté, comme au Vietnam ou en Birmanie, où je suis allé défendre des bonzes, parfois au risque de ma vie, avec Alain Madelin d’ailleurs, comme en Afghanistan où j’ai été le seul intellectuel au monde à être invité par mes amis de l’Alliance du Nord, de Massoud, pour fêter la libération de Kaboul, en 2001.

Ce point de vue, qui reste le mien, étant posé, on peut en effet constater l’inconstance de François Hollande, la façon dont a il tourné casaque sans expliquer pourquoi. Il est passé d’un statut de défenseur abstrait des droits de l’homme à un statut de défenseur réaliste des intérêts de l’économie française. Entre la naïveté de départ et le cynisme d’arrivée, il y a sans doute un juste milieu, comme disait Aristote, c’est-à-dire une position juste à tenir.

On note, en passant, que cela ne va pas sans poser une nouvelle coupure au sein du Parti socialiste. La gauche va se retrouver écartelée une fois encore. Mais cette fois non pas entre défenseurs de l’entreprise plutôt au centre gauche, type Macron, et sa gauche, type Mélanchon-Taubira. Car une grande partie de cette gauche socialiste soutient le régime castriste depuis le début pour des raisons qui tiennent à son idéologie liberticide. La gauche se trouve cette fois tiraillée entre les défenseurs des droits de l’homme, type rocardiens, et les défenseurs du réalisme en relations internationales.

Je me permets de rappeler que la gauche du Parti socialiste était à l’avant-garde de la couardise. Pendant des années, elle a refusé de considérer Cuba comme l’une des pires dictatures d’Amérique Latine. Elle a tenu Che Guevara qui assassinait de sa main jusque dans son propre bureau, pour un héros sous prétexte qu’il se réclamait du peuple et du socialisme. Le même déclarait d’ailleurs, après la révolution : «  Les exécutions sont non seulement une nécessité pour le peuple de Cuba mais également un devoir imposé par ce peuple. » Je rappelle qu’encore dernièrement, Danielle Mitterrand, avec son association qui défendait prétendument les libertés, allait copiner avec Fidel Castro dans la parfaite connaissance que l’on torturait dans les prisons ceux qui réclamaient la liberté. On mettait dans des cellules puantes, exiguës et totalement obscures, des détenus qu’on réveillait toutes les 30 minutes en les éclairant violemment pour les briser. Beaucoup ont perdu la raison après ce traitement qui durait plusieurs mois. Les gardes côtes lançaient des sacs de ciment dans les bateaux qui partaient de Cuba quand les Cubains essayaient de fuir vers la Floride, ce qui a conduit à des milliers de femmes, d’enfants, d’hommes noyés. La justice privait de leurs droits les familles des dissidents, qui ne pouvaient même pas se faire soigner, dont les enfants étaient roués de coups par des groupes de prétendus citoyens en colère, avec des graffitis sur leur maison. Pendant toute cette époque-là, les socialistes ont continué à fermer les yeux.

Indéniablement, les choses ont évolué à Cuba ces dernières années. Les Etats-Unis ont arrêté leur embargo. Nous avons toujours un parti unique, une presse et des écoles muselées, une prostitution très développée, un niveau de vie très faible. Mais il y a beaucoup moins de prisonniers politiques dans les prisons. 53 ont été libérés l’an dernier et il en reste quelques dizaines au lieu des 500, il y a dix ans.

Que les processus de terreur se soient arrêtés est une assez bonne nouvelle pour les Cubains. Et cela peut justifier des accords et des investissements économiques.

D’autant qu’il me paraîtrait curieux que nous traitions aujourd’hui différemment la Chine, le Vietnam et Cuba.

Enfin, si je comprends la vigilance à laquelle appelle Elizardo Sanchez Santa Cruz, animateur de la Commission Cubaine pour les Droits de l’Homme et la Réconciliation Nationale, on peut aussi parier que le développement économique des pays peut conduire à une libéralisation des esprits. L’arrivée d’entreprises privées, et de cet esprit d’entreprise avec elles, peut contribuer à la libération des régimes. Si le processus de libération peut s’accélérer grâce au libéralisme économique et à l’arrivée des entreprises, je m’en réjouirais. Je ne pense pas qu’il soit moralement inadmissible de jouer cette carte-là. On peut espérer un phénomène « à la russe », de perestroïka à Cuba, avec une révolution qui s’opérera à l’intérieur même du parti unique et qui permettra de faire exploser le système communiste cubain, conduit par une partie des communistes cubains eux-mêmes.

Cela ne veut donc pas dire que Cuba soit devenu une démocratie. Il est seulement clair que nous avons une chance de donner à la population les éléments de sa libération politique en lui donnant les bases de sa libération économique. C’est cela le juste milieu, le même   qu’avec l’Iran : ouverture, oui, vigilance aussi. La contrepartie de l’ouverture c’est la menace de fermeture.

 

A l’occasion de cette visite officielle, on parle beaucoup d’Alstom, Pernod-Ricard, Alcatel-Lucent, Total… Des sources diplomatiques assurent qu’on parlera également des droits de l’homme. N’y a-t-il pas une certaine hypocrisie de la part de nos dirigeants français ? L’objectif de cette visite, comme celle du président iranien Hassan Rohani, est avant tout commercial et économique…

 

Il y a trois camps : le camp des naïfs et des cyniques (qui pensent que tout ira bien à partir de maintenant car on peut vendre nos produits), le camp des moralistes autistes (ceux qui disent qu’il faut absolument tout bloquer et ne pas avoir de relations avec les sociétés dictatoriales), et le camp de ceux qui pensent que tout ce qui permet de faire bouger les lignes et constituer des fractures à l’intérieur du parti unique va dans le bon sens. C’est ma position.

