Category Archives: Défense de l’Humanité

Sur ma présence en Afghanistan en 2011

 

 

Suite à la circulation de photos sur les réseaux sociaux et aux interprétations diverses données sur ma présence dans ce pays en 2011, je dois faire cette mise au point et, finalement, je préfère mettre moi-même quelques unes des photos d’alors.

Les faits: j’ai soutenu de bien des manières, soit par l’association dont j’étais le Président, « Institut de l’Europe Libre », soit  directement, en Europe et à Kaboul,   le Commandant Massoud durant ses combats pour la libération de son pays contre les Russes (battus en 1989) puis contre les islamistes. Après son ignoble assassinat par les Talibans, le 9 septembre 2011, chacun sait que deux jours plus tard, le 11 septembre, les islamistes commirent l’un des plus infects crimes de l’histoire de l’humanité aux Etats-Unis. Ces deux événements  étaient évidemment liés. Il est difficile de dire l’immense peine que j’ai éprouvée en apprenant la mort d’Ahmed. Et, je dois l’avouer, à la peine immense s’est mêlée une envie inexorable de vengeance après le 11 septembre.

Ce même 11 septembre, GeorgesW. Bush décida, et franchement, j’attendais cela,  décida  d’engager « la guerre contre le terrorisme ».

Je savais l’intervention inéluctable, accord ou pas des Pakistanais et de quelques autres pays qui, finalement le donneront. Je me tins informé des événements heure par heure par mes amis américains et afghans des préparatifs de l’intervention autant que cela était possible.

Après une série de bombardement,  début octobre, les premiers raids débutèrent le 19 octobre. La première grande offensive pour libérer le pays des Talibans, eut lieu le 3 novembre,  avec la bataille décisive de Mazar e Charif, dans le nord du pays, qui opposa les amis de l’alliance du Nord, appuyés par l’aviation américaine, aux talibans. Le 9 novembre, Mazar e Charif est libérée. Le 14 novembre Kaboul est libéré à son tour par l’Alliance du Nord, les Talibans ayant même déserté la ville.

Bien que la guerre fasse rage encore dans l‘ensemble du pays, le 17 novembre, nos amis de l’Alliance du Nord nous demandent si nous accepterions d’aller fêter cette libération symbolique de Kaboul à Kaboul. Inutiles de dire qu’immédiatement,  Alain Madelin et moi-même fûmes enthousiastes. Nous décidons d’y aller, sans demander l’autorisation des autorités françaises que nous contactons via le ministère des Affaires étrangères, et qui voudraient nous l’interdire, prétextant que nous devrions entrer clandestinement sans passeports en règle puisque le gouvernement « légitime » serait celui des Talibans. Entrer clandestinement? La belle affaire. Ce n’était pas la première fois que je le faisais. La seule question était de savoir comment nous rendre à Kaboul.

Le 21 novembre, je pars avec Alain Madelin et nous emmenons avec nous deux amis. Nous décidons d’aller jusqu’au Tadjikistan, à l’aéroport de Douchanbé. Sans visa de ce pays (les visas c’st pas notre truc dans ce voyage), nous parvenons, le 22 novembre, grâce à nos amis Tadjiks avec lesquels nous avions discuté de la tactique à adopter, à passer discrètement  la douane. Nous sortons en catimini de l’aéroport et sommes amenés rapidement en jeep le 22 novembre  jusque dans le camp militaire de l’Alliance du Nord, à la frontière avec l’Afghanistan.

Nous devons partir le lendemain dans un des quatre hélicoptères historiques de l’Alliance du Nord puisqu’il avait été saisi par les hommes de Massoud aux Russes. Un hélicoptère criblé de balles dont les tours laisseront passer le froid et le vent quand nous serons à plus de 3000 mètres d’altitude.

Mais il faut comprendre que la guerre fait rage encore dans tout le pays, en particulier le siège de Kundoz a commencé, et Kunduz est à quelques kilomètres de vols d’hélicoptère de notre base. Il faut alimenter en médicaments et en armes les combattants de Kunduz. A commencé aussi la grande bataille de Kandahar, qui se terminera seulement le 7 décembre.

Le 22 décembre, nous sommes coincés dans le camp et le froid intense. Le 23 décembre nous partons, avec, dans l’hélicoptère des soins et du soutien logistique. Passant au dessus de l’Hindou Kouch, la fabuleuse montagne dont les sommets montent jusqu’à 7700 mètres, notre hélicoptère manque de s’écraser. Nous sommes à plus de 3000 mètres, du bruit, soudain les pâles tournent difficilement, l’hélico plonge.  Des secondes interminables, des secousses, des prières, mais nos deux merveilleux pilotes parviennent à redresser l’appareil. Les problèmes mécaniques sont tels que nous devons retourner au camp.

