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Nouveau livre de Yves ROUCAUTE: « Paléolithique: la Créativité Nomade »

Un livre d’actualité. La crise du coronavirus aujourd’hui est, hélas, une des nombreuses crises traversées par l’humanité pour répondre aux défis de la nature. Le philosophe Yves ROUCAUTE, qui est aussi un scientifique, logicien et épistémologue, spécialiste des biotechnologies et des nanotechnologies, nous raconte une histoire merveilleuse, celle du début de l’humanité qui est aussi celle de sa créativité inouïe. Une créativité en lutte depuis 3,3 millions d’années contre la « nature » : virus, bactéries, champignons, glaciations, réchauffements, tremblements de terre, tsunamis… Voici « Paléolithique: La Créativité Nomade » Livre I de son Histoire de la Pensée Humaine. Cliquer ici: pour e-pub Cliquer ici : livre imprimé:

Il était une fois… il y a plus de 3,3 millions d’années, au paléolithique inférieur des nomades exceptionnels, nos ancêtres. Chasseurs, pécheurs, cueilleurs, charognards et cannibales, ils ont traversé 17 glaciations, autant de réchauffements et résisté aux catastrophes volcaniques, sismiques, océaniques, aux tempêtes, tornades, tsunamis, aux maladies dues aux virus, aux bactéries, aux champignons, aux gênes, aux agressions animales, aux conflits interhumains et à innombrables autres malheurs qui ont conduit à la disparition de la plupart des espèces animales.

Contre toute la tradition moderne qui a nié l’existence de la pensée nomade, et contre les idolâtres de la nature, tel Sherlock Homes, le philosophe enquête et montre comment cela a été possible. Appuyé sur l’archéologie, la paléontologie mais aussi l’anthropologie qui étudie les populations nomades, il raconte comment ces humains survivent et déposent partout où ils passent leurs marques à partir de ce qui les différencie de tous les autres vivants : leur énergie créatrice. Déjà des humains, démontre-t-il, à partir d’une étude des habitats, des outils, du cannibalisme même, tous porteurs du triptyque créatif qui caractérise l’humanité: transformant la nature, construisant des relations sociales jusqu’aux sépultures et aux sacrifices, améliorant le corps. Non pas des « Homo sapiens », cette billevesée des Temps modernes qui ignore que les animaux sont aussi « intelligents » mais des « Homo creator », car telle est la vraie différence avec les autres vivants.

Réinterprétant les récits du déluge, retrouvant le sens caché des arches, dont celle de Noé, coupant au scalpel la vision païenne d’un Dieu pure intelligence qui nous aurait créé à son image, il démontre que, armée de sa créativité inouïe, l’humanité a inscrit par sa créativité nomade le premier moment qui mène, femmes et hommes également créatifs, sur le chemin de la créativité libérée.

Yves Roucaute, philosophe, logicien, théoricien des Temps Contemporains, Professeur des universités, PhD de science politique, agrégé de science politique, Phd de philosophie, agrégé de philosophie, MBA d’épistémologie, auteur de nombreux essais dont Le Bel Avenir de l’Humanité, La Puissance de la Liberté, la Puissance d’Humanité, Eloge du monde de vie à la française… il est aussi un défenseur des Droits de l’Homme, de l’Afghanistan, avec le Commandant Massoud contre les Talibans (il fut le seul intellectuel au monde à avoir été invité pour célébrer la victoire à Kaboul en 2001) à Cuba, où il fut arrêté pour son soutien aux dissidents, du Vietnam avec les bonzes aux Kurdes d’Irak, dans les journaux et revues, il n’a cessé de combattre pour la liberté.

Jean de Jalcreste

Coronavirus : comment la technocratie nous a méthodiquement mené dans le mur

Article publié le 23 mars 2020. (Atlantico) https://www.atlantico.fr/decryptage/3588232/coronavirus–comment-la-technocratie-nous-a-methodiquement-mene-dans-le-mur-yves-roucaute

On ne devrait jamais tourner le dos à un danger pour tenter de le fuir. Si vous le faites, vous le multiplierez par deux » pensait Winston Churchill. Face au coronavirus, nous pourrions rire de ce gouvernement qui joue au Père Ubu, prompt à prendre le large face au danger et déjà prêt à s’attribuer les mérites de la victoire quand celle-ci sera avérée. Hélas !, le temps n’est pas au rire. La France se terre, la France souffre, la France pleure ses morts et ses blessés. Le temps n’est pas aux bûchers des vanités gouvernementales non plus. Émue, unie, reconnaissante, la France vole au secours des plus fragiles, des plus isolés, des plus âgés et applaudit dans les larmes ces soignants qui prennent le risque de leur vie pour la sauver et ces boulangers, comme ceux du XVème arrondissement de Paris, qui livrent l’Hôpital Pompidou

Pourtant écoutez bien, et vous entendrez enfler une juste et sourde colère devant l’incompétence, la morgue et l’irresponsabilité de ce gouvernement ébranlé à la moindre brise, effondré quand vient la crise. Un quarteron de technocrates, appuyé sur de prétendus experts, quelques aficionados médiatiques et des élus conservateurs, qui est allé de tergiversations en rodomontades, attendant la succession des « phases » d’évolution comme d’autres regardaient les chars passer lors de la débâcle de 1940. Et aujourd’hui encore, incapable de prendre les mesures nécessaires pour tests, masques, gants, confinement total, désinformant même encore et toujours sur les vrais facteurs de transmission.

Le temps n’est pas encore au procès général, mais il viendra.  Il commence déjà.  600 médecins et infirmiers portent plainte contre le gouvernement et l’ancienne ministre Agnès Buzyn, qui a eu la lâcheté de se taire au lieu de sonner l’alarme et qui, en avouant à moitié sa faute, ne peut être qu’à moitié pardonnée. Les Français sont généreux mais ils ont la tête chaude comme disait le philosophe Hegel, et, plus qu’en Italie, il n’y a jamais loin du Capitole à la Roche Tarpéienne.