En Chine, au Vietnam, en Birmanie, en Iran, dans beaucoup de pays d’Afrique, la même question est posée : comment fait-on pour les faire évoluer vers la liberté ? Peut-être allons-nous réussir par l’entreprise. Quand une société est économiquement ouverte, les produits passent, les signes circulent permettant une communication elle aussi ouverte, et la liberté est en marche. Il est à cet égard facile de constater que les Cubains profitent de l’explosion numérique pour se connecter malgré l’Etat, et qu’ils utilisent les relais satellitaires par exemple pour accéder aux télévisions étrangères. C’est ainsi que le discours de fin d’embargo de Barack Obama qui avait été interdit de diffusion sur les chaînes cubaines a néanmoins été connu de tous par les chaines vénézuéliennes.

Nous revenons donc sur ce point : il n’est pas moralement inacceptable de lier le développement économique de Cuba avec le développement politique et un éventuel adoucissement de la dictature. Et, économiquement, nous ne pouvons pas commercer qu’avec des démocraties libérales. Sinon, cela veut dire que nous arrêtons de commercer avec la Chine, et je vois mal cela arriver… Nous sommes en droit de commercer avec des Etats qui ne partagent pas nos valeurs. A partir du moment où nous indiquons clairement que le régime de ces Etats n’est pas celui que nous souhaitons, et que nous ne défendons pas leurs valeurs.

Attendons d’en voir les conséquences. Si cela conduit à raffermir la dictature des Castro, il faudra en tirer les conséquences. A l’inverse, et c’est le plus probable, si cela conduit à développer un peu plus le libéralisme économique et sociétal, ce sera plutôt un bon signe. Il y a un moment où le libéralisme économique signale aux populations la supériorité de la liberté sur l’oppression.

 

 

Croyez-vous sincèrement en la réhabilitation politique de la famille Castro ? Les libertés individuelles ont-elles réellement progressé depuis le retrait du Lider Maximo et l’ouverture, au moins officielle, du régime ?

 

Le contrôle de la vie quotidienne est toujours très fort, mais la terreur a reculé. La raison majeure pour laquelle cela a reculé, c’est que le pouvoir politique du parti unique est un pouvoir qui n’a pas tellement de choix, car plus personne à Cuba ne croit au socialisme. Pas même les dirigeants du parti unique cubain.

Le problème des dirigeants communistes, c’est comment conserver le pouvoir politique. Le parti communiste de Cuba est un parti qui n’a plus de communiste que le nom. C’est une bureaucratie et administration d’Etat, nationaliste et pour une part corrompue, qui essaie de se maintenir au pouvoir. Elle n’a pas tellement de choix, car la population est mécontente, elle se rend compte que cela bouge énormément autour d’elle et qu’elle ne profite pas des développements mondiaux. Elle réclame le développement économique pour vivre mieux, tout simplement.

Le parti suit donc le mouvement pour conserver son pouvoir. Le communisme a affaibli considérablement le pays, il a détruit le commerce et l’industrie, à l’exception du tourisme. La bureaucratie d’Etat appelée « Parti communiste », essaye de prendre la vague libérale et mondialiste sans perdre sa position. C’est une nécessité de la haute administration cubaine pour survivre. On se réclame toujours de José Marti et du marxisme-léninisme, et de l’autre côté on joue la carte libérale. Il n’y a que l’extrême-gauche française pour ne rien comprendre à ce qui se passe au point de s’en féliciter alors que c’est la victoire du libéralisme économique qu’elle déteste.

 
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Réseaux sociaux

Réflexions autour de la mémoire de Ilan Halimi

new-york-statue-liberte-face-big - Version 2Atlantico : Il y a dix ans, Ilan Halimi était séquestré et torturé parce qu’il était juif. Quelques mois auparavant, en 2005, des émeutes historiques éclataient dans les banlieues de toutes les grandes villes de France suite à la mort de Zyed Benna et de Bouna Traoré, alors qu’ils cherchaient à échapper à un contrôle de police. Dix ans après, quel état des lieux des tensions dans les banlieues et de l’antisémitisme peut-on faire ? Comment celles-ci ont-elles évolué depuis ?

Yves Roucaute :
Les événements de ces derniers mois démontrent que nous payons très cher le retard pris pour régler les questions qui auraient dû être réglées bien avant 2005 et qui, fait qui paraît invraisemblable aujourd’hui, ne l’ont pas été malgré 2005. En 2005, les émeutes des banlieues avaient démontré la gravité de la situation et la faillite de toutes les politiques d’intégration menées depuis 1981. Hélas, les élites politiques ont encore et toujours préféré leur confort intellectuel et fermer les yeux. Pourtant, l’éruption de boutons était telle qu’elle révélait une grave maladie du corps social français.

Il y avait quelque chose de pourri dans le royaume. L’affaire Ilan Halimi, en janvier 2006, arrive comme l’acte politique et religieux d’un groupe qui s’est radicalisé. Ce fut le premier symptôme du passage de la délinquance généralisée et de la crise de légalité, révélée en 2005, à la radicalisation islamiste qui s’est développée depuis. Radicalisation qui appelle évidemment l’antisémitisme actif. Elle annonçait la phase II de la radicalisation, celle qui succédait à la phase I qui avait connu son point ultime en 2005.

Phase I, d’abord.

2005 est une date très intéressante, car il est alors parfaitement clair que la classe politique a laissé dégénérer la situation et que la France a perdu pied sur ses valeurs. La France devient un Etat failli au point de ne plus pouvoir assurer la sécurité de sa population et le respect de la légalité. C’est, paradoxalement, la fin d’un long processus. Car il y a bien longtemps que sont brûlées des voitures, attaqués des transports en commun ou des enseignants dans les écoles. Cela durait depuis 15 ans. L’aveuglement des élites fut tel que lorsque certains pointaient la radicalisation d’une partie de la jeunesse issue de l’immigration, ils étaient traités de racistes et la droite républicaine elle-même se taisait où en rajoutait dans le politiquement correct par craine d’être accusée de favoriser l’idéologie sécuritaire et le Front national. Cela était d’autant plus grave que les jeunes qui cassaient les voitures, les bus, menaçaient les instituteurs, caillaissaient la police, attaquaient les médecins de nuit, étaient en général des enfants nés en France. 2005, cela aurait dû être un signal d’alerte clair et un appel à une autre politique. Onze ans plus tard, on peut le constater, la dénégation a été la règle. Le mot d’ordre des politiques a été « courage fuyons ! ».