Le 23 décembre, nous repartons, cette fois nous passons. Nous nous arrêtons en chemin pour déposer du matériel aux combattants dans la vallée. D’où les armes dans l’appareil en effet visibles sur une photo. Puis nous repartons et arrivons à l’aéroport de Kaboul, dévasté, au milieu des carcasses d’avion. Une photo publiée ici est celle de notre arrivée.

Dés l’aéroport, l’émotion est grande avec les soldats. Kaboul libéré, nous y étions.  Alain Madelin part vers la maison de la radio q où nous devions être hébergés et je reste avec les militaires pour fêter  les retrouvailles. Je ne nie pas, puisque cela a été écrit, que quelques tirs de mitraillette n’aient pas été de la partie pour manifester cette allégresse de la libération.

Puis, je décide de partir avec un chauffeur, nous étions en effet armés. Au premier check point, ,nous voilà en difficulté parce que le chauffeur a oublié le mot de passe. Pour des raisons de sécurité, ils changeaient toutes les heures.  Un soldats nerveux tourne sa mitraillette vers ma poitrine et je me mets à souhaiter que le chauffeur retrouve sa mémoire qui est chose instable et fragile disait déjà Descartes. Le mot est cette fois le bon, nous passons avec une embrassade des soldats du check post tout heureux de voir un Français venir de si loin pour fêter la libération.

Le reste ce sont des détails trop longs à raconter. Je vais visiter l’école des jeunes filles qui était devenu un dortoir de Talibans où ceux-ci faisaient des expériences chimiques comme j’ai pu le constater. Les jeunes filles étaient en effet interdites d’école par les islamistes. Je rencontre des dirigeants militaires et politiques avec lesquels nous buvons le thé et évoquons la mémoire d’Ahmed, le lion du Pandjchir. Je vais me recueillir sur la tombe de Massoud. Nous allons dans la vallée  du Panshir. Ici et là, parfois, rarement néanmoins contrairement à ce qui a été dit, au cours de ces jours, quelques tirs évidemment mais dans la guerre comment s’en étonner?  Mais nul ne peut oublier que si la guerre est parfois juste et nécessaire  elle reste un mal néanmoins.

 

Denis Jeambar et Yves Thréard présentent Le Bel Avenir de l’Humanité

Denis Jeambar et Yves Thréard présentent mon livre

Le Bel Avenir de l’Humanité 

(ed Calmann-Lévy, collection Liberté de lEsprit. Cliquer ici pour achat: https://calmann-levy.fr/livre/le-bel-avenir-de-lhumanite-9782702163481)

VideoLeBelavenirdel’humanitéPublicSénat29.10.2018

Le Bel Avenir de l’Humanité (Calmann-Lévy)

Chaîne Parlementaire, Public-Sénat. 29 octobre 2018

 

Sortie le 17 octobre de LE BEL AVENIR DE L’HUMANITÉ

LE BEL AVENIR DE L’HUMANITÉ

Par

Yves ROUCAUTE

Pour achat: https://calmann-levy.fr/livre/le-bel-avenir-de-lhumanite-9782702163481

4ème de couverture par Denis Jeambar.

« Le monde qui s’offre à nous est formidable. »
C’est un livre jubilatoire que nous propose le philosophe Yves Roucaute. Une ode à la révolution des Temps contemporains. Abolition du travail et robots, corps bioniques et bébés sur mesure, clonage et cryogénisation, suppression des maladies, télétransportation et véhicules autonomes, disparition de l’État, de la guerre, de l’oppression des nations, économie collaborative et réseaux sociaux, abrogation du dressage éducatif et de l’écriture, libération du corps féminin, art contemporain, bonheur et immortalité, le meilleur est devant nous.
Fruit d’un considérable travail de recherches philosophiques, historiques et scientifiques, ce récit passionnant revisite toute l’histoire de l’humanité. Adieu le chimérique Homo sapiens, l’opposition « matérialisme » et « idéalisme », adieu « socialisme », « libéralisme », « utilitarisme », adieu tristesse des professionnels de l’apocalypse. « Je suis Celui qui crée », tel est le credo de l’homme contemporain, parvenu à la conscience de lui-même, celle de l’Homo creator.
 
Dans un texte à la fois joyeux et érudit, Yves Roucaute bouscule tout, ébranle les certitudes, sans jamais plonger le lecteur dans le néant. Il lui propose un avenir. Le meilleur qui soit avec la poursuite de cette odyssée de la liberté vers la conquête des étoiles qui donne son sens secret à l’histoire humaine.
 