Face à ce drame humain et à sa déplorable gestion, pour avoir écrit Le Bel Avenir de l’Humanité, je suis souvent interpellé : est-ce donc ainsi que nous allons vers ce monde merveilleux annoncé ? Oui, c’est ainsi. Cette crise sanitaire en porte la marque et en dit le sens. Nous vivons un moment de transition. Ce moment où s’intensifie le combat du camp du progrès, celui des partisans des sciences et des technologies qui ont donné l’alerte et réclamé le confinement sans avoir été écoutés, celui des soignants qui permettront de vaincre cette maladie malgré l’incompétence gouvernementale, celui des réseaux sociaux qui les soutiennent. En face ? Le vieux monde. Celui des technocrates ignorants, ivres d’eux-mêmes, arcboutés sur leur vision autoritaire et magico religieuse du « pouvoir », associés aux conservateurs étatistes, aux Ayatollahs de l’écologie à la Greta Thunberg ou à la Nicolas Hulot et aux apocalyptiques à la Yuval Noah Harari qui ont désarmé le pays par leur idolâtrie de la nature et les freins mis à la créativité humaine.

Ce combat du camp du progrès a bel et bien commencé dès fin janvier et s’est amplifié jusqu’à aujourd’hui.

Que nul ne dise que le Président Emmanuel Macron et le gouvernement ne pouvaient pas savoir, eux qui, par ailleurs, au nom du principe de précaution, se permettent d’arrêter les recherches en biotechnologies dès que piaille un groupe de pression. Nous fûmes nombreux à relayer l’alerte lancée par le docteur chinois Li Wen Liang sur la létalité et le danger de pandémie de ce virus, qui l’a tué le 7 février. Lui-même condamné au silence par les autorités qui, pour maintenir leur ordre, craignaient plus de laisser circuler cette information que le virus. Elle n’a donc servi à rien la mise en garde de l’Organisation mondiale de la Santé qui le confirmait ? A rien, les indications des laboratoires chinois qui conseillaient le confinement ? Chine et Corée du sud ne démontraient-ils pas une nette décrue par cette stratégie dès le 27 février ?

Épistémologue, je ne fus pas le seul lanceur d’alerte à exiger la nécessité du confinement, dès que furent confirmés les modes de transmission de ce coronavirus. Devant l’impudence de ces technocrates, j’ai même relayé les travaux dirigés par le Professeur Vincent Munster du Centre de virologie d’Hamilton, dans l’Alabama, cosignés par des universitaires de l’UCLA (Californie) et de Princeton connus dès le 9 mars, diffusés massivement le 13 mars par la célèbre revue MedRxiv, consultable en ligne.

Durée de survie du virus ? Jusqu’à 4 heures sur le carton, 3 jours sur le plastique (en moyenne 16h) et l’acier (en moyenne 12h). Transmissible par les airs ? Oui. Jusqu’à 3 heures. Confirmant ce qui était suspecté dès le 12 février dans une publication de l’Anesthesia Patient Safety Foundation qui s’appuyait sur les études du SARS-CoV, un autre coronavirus. Les travaux de 18 laboratoires américains, et de quelques laboratoires chinois accessibles, confirment le fait à peu de différences près.

Mais au lieu de reconnaître l’erreur, après tout humaine, la technostructure outragée qui craignait moins les morts que de reconnaître s’être trompée, se mit à dénoncer les lanceurs d’alerte. Psychorigide comme toute bureaucratie elle avait décrété en janvier que se laver les mains et se tenir à un mètre de distance suffisait et des morts, par les voies non réglementaires prévues, elle allait continuer à s’en laver les mains.

Persistant dans son errance, malgré les condamnations scientifiques internationales et les protestations de l’immense majorité du corps médical français, et l’opposition de certains politiques éclairés par les sciences, il fut exigé de voter le dimanche 15 mars, en pleine débâcle sanitaire. Reculer les élections de quelques semaines ? Pas possible, sinon la démocratie serait perdue ! Cartons, enveloppes et bulletins de vote avaient-ils été vaccinés par quelque Jupiter de fortune ? Isoloirs, air et salles immunisés par les prières de ses saints ? Assesseurs et citoyens appelés à dépouiller protégés par l’esprit saint élyséen au point de purifier les minuscules gouttelettes propulsées dans l’air à plusieurs mètres à la moindre parole, même prononcées à voix basse, connues  depuis 1880 grâce à Karl Flügge? Oui, toutes ces inepties, « en même temps ».

Et, le miracle du lundi 16 mars eut lieu : l’urgence de rester chez soi fut décrétée. Le virus avait soudain varié sous une troisième forme durant la nuit, inconnue des chercheurs mais non des parapheurs. Et d’un coup de baguette magique, la démocratie engloutie la veille si le premier tour n’avait pas eu lieu à l’heure prévue, devient sauvée en repoussant le second tour à une date inconnue. Et pour éviter d’avoir à avouer s’être une nouvelle fois trompé, une remise en cause sacrilège de son « pouvoir », le Président bavard, regardant la France dans les yeux, n’a pas une fois prononcé le mot maléfique de « confinement ».

Aujourd’hui encore, le combat du camp du progrès continue.

La guerre dîtes-vous ?  Je vois surtout une nouvelle ligne Maginot. Les gants seraient inutiles. Prenez ces plastiques, déballez ces cartons, soyez sans crainte: les matamores qui gouvernent se chargent  de verbaliser les virus qui se permettraient de passer la membrane cellulaire par liaison dangereuse par leur protéine S, inconnue des fichiers de police, de se balader dans le cytoplasme de la cellule avec leur brin d’ARN étranger, comme un sans papier, de travailler clandestinement avec ses 15 gènes pour finalement s’imposer et se multiplier dans le corps pour le Grand Remplacement, ce qui est formellement interdit. De quoi être rassuré ?