On assista à deux stratégies d’évitement. L’une qui consistait à ne voir dans chaque cas, qu’un cas particulier. Et cela malgré la répétition de ces cas. L’autre qui consistait à dire que les coupables n’étaient pas responsables : c’était la faute à la société, au capitalisme, à l’inégalité, aux injustices.
C’est dans ce cadre que se situe le second problème qui apparaît avec cette montée en puissance de l’irresponsabilité. Cela concerne les actes antisémites de ces mêmes jeunes. Et la montée d’une vraie menace déniée : l’islamisme, qui était lié à cet antisémitisme d’un type nouveau. Les actes antisémites s’étaient multipliés avant 2005, par des insultes, des profanations de cimetière, des agressions, des graffitis antisémites dans certaines cités. La montée de l’islamisme radical et celle de la délinquance étaient clairement concomitantes. Ce qui ne devait pas être vu, c’était l’échec spirituel envers ces jeunes nés en France. Et la montée du radicalisme islamiste qui était la vraie cause des débordements, quand les islamistes n’en étaient pas les organisateurs, parfois à partir de mosquées sauvages dirigées par des imams djihadistes ou des Frères musulmans. Un islamisme qui mettait en avant l’antisémitisme comme un de ses moteurs de recrutement et d’apprentissage de la violence par la haine.

Les politiques avaient déjà feint de ne pas voir que dans quantité de quartiers, des jeunes avaient salué les attentats de 2001 à New-York. Ils n’avaient pas vu se développer le port du niqab ou les comportements violents envers les « Gaulois » et surtout les femmes, sans même évoquer les huées contre la Marseillaise ou les drapeaux français brûlés lors de certaines rencontres sportives. Ils ont refusé de voir l’antisémitisme. L’antisémitisme a été relayé par l’extrême-gauche. On ne dira jamais assez la part de responsabilité de cette extrême-gauche et de ces philosophes postmodernes, comme Foucault ou Derrida, dans la montée de l’antisémitisme et de l’islamisme radical. Au nom de la lutte des « dominés » contre les « dominants » et le système capitaliste, ils justifiaient tout, y compris l’ignominie. Leur responsabilité dans les actes horribles qui allaient survenir est entière. Chaque jour, l’extrême-gauche, à l’exception de quelques groupes, dénonçait ainsi Israël et le sionisme au nom de l’oppression des Palestiniens. Ce qui justifiait en retour la haine d’Israël mais jamais celle des Etats voisins dont certains n’étaient pourtant que des dictatures sanguinaires, n’hésitant pas, parfois, à financer le terrorisme et l’horreur. Sous prétexte d’accuser le « sionisme », doctrine qui vient d’ailleurs de la gauche socialiste, c’est l’antisémitisme qui était développé.

On a ainsi vu une connexion de l’islamisme et de l’extrême-gauche. Phénomène qui ne fut d’ailleurs pas spécifiquement français, puisque l’on assista au même processus en Italie et en Espagne mais aussi en Egypte et en Iran où les islamistes et l’extrême-gauche, qui souvent se sont rencontrés en prison, ont développé en commun un antisémitisme souvent ouvert. En face de cela, les deux stratégies d’évitement ont été mises en place. Les délinquants et les criminels agissant en groupe le plus souvent, et issus de la seconde voire de la troisième génération, étaient soit des cas isolés, soit des réactions de jeunes qui ne supportaient pas l’injustice. Jamais des actes relevant d’une même idéologie islamiste qui grossissait..

2005, aurait pu être l’occasion de changer de politique, mais rien ne fut changé. Au lieu de prendre les mesures adéquates, les politiques ont laissé passer la crise. Il est assez incroyable de constater la tendance des professionnels politiques de gauche de ne pas vouloir affronter les questions par démagogie, car c’est exactement de cela dont il s’agit, la peur de perdre des voix en étant accusés de racisme. Ce qui a d’ailleurs permis au Front national de commencer à grossir, fort de cet aveuglement républicain. L’irresponsabilité a été globale.

La phase II arrive assez naturellement peu de temps après.

L’horreur du supplice d’Ilian ne laisse aucun doute sur la volonté destructrice antisémite des ravisseurs. Jusqu’à avoir rasé ses cheveux à la façon dont opéraient les bourreaux des camps d’extermination. Il aurait été inutile de torturer avec autant de jouissance s’il ne s’était agi que de récupérer une rançon. Et il s’agissait de l’acte d’un « gang », dirigé et composé par de jeunes islamistes. Fait qui a été nié par l’avocat de l’un des bourreaux incapable d’expliquer pourquoi la police a retrouvé du matériel de propagande salafiste ainsi que du matériel du Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens, lié aux terroristes du Hamas.

Incapable de voir la relation entre l’islamisme de Youssouf Fofana, qui dirigeait le groupe, et qui, aujourd’hui encore, en appelle au djihad en prison et l’abjection. Incapable de comprendre la motivation de cette multiplicité des violences sadiques.

Nous entrions dans une nouvelle ère. Et, faute d’une politique responsable, la France allait payer très cher ce laxisme. En effet, passé le temps de la colère qui put faire croire, un instant, au réveil des hommes politiques sur la nouvelle phase où s’engageait une partie de cette jeunesse non assimilée de 2005, on vit les mêmes, à gauche, dénoncer la politique « sécuritaire », et, à droite, reprendre les rengaines de la politique d’intégration. Nous payons aujourd’hui encore cette incroyable cécité.

Atlantico:
Pour faire revenir le calme, Jacques Chirac décrète l’état d’urgence le 8 novembre en Conseil des ministres. Le 17, la police déclare que la situation est redevenue normale. Mais quelles ont été les réponses de fond apportées à ces problèmes ?

Yves Roucaute : Un état d’urgence a été mis en place, qui n’aurait jamais dû l’être car on aurait dû prendre des mesures auparavant pour éviter cette dégradation de la situation qui a conduit à cette explosion. Cet état d’urgence, nécessaire, rétablit le calme mais superficiellement. C’est un cataplasme qu’on met sur une jambe de bois. On croit que la crise n’est plus là uniquement parce qu’on ne voit plus les débordements et que l’on ne montre plus dans les médias son ampleur et son étendue. Or, rapidement après la fin de l’état d’urgence il apparaît que les incivilités sont là, que les voitures continuent de brûler encore aujourd’hui, que l’insécurité demeure et augmente.