 
Agrégé de philosophie, docteur d’État, professeur agrégé de sciences politiques à Paris X-Nanterre, Yves Roucaute a écrit de nombreux essais dont La Puissance de la liberté, La Puissance d’humanité, Splendeur et Misère des journalistes, Éloge du mode de vie à la française. De l’Afghanistan avec le commandant Massoud à Cuba aux côtés des dissidents, dans tous les journaux et revues auxquels il a collaboré, il n’a cessé de combattre pour la liberté dans le monde.

Les colombes blanches de l’Egypte copte

 

par Yves Roucaute

Paru Valeurs actuelles. Juin 2017

Ce 26 mai 2017, sur le chemin du monastère de Saint-Samuel-le-confesseur, les chrétiens égyptiens venus de Beni Suef et d’al-Minya ne songeaient ni à la mort, ni à l’horreur qui les attendaient. Membres de cette église copte de neuf millions de disciples, fondée en 42 après J.-C. par l’évangéliste Marc, ils étaient seulement impatients de communier dans la paix du christ avec celui qui devenu moine, « part au désert lointain, brûle d’un amour saint » (Cantique à Saint Samuel). Les dira-t-on fous d’afficher ainsi leur foi quand 45 chrétiens égyptiens sont assassinés en avril, 27 en décembre, quand la terreur quotidienne islamiste menace malgré la victoire du général al-Sissi contre les Frères musulmans ? Ce pays n’est-il pas « terre des martyrs » ? Et leur « calendrier des Martyrs » ne rappelle-t-il pas le goût égyptien du sacrifice chrétien depuis l’empereur romain Dioclétien, en 303?
Sortis de trois pick-up, déguisés en militaires, les terroristes liés à Daech arrêtent leur convoi. Ils « leur ont demandé de renier leur foi chrétienne, un à un, mais tous ont refusé. Alors les hommes armés les ont froidement abattus en leur tirant dans la tête » (Père Rashed). 29 assassinés: enfants et humains au cœur d’enfant. Aveu d’échec : les terroristes pensaient lire la peur dans le regard de leurs victimes. Ils y ont vu le reflet méprisant de cette lâche abjection qui tue des humains désarmés. Ils voulaient affirmer avec morgue la force de leur « djihad » face à des « infidèles » : ils ont lu dans les pupilles de leurs victimes la vraie foi, indomptable, celle qui croit le dieu-amour plus fort que la haine, l’espérance de la miséricorde plus grande que la cruauté, la vie plus forte que la mort. Et en tuant, ils ont révélé leur néant qui ne reflète rien, l’absence totale de compassion, ilot de haine entouré de haine, le Mal radical qui les habite.
Ami lecteur : ces martyrs savaient. C’est pourquoi ils ne cédèrent pas. Ils menaient la plus grande des batailles: spirituelle. Assassinés non loin de Maadi, où Jésus et Marie ont séjourné, les martyrs sont devenus comme les sept colombes blanches, rayons de lumière sur les dômes qui rappellent que ce Dieu diversement nommé, est toujours le même pourtant quand il dit l’amour de l’humanité. De l’ONU à la mosquée al-Azhar, les consciences entendent mieux à présent le doux murmure de cette source merveilleuse qui donne la vue à ceux qui ne voient plus et la vertu qui manque pour armer la morale.

Inégale valeur des civilisations?

Entretien avec Marc Cohen, 16 octobre. publié dans Causeur.

Entretien sur l’inégale valeur des civilisations

Entretien avec Marc Cohen, pour Causeur, 16/10/2013 : Comment avez-vous pris connaissance de « l’affaire » ? 

De façon assez drôle. Ce mardi 7 février, j’avais exceptionnellement quitté mon bureau de la    place Beauvau, au cabinet de Claude Guéant, assez tôt, en fin d’après midi. J’avais pris ma voiture plutôt que celle du cabinet pour aller à une réunion discrète, je n’ai pas dit secrète (sourire). Les téléphones étaient éteints. Quand je suis sorti, j’ai constaté qu’il y avait eu beaucoup d’appels en absence et immédiatement le téléphone a sonné. J’ai répondu. Il s’agissait d’un journaliste que je connais et qui me dit tout de go  « Salut Yves, tu pourrais répondre au téléphone quand tu mets le b. dans le pays et me prévenir en premier. » J’ai cru à une plaisanterie sur le livre, Eloge du mode de vie à la française, que je venais d’écrire et de lui envoyer, dédicacé à la mémoire des Arméniens morts pour la France. Je lui ai donc répondu « Je vois que tu es encore la victime consentante du lobby anti croissant et anti arménien du Monde (…) ».  Il rit et comprit que je n’étais pas informé de ce qui s’était produit l’après midi à propos du discours que j’avais écrit, prononcé par Claude Guéant le 4 février devant le syndicat étudiant l’U.N.I. Il me raconta l‘accusation ubuesque de nazisme par un cancre, nommé Serge Letchimy, et le départ non moins ubuesque des députés de l’UMP de l’Assemblée nationale.