Les masques ? L’O.M.S  répète depuis le 3 mars que la pénurie de masques met en danger le personnel soignant et aussi ceux qu’ils soignent : sans masque, le virus va librement du médecin au quidam ordinaire et du quidam ordinaire au médecin ou à d’autres quidam ordinaires. Mais il y a l’exception française. La connaissance parfaite du double décimètre sur leur bureau éclaire nos technocrates : ce coronavirus mesurant environ 0,125 micron, les masques ne pourraient empêcher de passer des particules aussi petites. Sauf, quand ils s‘agit des soignants qui ont droit au masque, comme c’est indiqué dans un règlement trouvé sur une étagère, car alors cela servirait à quelque chose. Une étude de 2008, de l’Institut de santé des Pays Bas, démontrait pourtant que les masques en coton protégeaient à 60% contre des particules de 0,02 à 1,1 micron, 78% pour les masques chirurgicaux et 98,9% pour les masques FFP2. L’université d’Edinburgh a de son côté testé les masques chirurgicaux : ils arrêtent 80% des particules de 0,007 microns, un peu en dessous de la moyenne des filtres industriels… et même les mouchoirs en tissu protègeraient d’environ 28%.

Les masques en France seraient-ils victimes d’un sort maléfique connu des sorciers de l’Élysée ? Et cela au point de n’avoir pas pensé en produire ou en acheter depuis janvier ? Et de n’avoir pas distribué ceux qui existent ? Car les masques existent, beaucoup les ont rencontrés. Un stock des 150 millions. Finalement, dans sa grande bonté, il est décidé le 18 mars, plus d’un mois après l’explosion de la maladie, d’en livrer 25 millions aux « n’importe qui ». Les autres ? C’est peut-être pour une collection.

Afin de justifier leur incompétence, nos technocrates prétendent que leur comportement d’aujourd’hui serait dû à l’expérience de 2009. Roselyne Bachelot, ministre de la santé, pour prévenir le pays contre la grippe H1N1, avait alors commandé 95 millions de vaccins qui n’auraient « servi à rien ».  Diantre !, mais qui savait alors que cette grippe ne ferait pas des ravages quand  les chercheurs d’alors mettaient en garde ? S’il y avait eu des milliers de morts, l’aurait-on déclaré coupable ? N’est-ce pas le rôle des élus et des individus payés par les citoyens de prévenir la sécurité de leurs corps, premier des droits individuels, au lieu de courir après un bilan comptable pour économiser ? Et depuis début février, avons-nous une possible pandémie ou une pandémie avérée ? Alors,  où en est la production de masques ? Où sont les tests aussi ? 17 000 par semaine en France, 160 000 en Allemagne, cherchez l’erreur. 10 minutes pour tester en Corée, des journées d’angoisse en France. Donnez-nous des Roselyne Bachelot, je vous laisse les docteur Diafoirus.

Je vous laisse les Ayatollahs de l’écologie et les apocalyptiques aussi, et ces multiples comités éthic-toc inutiles et parasites qu’ils influencent, prompts à justifier conservatismes et routines, interdits et freins aux expérimentations sur les traitements et les innovations. Car ce sont eux, ces Nicolas Hulot pathétiques, qui offrent à la technostructure et à sa gestion verticale de la vie le simulacre de couverture morale et scientifique dont elle a besoin. Et ils sont aussi le premier vecteur de cet esprit malade qui a envahi la France et qui conduit à plus s’intéresser à la condition des rats de laboratoire qu’à la santé des humains.

Contre les idolâtres de la terre, le temps est venu de rappeler que ce coronavirus, le COVID-19 est un élément de la fameuse « nature » avec d’autres virus létaux, bactéries morbides, champignons, maladies génératives, maladies génétiques, mort même, tsunamis, tremblements de terre, volcans… Il ne doit rien à l’industrialisation, aux sciences, aux technologies ou à la déforestation de la France ou de l’Amazonie, que la grippe espagnole, la lèpre, le Candida auris ou la peste.

Aujourd’hui face aux coronavirus, comme hier, l’humanité doit mettre à la poubelle le logiciel des archaïques pour affronter la dite « nature ». Comment les humains ont-ils survécu aux maladies et aux changements climatiques qui ont fait disparaître 90% des espèces animales depuis le paléolithique inférieur ? Comment ont-ils traversé 12 glaciations et autant de réchauffements depuis 3,3 millions d’années ? Par cette certitude qu’il lui faut dominer les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les animaux domestiques et toute la terre. L’humanité d’abord.

Ce qui distingue l’humanité des animaux n’est pas le rêve absurde d’une harmonie avec un environnement, car cela ne se peut pas. Ce n’est pas non plus d’être « intelligent» (« sapiens »), Homo sapiens comme le prétend Yuval Harari qui tient à vendre aux benêts dans la confusions scientifique la plus extrême son conte à dormir debout d’une Super Intelligence qui viendrait nous bouffer, car les animaux, à des degrés divers, le sont évidemment aussi. Ce qui le distingue : c’est d’être créatif. L’humain est l’être qui transforme son environnement, créé des civilisations, amélioré son corps. Une tripe créativité. Il est « Homo creator ». Et respecter la nature, c’est d’abord respecter la nature créatrice humaine. Et combattre tout ce qui l’interdit, des pollutions aux idolâtries. La vraie morale dit l’humanité d’accord, l’humanité d’abord.

C’est ce qui se joue aujourd’hui. Contre technocrates, conservateurs, Ayatollahs de l’écologie et apocalyptiques, ce coronavirus révèle que nous ne souffrons pas de trop de progrès, mais de pas assez. Guerre à ce virus naturel ? Oui, j’en conviens. Elle passe par la solidarité avec nos soldats de première ligne, les soignants, mais aussi par une défaite des tutelles technocratiques qui doivent se plier aux exigences du savoir au lieu d’essayer de protéger leurs places. Un combat du camp du progrès contre les idolâtries de la Terre, de l’État, du Marché, du Pouvoir… qui construisent des lignes Maginot, empêchent l’explosion des nouvelles technologies, traquent les réseaux sociaux et, finalement, organisent la débâcle et menacent des vies. La revanche des enfants de Jeux interdits. C’est aussi le sens du message de Winston Churchill qui, face au danger, poursuivait ainsi : « Mais si vous l’affrontez rapidement et sans vous dérober, vous le réduirez de moitié. » Puis totalement. Comme lui-même le fit.

Homo sapiens : obstacle scientifique, erreur métaphysique, errance théologique

Par Yves ROUCAUTE

Parution à partir du 5 mars 2020 sur le site Regards Protestants. https://regardsprotestants.com/culture/homo-sapiens-la-vraie-nature-humaine-2/

L’Homo sapiens » a bonne presse ; ce qui n’est pas toujours bon signe. Du latin « sapiens » qui signifie « intelligent », cette désignation de l’humanité prêterait d’ailleurs à sourire si elle n’était le symptôme d’une pensée défaite et la source d’obstacles scientifiques, et moraux considérables. 