Et, surtout, signe de la progression de cette phase II, les comportements montrent que de plus en plus de jeunes sont attirés par les thèses djihadistes et salafistes tandis que l’antisémitisme et la détestation des femmes libres se développent dans certains quartiers. Mais comme on interdit techniquement les émeutes massives, on fait comme si la cause de ces émeutes avait été réglée. Ce qui n’était évidemment pas été le cas.

Je ne rentrerai pas dans le détail des mesures du gouvernement de l’époque, car les seules mesures à prendre résidaient, clairement, dans un retour à une politique d’assimilation, conjugué à une sanction pour ceux qui ne s’assimilaient pas. Il fallait développer envers ces jeunes à la fois une politique de la main tendue pour les aider à s’assimiler et une politique du bâton car il faut leur apprendre qu’il y a des lois et des interdits. Or, les politiques ont tergiversé parce que nous n’avons clairement ce qu’il fallait faire. Par exemple, pour revenir sur l’affaire Halimi, la presse a eu peur pendant quelques jours de parler d’acte antisémite, alors que nous étions quand même devant un acte clairement antisémite. C’est Le Monde, je crois, qui a le premier révélé le sens de l’horreur. A la suite de cela, les politiques ont développé un discours classique pour rassurer les Juifs.

Mais qui s’est attaqué au mal à la racine ? Qui a nommé, simplement nommé, l’ennemi qui venait de montrer sa face répugnante ? Qui a dit que l’islamisme radical se développait dans le pays ? Je pense avoir été l’un des seuls, du côté du camp républicain. Mais que vaut un philosophe quand tant de savants expliquaient que le djihadisme était un problème extérieur au pays, du côté des Talibans afghans, du Hamas ou du Hezbollah ? Au lieu d’appeler un chat un chat, l’idée au fond était que c’était un acte fait par des dégénérés, des fous isolés. En quelque sorte, pour la société française, c’était un accident.

Le mot « barbare », que le gang s’était lui-même attribué, est venu comme facteur explicatif dans les médias. Il joua son rôle de vertu dormitive à merveille. Appeler ces gens des barbares au lieu de les dire « islamistes djihadistes » ou « Frères musulmans » ? Cela a deux avantages pour ceux qui sont fatigués de penser. Cela a un côté incompréhensible et cela évite de poser des questions sur les appuis internationaux et de se fâcher avec certains alliés. Comme la Barbarie n’est pas un pays, cela tombe bien. Second avantage, le barbare signifie l’étranger, l’autre, celui qui vient d’une civilisation extérieure. Cela permet de dégager en touche la question de la politique publique à mener pour régler le problème. Or, Fofana n’est pas un barbare, c’est un islamiste antisémite. Et ils sont nombreux comme lui au sein de cette nation française qu’ils détestent. Au sein de la nation, non à l’extérieur.
J’insiste par ailleurs sur les islamistes djihadistes ou Frères musulmans, car il n’est pas innocent que ces tueurs de Français soient des tueurs de juifs, de chrétiens, de non-croyants, de bouddhistes, mais aussi de musulmans. Si Mohammed Merah a tué aussi des musulmans, des Francais d’origine algérienne ou marocaine, c’est que pour ces gens-là, la question de l’origine ou de la religion n’est pas le problème ! Le vrai problème est celui du djihadisme, soit vous participez à leur djihadisme soit vous êtes mis en esclavage, soit vous mourrez. C’est ce qu’il se passe dans « l’Etat islamique ». Et comme les djihadistes ne sont pas tous d’accord, cela explique que le djihadiste peut aussi tuer des djihadistes.

La réponse de fond, nous y reviendrons, c’est d’abord le refus de rentrer dans leurs débats et leurs problématiques. Il convient de rappeler quels sont nos valeurs, notre mode de vie et notre vision. Et bien marteler qu’il y a un contrat éthique et social en France qui impose des devoirs. Et de se souvenir que rappeler les termes d’un contrat ne suffit pas car les contrats sans épée ne sont que des mots creux.

Atlantico:
Par ailleurs, Jean-Christophe Cambadélis souhaite profiter de la réforme constitutionnelle pour en retirer toutes les références à la « race ». En quoi cette démarche est-elle symptomatique de l’incapacité d’une partie des représentants politiques à aller dans le sens de l’apaisement plutôt que de la division au sein de la société française ? Et pourrait-elle être à l’origine de l’absence de réponse des pouvoirs publics ?

Yves Roucaute : Qui s’intéresse à ce débat alors que le chômage et l’insécurité menacent les citoyens et que gronde un nouvel orage financier, parti de la Chine cette fois ? Est-ce cela l’urgence ? N’est-il pas temps que notre personnel politique pense le réel et abandonne les « coups » ? Nous avons besoin d’une gauche et d’une droite responsables qui iront à la recherche du bien commun. Néanmoins, il est pourtant possible que cette idée révèle un refus idéologique dont la France souffre depuis longtemps : l’absence de droit à faire des études sur l’origine ethnique des populations.

Certes, il serait facile de s’en tenir à dire que s’il n’y a plus de race, il n’y a plus de racisme. Supprimer serait alors une absurdité théorique. Il serait aussi amusant de demander à nos donneurs de leçons, en quoi évoquer la race serait la marque d’un esprit raciste ? Les Etats-Unis ou le Canada qui admettent cette notion sont-ils des Etats racistes ? Et les anthropologues du monde entier qui en discutent, doivent-ils être condamnés par le tribunal socialiste ?