Comment savait-il que vous étiez l’auteur du discours ?

A vrai dire, il n’était pas le seul à le savoir. Je ne sais d’ailleurs pas si c’est « Le Monde », « Le Figaro » ou l’AFP qui a donné cette info le premier. J’ai même été contacté par la chaine du Sénat. C’était un secret de polichinelle. D’abord les journalistes qui suivaient Claude Guéant savaient que j’étais entré dans le cabinet pour les discours stratégiques. Et ce discours avait donné lieu à des discussions préalables entre les dirigeants de l’U.N.I. et moi. Donc, beaucoup de monde savait. Bien entendu, il arrivait à Claude Guéant, qui a une forte personnalité et une grande intelligence, de faire des digressions, de rajouter ou d’enlever des phrases, mais pas sur les discours écrits donnés à la presse. Il est vrai que j’ai appris plus tard que ce discours n’avait pas été donné à la presse sous la curieuse pression de François Fillon (rires). Et puis, cette phrase est tirée de mon livre publié au même moment. Il suffit d’ouvrir mon dernier livre page 21 : « les civilisations ne se valent pas ; Celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient ; Celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique ; le respect de la dignité humaine ne se négocie pas ». Cette phrase était d’ailleurs déjà dans un livre que j’ai publié, il y a une dizaine d’années. Pourquoi aurais-je nié ? C’est absurde. Les journalistes enquêtent, savent lire et détestent, à juste titre, qu’on leur mente.

Avez-vous été surpris par la polémique, où l’aviez-vous senti venir en écrivant le discours ?.

Ce fut incroyable, le vice appuyé sur le bras de la bêtise conduisait à une crise politique sans précédent. J’ai vu émerger une haine incroyable.

Certes, dans les rangs socialistes même, chacun s’accorde  sur l’inculture du pauvre Serge Letchimy, qui lança sa dénonciation de nazisme à l’encontre de Claude Guéant et de toute la droite républicaine.  On connaît les lumières de cet élu qui se dit « fils d’esclave », sachant que l’esclavage a été définitivement aboli en 1848 et que lui-même est né en 1953 : non seulement il a découvert la formule cachée du nazisme chez tous ses opposants qui dénoncent les atteintes aux droits humains par certaines civilisations mais aussi celle de la fontaine de jouvence. Et le pauvre ère ignore même que l’esclavage a été aboli sur la terre de France dés le Moyen-Âge et que son abolition dans les îles au XIXème siècle ne doit rien à la gauche.

Mais ce fut évidemment une décision politique du groupe socialiste. Clairement, les socialistes lancèrent cette crise par pur cynisme, tentant de sauver les meubles et croyant ainsi pouvoir coller l’accusation de collusion du F.N. avec l’U.M.P. pour effrayer le centre. Comme ils le font souvent. Ils eurent tort. ils ont entraîné une grande haine contre la droite républicaine dans leurs rangs, haine qui, à moyen terme rendra difficile la possibilité dun Front républicain face au F.N. Car à force d’insulter et de jeter l’anathème sur les républicains de droite, je ne vois guère comment on peut justifier ensuite une quelconque alliance.  D’autre part, comment pourra-t-on empêcher électeurs de droite et du centre, et de gauche même par capillarité, à voter F.N.?  Si l’UMP c’est comme le FN, alors le F.N. c’est forcément comme l’UMP. Par calcul à courte vue, faute d’intelligents politique, pur un plat de lentilles électorales, la gauche dédiabolise le F.N. chaque jour. Et elle lui ouvre le chemin du pouvoir.

C’était sinon un piège tendu aux socialistes. Mais ce n’était pas le premier et ce discours n’était pas le plus provocateur de ceux que j’avais écrit, loin de là. Je ne pensais donc pas que ce piège fonctionnerait à merveille. Je ne pensais pas non plus que le personnel politique de la droite républicaine était à ce point pleutre qu’il aurait peur de la tactique de Matamore d’une gauche en débandade qui hurlait d’autant plus que la plupart des députés socialistes étaient d’accord avec moi. Tout cela tourna rapidement en farce drôle et pitoyable.