Certes, il est parfois amusant de lire les contes pour enfants et d’écouter les bavardages dits « philosophiques » de ceux qui s’imaginent possible de saisir le réel en imaginatifs dépourvus de culture scientifique. Mais je vous propose plutôt ici, un peu comme dans Le Bel Avenir de l’Humanité, de découper au rasoir cette notion d’« Homo sapiens » pour découvrir le pot aux roses : une conception scientifique fausse, une métaphysique magico-religieuse et une vision théologique païenne. 

Cela par une méthode dite du « rasoir d’Occam » qui plaisait bien à l’ami Umberto Eco, utilisée dans Le Nom de la rose par son héros, appelé « Guillaume » en hommage à Guillaume d’Occam. Ce qui, entre réinterprétation de mythes, comme celui d‘Œdipe, déconstruction de Croque-mitaine comme la Super Intelligence, mise à nu du Dieu fouettard des conservateurs, au lieu de nourrir une vision du monde pessimiste et fantasmagorique, permettra peut-être de mieux comprendre la vraie nature humaine, son être « Homo creator », et de saluer dans la joie le bel avenir de l’humanité.

Commençons cette enquête par un mythe grec qui déplaira, je le crains, aux thuriféraires de l’« Homo sapiens ». Il était une fois… un terrible monstre, le Sphinx (ou la Sphinge). Figure de femme, pattes et queue d’un lion, ailes d’aigle, il avait été envoyé à Thèbes par Héra, épouse de Zeus, pour rappeler aux humains la soumission dû à l’ordre imposé aux humains par les divinités tutélaires. Sorte de principe de précaution. Passe-temps favori du monstre pour assurer la soumission humaine : dévaster les récoltes, massacrer les troupeaux et tuer les quelques courageux qui l’approchaient. Installé sur un rocher, le Sphinx posait à ces derniers une énigme à laquelle nul ne savant répondre : « Quel est l’être doué de la voix qui a quatre pieds le matin, deux à midi et trois le soir ? ».

Le roi de Thèbes, Créon, qui venait de perdre son fils, avalé par la bestiole, proclama en substance : « Qui peut nous débarrasser de ce monstre ? S’il s’en trouve un parmi vous, je lui donne mon royaume. » Il ne s’en trouvait aucun.

Ah !, si le monstre avait demandé « qui est quadrupède, sans corne et sans plume le matin, bipède le soir et intelligent toute la journée », la réponse aurait été aisée pour ces Grecs de l’époque archaïque qui priaient les esprits organisateurs du monde et s’imaginaient eux-mêmes dirigés par des esprits intelligents pas toujours bénéfiques. À la façon d’un Socrate un peu présomptueux, ignorant les singes, persuadés que le propre de l’humain est l’intelligence, le « sapiens », ils auraient déclaré « l’Homme ».

Mais quelle est donc cette bête à trois pattes ?

C’est alors que surgit Œdipe. Interrogé par le monstre gourmand, il répond : « L’humain. » Car « quand il est enfant, au matin de sa vie, il marche à quatre pattes, quand il est adulte il se tient sur ses deux jambes, et quand il est vieux, au soir de sa vie, il a besoin d’une canne pour se déplacer »Puis, d’un coup d’épée, il tue le Sphinx. Ou, selon d’autres traditions ce dernier se suicide.

Le sens de ce mythe ? La canne, tout est là. Hors bandes dessinées, aucun animal ne crée de canne, pas même le canard, fut-il l’oncle Picsou. Une canne ne pousse pas. Une canne ne marche pas. Une canne ne se reproduit pas. Elle est le symbole de cette créativité inouïe de l’humain, celle qui porte sur son propre corps.

C’est cela le savoir d’Œdipe : celui de la créativité humaine comme différence spécifique de l’humanité. Non pas « Homo sapiens », mais « Homo creator ». Un être exceptionnel, porté par sa triple créativité naturelle dont nous avons vu dans le blog précédent qu’elle fut et reste même sa condition de survie : Créativité envers son environnement, envers les autres humains, envers son corps animé lui-même.

Et le sens caché de ce mythe se trouve dans la mort du Sphinx. Dès que l’humanité parvient à la reconnaissance de soi comme liberté créatrice, elle n’affirme pas seulement sa différence d’avec tous les autres vivants, mais elle se libère aussi, en même temps, des spiritualités magico-religieuses et de leurs idolâtries. Ainsi, se révèle que toute l’histoire de l’humanité jusqu’à nos jours a été et reste la lutte pour la reconnaissance de sa nature créatrice contre la pensée magico-religieuse.

La suite: https://blog.regardsprotestants.com/leblogdyvesroucaute/homo-sapiens-la-vraie-nature-humaine-2/

Passé et avenir de la « retraite ». Blog Regards protestants

Article sur mon blog, dans Regards Protestantshttps://blog.regardsprotestants.com/leblogdyvesroucaute/

Introduction

Tavail » et « retraite » ? Les débats dits « de société » prennent parfois dans les démocraties une allure singulière. Entre démagogies et idéologies, sur fond magico-religieux de damnation éternelle au travail et à la souffrance, tout se passe comme si la révolution des Temps contemporains avec sa convergence des technologies qui prépare l’extinction du « travail » et de son corollaire, la « retraite », ne parvenait pas à mobiliser les esprits. Certes, le lecteur du Bel Avenir de l’Humanité sait à quel point mon enthousiasme pour l’intelligence artificielle, les biotechnologies, les nanotechnologies, le big data n’a rien de ces pensées logiquement incohérentes, qui, à la façon des Yuval Noah Harari ou des transhumanistes, enfourchent la pensée magico-religieuse la plus obscurantiste au nom d’un athéisme des plus niais, jusqu’à vendre une Super Intelligence bouffant les humains digne des contes pour enfants. Il n’en demeure pas moins que l’urgence est de penser la transition à partir des bouleversements en cours.