Avant d’aborder ce qui est occulté par ce dirigeant socialiste, rappelons que certains disent qu’il faudrait remplacer « race » par « ethnie ». On serait poussé à leur dire que si l’origine grecque plaît mieux que l’origine latine, pourquoi pas. Après tout, transformer Zeus en Jupiter ne change pas vraiment le personnage. Pour ma part, je préfère d’ailleurs le mot ethnie qui me paraît plus propre à identifier un mixte d’origine géographique et de racines culturelles.
Et j’ose poser cette question à nos dirigeants socialistes : comment voulez-vous diriger un pays quand vous ne savez pas quelle est l’origine des populations ? Il ne s’agit pas d’imaginer des « races pures », ni, encore moins, de juger selon l’origine ethnique. Et j’admets cette idée que la force de notre nation française par rapport à la plupart des autres, est qu’elle est métissée ethniquement et depuis longtemps, avant même Clovis en vérité.

Mais ce que je vois aussi très clairement, c’est qu’il est impossible d’attaquer le djihadisme par exemple sans tenir un discours adapté à la réalité française. Or, il n’est pas possible d’argumenter avec une population musulmane issue d’Afghanistan ou issue du Maroc. Les discours abstraits sont toujours les ennemis des discours politiques efficaces. Il en va de même pour traiter des questions de délinquance : comment parvenir à permettre l’assimilation des valeurs et le respect du mode de vie commun ? Le travail n’est pas le même selon les origines, c’est un fait. Et pour appréhender ce fait, la France a besoin de libérer les statistiques ethniques, comme cela se fait dans tous les pays développés.

Atlantico:
Education, réponse pénale, développement économique… Qu’aurions-nous pu mieux faire ? Certaines initiatives, publiques ou privées, pourraient-elles selon vous contribuer à résoudre ces tensions de manière efficace ?

Yves Roucaute :
Il y avait et il y a deux chemins possibles.

Le premier est le chemin de la répression. Là encore, nous sommes victimes de l’idéologique de la gauche laxiste post-moderne. Certains font comme si la répression ne faisait pas partie de la prévention. Or, c’est faux ! Une société qui ne réprime pas les instincts bas ne peut pas être civilisée et policée. Si vous n’apprenez ni la propreté, ni la politesse à un enfant, il ne sera jamais ni poli, ni propre. Mais comment lui apprendre ? La persuasion certes, mais aussi la menace de répression permet à cet enfant d’assimiler les valeurs.

Et comme une menace sans crédibilité de l’exercer ne vaut rien, il est clair que la punition, fut-elle douce, s’impose. Il est important de préciser qu’une grande partie de ces jeunes qui brûlent des voitures et insultent des femmes ne sont pas perdus pour la République, à condition qu’elle leur rappelle qu’il y a des interdits en France. Sinon, ils passeront de la phase I, de rejet, à la phase II, d’attaque contre la France.

D’ailleurs, pour une grande partie d’entre eux, cela va rassurer les délinquants. Il y a beaucoup de familles disloquées dans les quartiers déshérités, d’enfants qui ne savent plus ce qui est interdit ou pas. La figure paternelle a souvent disparu, et l’interdit aussi. Rappeler à ces enfants qu’il y a des interdits est le meilleur service à leur rendre, pour qu’ils ne soient pas malheureux et ne s’engouffrent pas dans des impasses de violence et d’exclusion. Ils apprécieront l’école et trouveront du travail plus facilement. Il faut que la République rappelle qu’il y a des sanctions pénales fortes. A titre d’exemple, il est urgent d’installer un délit de harcèlement dans les rues, qui existe par ailleurs aux Etats-Unis. Il faut apprendre à une partie de cette jeunesse laissée à l’abandon qu’il faut respecter les femmes, les juifs, les bouddhistes, les catholiques, les uns et les autres. La répression est donc le premier chemin à suivre, et c’est un chemin positif.

Le deuxième chemin à suivre, c’est la reprise en main de tous ces quartiers par l’éducation, par le travail, par des moyens de gestion et d’intervention. Ce n’est possible que si nous connaissons bien ces univers. Il faut arrêter les politiques d’opacité. Il faut savoir d’où viennent les gens. Un immigré venant d’Algérie n’est pas semblable à un immigré venant du Togo. Nous devons savoir d’où viennent ces jeunes pour pouvoir intervenir et les aider. Et cela vaut aussi pour la religion, car on ne parle pas de la même façon à un musulman d’origine turque et à un musulman d’origine iranienne. Il faut donc libérer les recherches et les statistiques ethniques qui sont aujourd’hui interdites sous prétexte de racisme. C’est le premier stade pour analyser la situation afin d’aider ces gens qui, sinon, tombent du côté de la haine. Et quand ils sont dans la haine, c’est trop tard. Il devient très difficile de les remettre en place. Nous le voyons bien depuis 2005.

Ces deux chemins se recoupent, évidemment. Il est plus facile d’empêcher un adolescent d’adhérer au djihad s’il a assimilé durant son enfance l’interdiction d’insulter les femmes ou d’agresser ses copains juifs. Et une action ciblée aura ensuite plus de chance d’avoir un effet positif pour lui et le pays.
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Dix ans après la mort d’Ilan Halimi et les émeutes dans les banlieues françaises, la France n’a semble-t-il toujours pas pris à bras-le-corps le…
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Migrants: perception des Français et des médias

15 janvier 2016

Mon entretien dans Atlantico:

Atlantico:

On observe un clivage politique droite-gauche sur la perception qu’ont les Français envers les médias sur les questions d’immigration et de migrants…80% des Français estiment que la question des migrants va compter dans leur vote pour la présidentielle de 2017. N’est-ce pas encore plus inquiétant alors de constater qu’il n’y a que 15% d’entre eux qui pensent que les pouvoirs publics en parlent de manière objective et fidèle à la réalité (17% pour les médias) ?Est-ce inquiétant de constater que les Français se disent mal informés sur un sujet qui apparaît essentiel à leurs yeux en vue de la présidentielle de 2017 ? Comment expliquer un tel décalage ?

 

Yves Roucaute : C’est, paradoxalement, un même message et une vision plutôt lucide des Français. Ils reprochent, à juste titre, à la presse et aux hommes politiques d’être trop idéologiques et de ne pas faire leur travail.

Par exemple, ceux qui considèrent que la presse minore les problèmes s’agissant de la gestion des migrants, ont lu, vu ou entendu des analyses qui n’ont rien à voir avec leur quotidienneté. Ils ont supporté une mise à l’écart assez générale, pendant trente ans, de leurs problèmes qui, avec l’arrivée des migrants en Europe, se sont amplifiés. C’est plus particulièrement spectaculaire s’agissant des femmes. Ce fut le silence sur les violences subies, sous prétexte de ne pas faire le jeu du F.N., sous prétexte de rester fidèle à une idéologie prétendument « progressiste » qui était celle de l’intégration et du droit à la différence. Une idéologie issue des pensées de l’extrême-gauche marxiste et de ces penseurs dits « postmodernes », tels Michel Foucault ou Jacques Derrida, voire comme le sociologue Pierre Bourdieu qui ont infesté la pensée de gauche et l’absence de pensée de la droite.

Comment dénoncer les comportements violents d’une partie des migrants ou d’une partie de la population issue de l’immigration, comment dénoncer l’antisémitisme, le racisme anti-blanc et la violence envers les femmes, quand ces auteurs ont fait croire aux partis de gauche que ces mêmes gens étaient forcément, par nature, des « dominés », des « exclus », des victimes du système ou de la lutte des classes ? Comment en appeler à nos citoyens musulmans fiers d’être français, et c’est l’immense majorité, pour nous aider à combattre ce fléau quand on refuse de les distinguer de ceux qui rejettent notre pays, ses valeurs et ses mœurs, parmi ceux qui sont migrants ou ceux qui sont d’origine immigrée, parfois de la seconde ou troisième génération ? Résultat : nous avons une presse idéologique qui n’a cessé de minorer les problèmes que les gens rencontrent dans les cités, dans les quartiers et dans les rues. Depuis les incidents de Cologne, il y a un changement, mais rien ne prouve qu’il durera car l’idéologie dominante est toujours la même.

Ce n’est d’ailleurs pas un phénomène uniquement français. Nous avons la même situation dans toute l’Europe qui a subi la même idéologie. Par exemple, en Suède, où la social-démocratie est infestée par l’idéologie politiquement correcte. Cela d’autant plus que ce gouvernement gouverne avec l’appui de l’extrême-gauche rouge-verte. Les gens apprennent aujourd’hui que cet été, lors d’un festival de rock, des centaines de jeunes filles, ont été violentées, parfois elles avaient moins de 13 ans. Ils apprennent qu’il avait été interdit aux médias et à la police de parler de ces événements, sous prétexte de ne pas faire le jeu de l’extrême-droite et de protéger la politique d’intégration par le droit à la différence. Incroyable effet pervers de cette idéologie « progressiste » qui refuse de défendre le droit élémentaire des enfants et des femmes !

En France, cela fait longtemps que les effets pervers de cette idéologie se font sentir. La majeure partie de la presse a été sourde ou aveugle sur la souffrance des femmes. Il est interdit de dire ce que tout le monde sait : pour une femme, prendre le métro, un bus ou le train sur certaines lignes représente un grand risque. Beaucoup de femmes ont peur. Et à juste raison. Parce qu’il y a des vols qui visent d’abord les femmes, parce qu’il y des insultes, des violences quotidiennes, des viols. Il ne fallait pas parler de tout cela au nom du politiquement correct. Cela a été accentué par la venue de migrants, qui sont arrivés en Europe sans qu’on leur demande d’accepter les lois des républiques dans lesquelles ils venaient. Il ne fallait pas leur demander sous peine de n’être pas humanistes, généreux, de vouloir l’exclusion. Ce phénomène explique le fait que 43% des Français constatent que les médias minorent cette situation.

A l’opposé, ceux qui pensent que les médias et les politiques vont trop loin, ces 40%, n’ont, paradoxalement, pas forcément tort !

D’abord, à l’évidence, nombre de nos concitoyens tentent de conserver au cœur la générosité qui est celle de la France, terre d’accueil. Malgré tout, ils veulent croire en leurs valeurs éternelles, comme celle de la défense du droit à la vie des individus menacés dans leur pays. L’idéologie leur a fait croire, pendant trente ans, que la générosité voulait dire accepter le droit à la différence et intégrer. Ils n’ont pas pensé, faute d’être éclairés par des politiques à la hauteur des enjeux et orientés selon la vraie moralité, que défendre une civilisation qui chante la dignité humaine, et, en particulier, celle de la femme, était une marque de générosité. Et donc, ils n’ont pas vu que la seule politique possible de générosité, aussi bien pour protéger les plus faibles dans notre Cité que pour aider ceux qui naissent et vivent chez nous, comme ceux qui y arrivent, était d’apprendre à assimiler les règles de l’aimer commun, qui sont aussi celles du respect de la dignité humaine, celle des femmes en particulier.

Ensuite, force est de constater que face à cette irresponsabilité du personnel politique, certains démagogues en ont profité pour tenter de séduire par des comportements et des propos qui visaient à stigmatiser une partie de la population. En particulier, on a vu des gens profondément racistes prétendre défendre la nation. Une partie de ceux qui parlaient de la souffrance des femmes et des gens les plus humbles le faisaient, ainsi, de façon tout aussi idéologique que ceux qui refusaient d’en parler.

Les médias se sont trouvés eux-mêmes dans la tourmente car, après avoir dissimulé les faits si longtemps, la vérité frappait à la porte, avec les événements d’Allemagne, d’Autriche, de Suisse, de Finlande, de Suède, de Norvège. Au lieu d’avoir acquis un discours républicain qui consiste à reconnaître le problème causé par des populations qui n’ont pas été assimilées, et au lieu de se demander comment faire pour en revenir à une véritable politique républicaine, loin des idéologies, les médias ont été désarmés culturellement. Les Français ont vu cela, ces excès, et ils les condamnent. Cela prouve tout autant la résilience des valeurs de la France.

 

Atlantico:

D’où vient cette fracture selon vous entre les Français et les politiques ? L’une des explications les plus souvent avancées, c’est que les politiques sont jugés trop éloignés des préoccupations des Français. Est-ce vrai ? N’y a-t-il pas autre chose derrière tout cela ?