Or, nombre de gouvernements et de syndicats se livrent au jeu du « couvrez ce sein que je ne saurais voir ». Le « travail » serait un phénomène nécessaire, conséquence d’une place fixée pour toujours à l’humanité. Et la « retraite », l’acte d’une justice sociale ultime envers ceux qui ont permis survie et croissance de la Cité au prix d’efforts et de peines. 

La France est à cet égard caricaturale. Certes, à court terme, assurer le financement des retraites est légitime. Hélas !, prétendre engager des réformes à partir d’une boule de cristal où des technocrates, ignorant tout des sciences, auraient une vue extralucide sur 2040, date d’effectivité terminale prévue du projet, est pour le moins déconcertant. Et cette façon de croire encore possible d’imposer par les sommets de l’Etat des mesures sur une question qui concerne la plupart des habitants, à l’heure des réseaux sociaux et des objets connectés, qui dénotent l’exigence grandissante des individus à vouloir prendre en main leur destin, rend circonspect. 

Ce déni du réel a d’ores et déjà produit ses effets : le bel édifice bureaucratique s’est vu rattrapé par le réel, dépecé et réduit à un projet de bric et de broc, à la suite de batailles byzantines sur l’âge pivot, dit « d’équilibre », qui finalement ne fait pas pivot, sur les « régimes spéciaux » abrogés et « en même temps » célébrés comme « régimes particuliers », sur les points de retraite garantis mais qui varieront, car bien fol qui s’y fie, et sur un coût de la retraite, origine de la réforme, dont finalement nul ne sait rien, bien que le Parlement soit sommé de le voter. 

Je vous propose de quitter ces territoires désertés par le bon sens pour nous intéresser à ce qui se joue, en commençant par le commencement : la mise à nu de la vision magico-religieuse du « travail », qui domina depuis le néolithique, dont le rêve d’Aristote et le robot humanoïde intelligent dévoilent le sens caché, et de mesurer la « retraite » à l’aune du progrès de l’humanité. Ce qui permettra d’entrevoir la façon dont la révolution des Temps contemporaine redistribue les cartes en mettant l’individu et sa nature créatrice au centre, le « travail » et la « retraite » en périphérie, et la transition en perspective par une vision non magico-religieuse de l’histoire de l’humanité.

Le suite sur https://blog.regardsprotestants.com/leblogdyvesroucaute/travail-et-retraite-limpense-des-democraties/

Sur LCI, avec ROSELYNE BACHELOT. 6 mai.

Avec la toujours excellente et sympathique Roselyne Bachelot, sur LCI. le 6 mai. Thèmes: Notre Dame des Landes et faut-il punir les familles des enfants absentéistes en supprimant leurs allocations? Pour le lien, cliquer ici: https://www.lci.fr/replay/replay-l-heure-de-bachelot-du-jeudi-16-mai-2019-2121268.html

https://www.lci.fr/replay/replay-l-heure-de-bachelot-du-jeudi-16-mai-2019-2121268.html

Sommaire. « Le Bel Avenir de l’Humanité »

Le bel avenir de l’humanité: https://www.amazon.fr/Bel-avenir-lhumanité-révolution-contemporains/dp/2702163483/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1548346235&sr=8-1&keywords=le+bel+avenir+de+l%27humanité

Introduction
PREMIÈRE PARTIE – L’HOMO CREATOR AU PAYS DES MERVEILLES
Chapitre I – « je suis Celui qui crée »
La nature humaine est de transformer la nature ; La révolution néolithique ; Le voile d’ignorance de la pensée magico-religieuse ; « Je » n’est plus un autre
Chapitre II – Robot : l’humanité déchaînée
Symptôme de l’aveuglement des apocalyptiques : robots contre automates ; Monde prométhéen : le règne de l’esprit néolithique ; Prométhée enfin mis en congé
Chapitre III – Vers l’abolition du travail
Vers la disparition de tous les emplois ; La fin de l’illusion de la destruction créatrice
Chapitre IV – Robot, le meilleur ami de l’homme
La quotidienneté bouleversée ; La santé bouleversée ; Un robot nommé désir
Le drone ne tue pas, il empêche d’être tué ; Au bar du Bon Accueil, le robot barman
Chapitre V – La cigale et la fourmi : la créativité, origine de la richesse des nations
Ni fourmi, ni abeille, ni castor : bévues libérales, fantasmes socialistes ; L’origine de la richesse n’est pas le travail ; L’erreur de Karl Marx ; Les crises économiques sont d’abord des crises de la créativité humaine
Chapitre VI – La cigale et la rentière
Travailler moins pour gagner plus ; Soyez fous
Chapitre VII – Super intelligence et singularité humaine
À la découverte du cerveau ; Super intelligence : construction d’une mystification ; La super Intelligence bienfaisante ; Mémoire créatrice et mémoire artificielle ; La supériorité de la mémoire humaine
 
DEUXIÈME PARTIE – LE CORPS HUMAIN « TOUJOURS + »
Chapitre VIII – Retour vers le futur IV, à la recherche de l’humain perdu
Retour vers le futur IV ; L’humain toujours plus ; Amélioration biologique : un désir naturel
Chapitre IX – Le secret du Sphinx, le sourire du cyborg et la joie d’Œdipe
Sens caché de la mort du Sphinx : l’Homo creator ; « Moi d’abord » ; Libérer l’humanité des données naturelles
Chapitre X – Là où y a du mauvais gène, y a pas de plaisir
Œdipe + ; Corps biologiquement amélioré pour préserver l’humanité ; Le corps n’appartient plus aux maîtres de Vérité
Chapitre XI – Clone-toi, le Ciel t’aidera !
Donner aux vivants les moyens de survivre ; Le clonage pour mieux vivre ; Le clonage reproductif fabriquera des êtres différents et libres
Chapitre XII – Bébé creator +
La gestation pour autrui n’est pas immorale ; La procréation médicalement assistée n’est pas immorale ; Fécondation in vitro : la seule chance de survie de l’humanité ; le bébé creator + ; Liberté et amour augmentés
Chapitre XIII – L’immortalité par l’élixir de jouvence et la cryogénisation
Pourquoi ne pas s’attaquer à la mort ?; Télomère, mon assurance immortalité ; Cryogénisons !
Chapitre XIV – Les nanotechnologies, nouvel âge de la création
Le grand renversement : déconstruction-dépassement du réel ; À la conquête de l’infiniment petit pour détricoter ; Détricoter pour tricoter un réel + ; Ce qui est ne dicte plus à la nature humaine ce qui sera
 