 

Yves Roucaute :

Elle vient de ce que les hommes politiques ne font pas leur travail. ll faut revenir à la base et à la question « Qu’est-ce qu’un homme politique ? ». Le rôle d’un homme politique est double. D’un côté, il doit écouter la population, et de l’autre il doit établir une stratégie dans l’intérêt de cette population pour l’orienter vers ce qu’on appelle le bien commun ou, pour reprendre Aristote, vers le meilleur possible pour la cité. Or, le personnel politique ne fait pas son job. Les plus malins font seulement leur carrière. A cet égard, désolé d’en parler mais je me permets de conseiller à certains politiques de lire « Eloge du mode de vie à la française » (Contemporary Boosktore), écrit en arrêtant mes autres travaux en métaphysique et sur la crise de la modernité. Cela leur permettrait de reprendre pied sur le sol républicain français, le vrai sol, loin des idéologies et des effets de manche médiatiques qui vont conduire à une crise de légalité et de légitimité violente.

Précisément, si nous écoutons la France, nous voyons qu’elle exige que les problèmes de violence, de chômage, de fiscalité, d’école, et bien d’autres, que les questions liées à la vie quotidienne, de l’ouverture des magasins le dimanche à la question des transports soient réglés.

Sur la seule question de la sécurité, la question de l’autisme du personnel politique est flagrant. On peut constater que l’ouverture des frontières à des gens qui sont inaptes à assimiler nos valeurs est irresponsable. On peut encore constater que la désintégration nationale en raison des politiques dites « d’intégration », est évidente dans certains quartiers. On peut enfin constater que des Français sont partis faire le djihad, alors qu’ils sont nés en France, de parents qui ne posaient aucun problème. Quand la classe politique passe son temps à se demander si on doit ou non enlever la nationalité française à des gens qui s’en moquent comme d’une guigne, c’est pathétique. Les Français le disent dans les cafés, mais eux continuent à faire joujou, Hollande pour tenter de prendre la droite par la gauche, la droite pour tenter de prendre le Front national sur sa droite, le FN pour surprendre par la gauche. Ne parlons pas même de l’extrême-gauche. Et la France, dans tout cela ? Tandis que le personnel politique se passionne pour un débat insignifiant autour de la buvette de l’assemblée, des trafics de drogue aux trafics d’êtres humains, des vols organisés dans les maisons secondaires aux ventes illicites de médicament sur internet, il existe bien d’autres phénomènes et causes de l’insécurité qui ne sont pas traités sur le fond.

Qu’est devenue la gauche socialiste ? Une maison de recyclage pour la haute fonction publique ? Il faut bien se souvenir que la S.F.I.O., ancêtre du parti socialiste, était ancrée sur les réalités sociales et nationales, en particulier dans le Nord et l’Est ouvrier, les Bouches du Rhône et Paris. Elle était majoritairement assimilationniste, patriote voire nationaliste – je pense ici au colonialiste qu’était le social-démocrate Guy Mollet. Or, elle a été emportée, dès la fin des années 1960, par cette vague idéologique gauchisante, laxiste, intégrationniste qui chantait le droit à la différence et un étatisme sans limite. Le coup fatal lui a été donné par l’échec de Gaston Defferre aux présidentielles. On a alors vu une gauche naviguant à vue. Elle avait perdu ses bases fondatrices sous la concurrence d’un parti communiste qui, lui-même, commençait un long processus de décadence gauchiste qui allait le conduire à abandonner les ouvriers et les êtits agriculteurs français pour leur préférer la racaille et le lunpenproletariat. La gauche s’est idéologiquement effondrée sous le coup de la réalité, notamment de la crise économique, de la mondialisation, des nouvelles formes d’organisation du travail… et des migrations. Elle fait aujourd’hui le grand écart entre Emmanuel Macron et l’extrême-gauche, ce qui n’existe dans aucun autre pays du monde. Et l’on s’amuse à voir cette gauche se prétendre « social-démocrate », alors qu’elle ne l’ait en rien. Heureusement d’ailleurs. Qu’attend Henri Weber, soutien de Laurent Fabius, qui fit naguère un excellent travail sur le théoricien de la social-démocratie, Karl Kautsky, pour rappeler ce qu’est la social-démocratie, son étatisme et son ancrage sur le monde ouvrier, à ces bureaucrates incultes, vaguement réformistes, plus héritiers de Millerand que de Mollet ? La misère intellectuelle du parti socialiste ne le permet sans doute pas. Elle ne permet pas plus de combler l’écart entre le pays réel et ces sommets politiques.

 

La droite est tout autant démunie intellectuellement depuis la disparition de Georges Pompidou. Le libéralisme, par exemple, ne l’a pas vraiment pénétré, si ce n’est dans son volet économique, au sens d’une idolâtrie du marché, à l’inverse des droites américaine, britannique ou allemande qui ont, elles, connu le libéralisme éthique, social, politique, économique et culturel. La droite politique française s’est écroulée idéologiquement au moment même où les autres droites occidentales n’ont jamais été aussi organisées et puissantes ! Depuis les années 70, nous avons eu une droite qui, incapable de penser l’Etat, le marché, la culture, n’a eu de cesse que de coller à la gauche. Être intellectuel, c’était être un intellectuel de gauche, même pour cette droite. Penser, c’était penser à gauche. Nous avons vu un raz-de-marée idéologique fondre sur la France, qui a permis aux idées d’intégration et du droit à la différence d’être défendues par tous. Nous avons eu des politiques radicales-socialistes quand la France était à droite, et sociales-sectaire quand elle était à gauche. Parfois, la droite s’est faite même doubler sur sa droite. C’était drôle.