 
TROISIÈME PARTIE – QUAND LE VERBE HUMAIN SE FAIT CHAIR
Chapitre XV – Le crépuscule de l’État
Le totalitarisme, plus ancienne forme d’organisation politique ; La démocratie ne rompt pas avec la sacralisation du pouvoir ; Esprit néolithique et totalitarisme moderne ; La tyrannie de l’idolâtrie étatique ; Le grand nettoyage a commencé
Chapitre XVI – Les ailes des papillons
Le jardin à l’anglaise ; La dynamique papillonne ; Le filet à papillons de Colbert ; La sortie de crise de 1929 n’est pas due à l’étatisme ; La Chine communiste dit la règle ; Les entreprises d’un type nouveau ; Vers la gratuité
Chapitre XVII – Salaire universel, radeau de la méduse
La justice sociale et Raminagrobis ; Sacrifices humains et archaïsme de Socrate ; La vision juste d’Aristote et l’errance socialiste ; Le coup du radeau ; Théorie de la justice contemporaine : premier pilier, l’interdiction du sacrifice ; Second pilier : la plus grande créativité possible pour le plus grand nombre ; Troisième pilier : la réalisation de soi ; Pour en finir avec la balade de Nayarama
Chapitre XVIII – Adieu écritur é écol ☹, Bjr gai savoir ☺
L’écriture et les intellectuels au service des pouvoirs ; La parole-Vérité contre la parole-dialogue : le détournement des écoles ; Pouvoir du livre et livre du pouvoir ; Le modèle archaïque français ; La parole-dialogue des Temps contemporains
Chapitre XIX – Du droit des nations à la paix d’humanité
Nation ethnique et esprit des tombes ; De l’étranger et des guerres ; Le refus du droit des nations des modernes, donc la guerre ; Droit des nations : première condition de la paix d’humanité ; La preuve par la Catalogne ; La preuve par la Corse ; Nations spirituelles : seconde condition de la paix d’humanité ; La nation des Temps contemporains
 
QUATRIÈME PARTIE – L’ODYSSÉE DE L’HOMO CREATOR
Chapitre XX – Abolition de la famine et fin du sacrifice animal
Granivores, frugivores, végaliens, végétariens : le bal des tartuffes ; La fin de la famine ; La fin du calvaire animal
Chapitre XXI – Le bonheur ici et maintenant
L’esprit néolithique de Socrate ; L’esprit néolithique des matérialistes ; Le bonheur passe par la créativité ; Le souverain bien ; Moi d’abord, moi d’accord : aime-toi toi-même pour aimer les autres ; Le bonheur dans la réalisation de la singularité déterritorialisée
Chapitre XXII – Contre le Beau, l’art de sa vie
Dès son origine, l’art se définit par la créativité, non par le beau ; Kant, le can’t de l’art ; Le monde est un terrain de jeu pour « Je » ; Le geste créatif transforme l’humain en artiste
Chapitre XXIII – Morale universelle du « Moi d’abord, moi d’accord »
« Connais-toi toi-même » : formule archaïque de l’esprit néolithique ; « L’humanité est la mesure de toutes choses » contre l’immoralité de Kant ; Le véritable impératif moral, le bien et le mal ; La révolution des Temps contemporains annonce la défaite du mal et la paix perpétuelle ; Vers l’amour universel
Chapitre XXIV – Le nom de Dieu, le Verbe des humains
Contre Harari : le matérialisme n’est pas à la source de l’humanisme ; Contre Harari : le matérialisme n’est pas à la source des sciences ; Le matérialisme anti-humaniste des Lumières ; Matérialisme archaïque de la Nature et des atomes ; L’idéalisme est incompatible avec la nature créatrice humaine ; Adieu matérialisme et idéalisme ; Les conditions d’un nom de Dieu compatible et le sens caché de ce nom
Chapitre XXV – L’odyssée de l’espace
Des déluges comme s’il en pleuvait ; La condamnation de la terre ; Le grand départ ; L’humain, passager clandestin de la terre ; Le sens du véhicule intelligent ; Les arches de Noé
Bibliographie

Gilets Jaunes: Le Bel Avenir de la Politique?

Chers amis,
Au lieu de répondre à la violente attaque d’Eric Zemmour contre mon livre, Le Bel Avenir de l’Humanité, et contre moi-même, sur une 1/2 page du figaro où il dénonce l’ « imbécile heureux » et me désigne comme ennemi N1 de la France, pour ceux qui craignent les samedis difficiles et aiment discuter cordialement dans le souci du bien commun de l’avenir de la France, je me permets de vous donner la tribune que j’ai publiée ce jour, le 7 décembre, sur le site Atlantico https://www.atlantico.fr/fiche/yves-roucaute-1501621.

« GILETS JAUNES : LE BEL AVENIR DE LA POLITIQUE ?

Par Yves ROUCAUTE, philosophe, Professeur agrégé des facultés, auteur de « Le Bel Avenir de l’Humanité ».

LA FRANCE RETIENT SON SOUFFLE EN REGARDANT LE FEU QUI COUVE SOUS LA BRAISE. QUE SE PASSERA-T-IL SAMEDI PROCHAIN ET DANS LES JOURS SUIVANTS AVEC LES GILETS JAUNES ? ET SI C’ÉTAIT LE DÉBUT D’UN BEL AVENIR POLITIQUE QUI SE DESSINAIT ENFIN ?

La France retient son souffle en regardant le feu qui couve sous la braise. Que se passera-t-il samedi prochain et dans les jours suivants avec les Gilets Jaunes ? Qu’adviendra-t-il si un manifestant est tué par les forces de l’ordre ? La crise d’autorité est là depuis trois semaines, la crise de la légalité se profile depuis samedi dernier, demain la crise de légitimité pourrait emporter le régime. Le pire est devenu chaque jour moins incertain. « Il n’y a aucun mal à changer d’avis, pourvu que ce soit dans le bon sens » disait le malicieux Winston Churchill. Hélas !, après n’avoir pas voulu changer d’avis, la panique étant mauvaise conseillère, le gouvernement a choisi le mauvais chemin. En acceptant trop tardivement un « moratoire » puis l’annulation des taxes sur les carburants, il semble toujours en retard d’une guerre, incapable de saisir l’espace et le temps des nouvelles formes de mobilisation. Le désordre est là, la chienlit menace.

Car chaque jour révèle l’incompréhension du sens de ce qui se joue à l’heure de l’expansion des réseaux, de la destruction du rapport magico-religieux au pouvoir et des multiples possibilités de coordination virtuelle puis réelle des citoyens qui se veulent acteurs de leur vie. La nouvelle démocratie, que j’appelle « collaborative » dans mon livre Le Bel Avenir de l’Humanité, c’est l’association de la gouvernance, de la démocratie représentative avec les réseaux, avec ces mille plateaux de discussion et de mobilisation qui alimentent le tissu de la vie dans la Cité. Mais au lieu de concevoir et de construire ces nouvelles relations, ce à quoi pourtant le candidat Emmanuel Macron semblait disposé contre les vieux partis classiques, le gouvernement a imaginé, et imagine encore, un ennemi dans ces réseaux au lieu de voir un partenaire.
Résultat : une dynamique de crise dont il ne pourra sortir sans changer de logiciel. L’augmentation des taxes avait « cristallisé » le mécontentement des classes moyennes qui se paupérisent et de la France périurbaine qui se voit de plus en plus délaissée. Le comportement autoritaire du gouvernement, cette façon absurde de jouer le temps et le pourrissement du mouvement selon les vieux canons politiques, a conduit à « décristalliser ». Aux yeux des Gilets Jaunes, cette mesure est d’abord devenue le symbole d’un gouvernement qui ne se préoccupe pas du malheur quotidien. Puis, là où hier encore ils voyaient une mesure particulière, ils découvrent la pointe immergée de l’iceberg de leur malheur social. Ainsi, au lieu d’éteindre la crise, le pari de l’attentisme gouvernemental a conduit à agglomérer des demandes sociales qui, au départ, n’étaient pas liées, du SMIC aux retraites, et à mobiliser des scènes sociales qui, de l’école aux transports, semblaient hier n’être pas directement concernées. Et les corps intermédiaires, partis, syndicats, élus locaux, qui auraient pu jouer un rôle de gardien à la porte de l’État, pour trier les demandes, en éliminer certaines, en simplifier d’autres, éliminés par le gouvernement, non seulement n’apaisent pas le conflit mais l’attisent. En les tuant, en voulant se venger d’eux, peut-être creuse-t-il sa tombe politique et celle d’Emmanuel Macron qu’il voulait protéger : Victor Hugo aurait pensé qu’il y a du Lucrèce Borgia dans ce gouvernement là.

A l’heure de la révolution des Temps contemporains qui met par les technologies l’individu au cœur du jeu politique, il n’est plus possible pour un Président de la République, quel qu’il soit, d’espérer par les élections un chèque en blanc pour cinq ans. « Tu as voté, donc tais-toi » ? Ce monde a disparu. Après avoir voté, le citoyen des Temps contemporains n’accepte plus de se taire jusqu’aux prochaines échéances électorales. Et s’il a élu un Président, il ne se sent plus contraint d’accepter toutes les mesures de son programme, sans exception ; dans la hotte du Père Noël, il veut pouvoir choisir ou refuser les jouets. Quant aux mesures pas même annoncées, il n’est plus dupe et sait les mille ruses politiques pour faire avaler les couleuvres ; derrière la « transition énergétique », il voit bien le prétexte pour alimenter le budget au pays champion des prélèvements obligatoires.
« Jupitérien » disait Emmanuel Macron de lui-même. Tout est là, dans cette vision magico-religieuse inconsciente qui le tient depuis son élection et qui vient de loin dans l’histoire, des prêtres-rois aux sacralisations modernes du pouvoir. « Jupitérien » ? Une perspective de Maître de vérité prompt à organiser les sacrifices individuels et sociaux au nom du bien général sans se préoccuper de ce qui se vit « en bas ».
Les Gilets Jaunes le disent : ce logiciel qui fut celui des pouvoirs avant la révolution numérique n’est plus en état de fonctionner. Avec FaceBook, Twitter, WeChat, Youku, You Tube…. avec ses « amis » virtuels et ses potes du village global, l’individu prend conscience de sa nature libre et créatrice et construit avec d’autres individus, les multiples réseaux du contre-pouvoir. Ils s’installent dans les nœuds de circulation de l’information numérique comme ils contrôlent les ronds points et les entrées des autoroutes.
Ainsi disparaît l’idolâtrie politique qui avait si souvent transformé le citoyen en ombre entre deux élections. Jupiter est reconnu pour ce qu’il est : une chimère. Le n’importe qui prend le sceptre et se met à parler en citoyen au milieu du cercle des égaux à la façon des aristocrates de la Grèce antique. Explosion des réseaux, parole-dialogue horizontale, hybridations culturelles, prises en charge par l’intelligence artificielle de la quotidienneté, autorégulations intelligentes : l’aura magico-religieuse qui entourait la gestes du pouvoir est décortiquée et dispersée, la verticalité et l’absence de contrôle avec elle. Les Gilets Jaunes annoncent à leur façon le crépuscule de l’État et du pouvoir politique séparé de la société civile.