Quand la pensée néoconservatrice s’est développée outre atlantique puis dans l’ensemble du monde anglo- saxon, et enfin jusque dans le monde germanique et nordique, on a vu une droite française tellement aveuglée par la gauche sectaire qu’elle a accepté la mystification «néo-conservatisme=Bush=Guerre.» Au lieu de regarder de près cette pensée qui donnait les clefs d’un conservatisme des valeurs universelles, d’un Etat variable et compassionnel avec un libéralisme efficace, d‘une ouverture à la mondialisation, à la révolution du numérique et de l’infiniment petit, et qui portait des exigences éthiques, en particulier patriotiques, la droite française s’est mise à bêler avec la gauche. Et au lieu de partir à l’offensive, contraignant son adversaire à évoluer, comme cela se fit au Royaume Uni, la droite fit le grand écart entre des positions radicales-socialistes et libérales, naviguant au gré des pressions et des accusations de la gauche relativiste.

Le pays doute de ses élites classiques, évidemment. C’est pour cela qu’il vote Le Pen et le Front national. Il veut lessiver les élites classiques traditionnelles, il en a assez. Votre sondage confirme l’idée qu’il est temps, pour la droite et le centre, de réagir en développant une nouvelle armature théorique et des propositions concrètes qui partiront du quotidien des Français et offriront des perspectives d’avenir. Non parce que l’Etat doit faire le bonheur des Français, non parce que les politiques devraient décider pour les français, mais parce que le rôle du politique est de libérer le chemin pour libérer les énergies. Le vrai combat est dans l’imaginaire. Il est culturel et il ne peut se gagner qu’en s’intéressant au quotidien des Français. Ils souffrent du manque de réformes profondes et refondatrices pour casser le moule à produire de l’échec.

Car ce n’est pas parce que les Français réagissent qu’ils ont une vision claire de ce qu’il faut faire ! Les Français savent ce qu’ils ne veulent pas, mais ils ne savent pas ce qu’ils veulent. Le problème est là. Tous les démagogues s’engouffrent là-dedans en faisant des propositions qui sont des impasses pour le pays et en surfant sur les souffrances des Français. Les Français en ont marre du chômage et de l’immigration incontrôlée mais ils refusent catégoriquement le racisme et l’antisémitisme et ils se méfient de l’étatisme qui dissimule la volonté de puissance des bureaucrates, comme du libéralisme restrictif qui dissimule l’idolâtrie du marché. La force morale de la France sur ce point-là me paraît très saine. Le pays croit profondément en ses valeurs. Le poisson pourrit par la tête. Il faut que les élites se reprennent.

 

Atlantico:

Certains estiment que ce n’est pas tellement le décalage entre les Français et les politiques le problème, mais plutôt le fait que les politiques sont jugés hypocrites. Aux Etats-Unis, Donald Trump a du succès alors que son mode de vie est très éloigné de celui des Américains, mais au moins il est jugé authentique…

 

Yves Roucaute :

Les Français n’attendent pas d’un homme politique qu’il nous raconte sa vie privée, ils attendent qu’il dévoile sa stratégie pour redresser le pays et alléger ses souffrances. A cet égard, les Français ne croient guère les hommes politiques puisque les politiques eux-mêmes ne croient guère dans ce qu’ils disent. Cette défiance n’est pas nouvelle, c’est une constante depuis des siècles. Depuis Philippe le Bel, le mensonge est au sommet de l’Etat. Et les Louis XI, Richelieu ou Mazarin ont été les modèles du cynisme et de son efficacité durant l’Ancien Régime. Ce scepticisme une preuve d’intelligence remarquable de notre nation.

Les François croient, en revanche, aux orientations stratégiques. Au fond un Richelieu ne mentait pas sur ce point. il voulait la puissance de la France et annonçait clairement que tous les moyens seraient bons pour y arriver. De même, un Charles de Gaulle, voulait la grandeur de la France, ce mélange de recherche de puissance et de modèle pour le monde autour des valeurs universelles et de défense d’un mode de vie, et il le fit. Ce qui est nouveau, depuis la disparition de Georges Pompidou c’est que les politiques, en arrivant au pouvoir, au lieu de s’en tenir à la stratégie fixée dans les grandes lignes, s’en éloignent. Et ils finissent même parfois par faire l’inverse.

François Hollande n’a pas été élu sur la ligne stratégique qu’il mène aujourd’hui. Idem pour Jacques Chirac, en 1995. Les Français attendaient des grandes réformes et ça n’a pas été le cas. L’élection de Giscard d’Estaing devait amener le libéralisme, mais sur quantité de points, par exemple la liberté des télévisions et des radios, qui renvoient pourtant un droit naturel à l’information et à la circulation défendu par tous les libéraux depuis John Locke, il a été étatiste. Envoyant même la police contre les radios libres. Et n’évoquons pas François Mitterrand, élu avec la gauche étatiste, sur un programme étatiste, qui, deux ans après, choisit le social libéralisme, libéralisant des secteurs entiers de l’économie, avant de revenir à son péché mignon, virevoltant au gré du vent.

La question n’est pas tant de savoir si les hommes politiques changent un iota de leur programme sur lequel ils se sont fait élire mais s’ils sont fidèles au cap fixé et s’ils s’y tiennent. Après, si la marée est plus forte que prévue, l’art de la politique c’est de s’adapter.

Le problème aujourd’hui, c’est qu’entre le cap gauchiste, qui fut celui du programme électoral de François Hollande, et le cap social-libéral, qui est celui de sa politique gouvernementale, il y a un gouffre abyssal. De même qu’entre Macron et Taubira, ses appels d’air au centre et son alliance électorale avec les communistes. Qui est François Hollande ? Une ombre parmi les ombres. Où va-t-il ? Vers sa réélection. Que restera-t-il de lui ? S’il continue ainsi : rien. Car ce qui ne fait pas de marques ne produit pas de traces.

Les Français attendent des politiques qu’ils définissent un cap clair à atteindre, les moyens pour y parvenir et disent quels sont les efforts à faire. Personne ne peut dire quelle est la vraie position de François Hollande, quelle est la stratégie des Républicains et quelle est celle du F.N. Car naviguer sur les vagues de mécontentement dans la seule opposition au système ne mène nulle part. Gagnera la prochaine présidentielle celui qui dira où il va et comment.

http://www.atlantico.fr/decryptage/fracture-apres-cologne-63-pourcents-francais-considerent-que-pouvoirs-publics-sont-dans-politiquement-correct-et-minimisent-2540415.html

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