L’avenir de la vie politique s’écrit du côté des Giles Jaunes

L’avenir de la vie politique s’écrit du côté des Gilets Jaunes. Il est la forme d’organisation née des nouvelles technologies. Admirable, ce refus de recréer les structures pyramidales des partis. Cocasse de voir des ministres se promener dans les rues une lanterne à la main, pour trouver les « représentants » de ce mouvement, tel Diogène jadis à Athènes cherchant l’ « Homme ».
Révolution de l’espace politique : la force de cette horizontalité fluctuante est d’exiger des réponses dans un espace d’égaux qu’ils construisent eux-mêmes sans reconstruire une hiérarchie. Révolution du temps politique : la temporalité n’est pas celle de la politique, des élections ou des séances du Parlement, mais la temporalité numérique qui, dans l’instant, surveille et contrôle le pouvoir, délibère et choisit.
Ce fut assurément la marque d’une incompréhension totale de croire possible de plier cet espace et cette temporalité des réseaux au temps politique classique et de se parer d’un argument d’autorité pour les contrer. Refuser d’annuler la mesure honnie quand les réseaux avaient réussi à convaincre plus de 70% des Français ? Mais d’où parle donc ce pouvoir ? Recevoir des partis politiques comme s’il était possible de sortir de la crise par leur biais alors qu’ils ont été désavoués et sortis quelques mois plus tôt ? Quelle légitimité opposée à celle des réseaux pouvait donc en sortir ? Et que dire de cette proposition d’un « moratoire » qui supposait que les réseaux devaient attendre le résultat des discussions au sommet et s’en satisfaire. Face aux réseaux, le gouvernement a joué à « couvrez moi ce sein que je ne saurais voir. Par de pareils réseaux, les pouvoirs autoritaires sont blessés. »
Le temps est venu de mettre la république en marche. D’abord, prendre des décisions rapides pour satisfaire certaines demandes, ensuite organiser par les extraordinaires possibilités d’internet, les moyens de consultation, de délibération et de choix sur les projets de demain.
Le Président Emmanuel Macron retrouvera-t-il cet esprit d’ouverture et de dialogue qui fit le charme du candidat Emmanuel ? Changera-t-il de logiciel pour devenir un dirigeant des Temps contemporains ? Il le faudrait. Les vendeurs d’illusions sont à l’affut. Incendiaires d’hier, ils crient à l’incendie. Préparant la chienlit de demain, ils dénoncent le désordre. Ils n’aiment pas les mille plateaux de ce bel avenir de l’humanité où l’on ne dresse pas d’échafauds, où chacun cherche des solutions d’avenir heureuses face aux défis des Temps contemporains, tels ceux de la disparition des emplois prévisible avec l’intelligence artificielle ou des services loin des métropoles. Ces démagogues feignent de soutenir le mouvement pour se glisser dans les failles du malheur social avec leur catastrophisme, leur pessimisme, leurs haines nationalistes et sociales. Leur objectif n’est pas d’aider ce mouvement bon enfant, de trouver ensemble les éléments d’une concorde mais de tirer la couverture à eux pour préparer demain avec leur étatisme, leur vision verticale du parti et de la vie, leur conception antifrançaise de la France, des jours plus sombres encore.
Opposer ce formidable surgissement des réseaux à la démocratie représentative ? Dés la publication de mon livre, j’ai entendu la critique. Certes, le rejet des partis traditionnels en France et dans nombre de pays, l’indique clairement : la démocratie représentative classique a vécu. Sous sa forme exclusive. La Vème République quasi monarchique avec elle. « L’État est notre serviteur et nous n’avons pas en être les serviteurs », disent les Gilets Jaunes à la façon d’Albert Einstein. J’aime l’idée. La révolution numérique nous entraîne vers la démocratie « collaborative », celle qui conjugue gouvernance, démocratie représentative et les mille plateaux à chaque instant. Celle qui permettra d’éclairer les choix de l’exécutif et du législatif par une libre délibération dans les forums. Celle qui permettra d’un clic de savoir ce que les citoyens pensent et veulent. Celle qui autorisera les manifestations virtuelles et réelles du nouveau contre-pouvoir dont toute république entrée dans les Temps contemporains, a besoin.
La France ne souffre pas d’avoir trop de Gilets Jaunes mais de n’en avoir pas assez. Il reste à espérer que ce gouvernement ne jouera pas la carte du pire pour que vienne vite le moment où chacun comprendra qu’il faut aussi savoir arrêter un mouvement.

https://www.atlantico.fr/fiche/yves-roucaute-1501621

Entretien Le Bel Avenir de l’Humanité (Atlantico)

Entretien pour Atlantico. 28 octobre 2018.

https://fr.news.yahoo.com/bel-avenir-l-humanité-livre-va-secouer-074535323.html

 

Yves Roucaute est l’auteur de l’ouvrage « Le bel avenir de l’humanité », publié aux éditions Calmann-Lévy. Dans ce livre à la fois joyeux et érudit, accessible et savant, il balaie les illusions d’hier. Ses analyses rigoureuses et pleines d’humour revisitent les fables et les récits mythologiques. Retrouvez l’entretien d’Yves Roucaute.

Atlantico : Votre livre peut être lu comme une réponse cinglante, voire comme un soufflet, à un écrivain que Le Point décrivait il y a peu comme « le penseur le plus important de notre époque », l’Israélien Yuval Noah Harari. Vous le qualifiez pour votre part de « petit maître de Vérité ». Comment expliquez-vous son succès alors qu’il proclame l’arrivée d’un « Homme Dieu », à la place de l’homo sapiens, ce qui préparerait, par les progrès technologiques, la disparition de l’espèce humaine ?

Yves ROUCAUTE : Oui, c’est vrai, on peut aussi voir mon livre comme une réponse à Yuval Noah Harari et à son conte d’une humanité qui serait détruite par ses propres œuvres bien que j’ai commencé cet ouvrage il y a 4 ans.
Mais je ne voudrais pas que les lecteurs pensent que je n’aime pas les contes pour enfants (rires). J’utilise d’ailleurs les fables, les mythes, les récits, mais, à la différence de Yuval Noah Harari, il s’agit pour moi d’amuser le lecteur, de lui procurer de la joie et de la légèreté afin de lui permettre de saluer la fantastique période que nous vivons.
La séduction des prophètes du malheur qui vendent l’apocalypse pour demain s’explique facilement. Toute période de bouleversements en produit comme le notait l’ami Umberto Ecco. Ils rencontrent l’assentiment de ceux qui ont peur de l’avenir. Or, notre époque est propice aux vendeurs d’apocalypse car, dans l’histoire de l’humanité, si l’on met de côté l’usage massif du feu il y a 400 000 ans, il y a eu deux révolutions fondatrices et nous sommes en train de vivre la seconde.

https://fr.news.yahoo.com/bel-avenir-l-humanité-livre-va-secouer-074535323.html