Nicolas Sarkozy pensa d’ailleurs, à juste titre, que c’était la première victoire depuis son élection à la présidentielle. Mais, comme souvent,  il fut bien seul. François Fillon, malheureusement, n’eut pas ce sens politique. Sans doute est-ce l’un des multiples symptômes que nous avons un recrutement du personnel politique de droite qu’il faudrait revoir.

Et si ce fut une victoire écrasante, elle fut donc très momentanée. Les sondages nous furent pourtant immédiatement clairement favorables à plus de 70%. .

Notre victoire idéologique était donc sans appel et d’une importance stratégique car elle renvoyait le P.S. au relativisme moral et à l’incapacité d’agir en pleine période de crise où les gens ont besoin d’un capitaine et de repères culturels. D’autant que François Hollande, qui n’avait pas compris la manœuvre, refusa de désavouer celui qui était appelé par certains députés UMP « le cadeau de Martinique », d’autres plus méchants, disaient « le cancre de Martinique ».

Et qui, dans le  pays, pouvait en effet croire que toutes les civilisations se valent ? Qui pouvait même croire qu’elles n’existent pas comme bientôt ce fut l’élément de langage dominant du P.S. , avant la débandade de l’UMP ? Certainement pas les socialistes qui avaient jadis, alliés aux radicaux, profiter de ce fait pour justifier l’injustifiable, les grandes colonisations sous la IIIème République que le fameux députés martiniquais semble ignorer. Sans même évoquer leur gestion déplorable de l’Afrique du nord, sous la IVème république.

Le plus intéressant pour nous, à mon sens, car j’étais là pour mener cette bataille idéologique comme le font aux Etats-Unis au sein du parti républicain mes amis néoconservateurs, était que les socialistes se coupaient de la plus grande partie du monde intellectuel. Car la conséquence de cette position idéologique conduisait à soutenir des propositions absurdes, comme c’est toujours le cas lorsque l’idéologie est poussée au bout.

Si parler de civilisations était la marque du nazisme, alors tous les universitaires se trouvaient plus ou moins nazis, tous ceux qui travaillaient dans les départements d’étude des civilisations dans les universités du monde, ceux qui avaient apprécié le grand historien français Fernand Braudel et sa Grammaire des civilisations, ceux qui travaillaient sur les civilisations passées.

Le P.S. s’isolait de sa force de frappe culturelle.

Allez donc expliquer que tout se vaut à ceux qui travaillent sur les Incas, dont la civilisation pratiquait les sacrifices de masse les jours de fêtes et préférait brûler vif, étrangler ou enterrer vivants les enfants ? Ou à ceux qui travaillent sur les Aztèques, cannibales qui pratiquaient des sacrifices quotidiens, le cœur des suppliciés étant arraché pour assurer le lever du soleil et les enfants particulièrement recherchés pour être noyés afin d’appeler les pluies ? Aller expliquer cela à ceux qui travaillent sur la civilisation maya : tous les matins devait dégouliner assez de sang le long des pyramides pour qu’il nourrisse la terre et les enfants périssaient sous de savantes tortures car ils croyaient que leurs larmes amenaient les pluies.

Tous les chercheurs, plutôt à gauche, savent la supériorité des civilisations fondées ou refondées sur les droits et devoirs de l’humanité contre cet esprit sacrificiel et ce goût pour la mise en esclavage, les pillages, les massacres et les rites mutilants largement répandus dans le monde, à partir des âges des métaux, de la civilisation maori de Nouvelle-Zélande à celle des Iroquois. Pas un historien sérieux, eux aussi majoritairement à gauche, n’ignore la civilisation romaine qui pratiquait l’esclavage et les jeux du cirque où la population criait « jugurta » (égorge) un gâteau au miel dans la main.

Et aujourd’hui, quel anthropologue ou sociologue peut juger que les civilisations du Mali à la corne d’Afrique qui infibulent entre 100 et 140 millions de femmes valent les civilisations qui l’interdisent ? De la civilisation japonaise aujourd’hui à la civilisation nord-américaine, les civilisations fondées sur l’interdiction du sacrifice et le respect du droit naturel de l’humanité, valent assurément mieux que celles qui s’y opposent, tel est le credo le plus répandu chez les intellectuels.

Le plus drôle dans cet étalage d’ignorance de nos élites politiques issus d’une haute administration la plupart du temps dénuée de culture, car les socialistes ne furent pas les seuls en cause quand on songe à la tournure prise par cette affaire, c’est que si toutes les civilisations se valent pourquoi fallait-il s’opposer au nazisme qui prétendait justement proposer une nouvelle civilisation, celle du IIIème Reich ? Je sais pourquoi mon père a pris les armes contre le nazisme et je sais aussi pourquoi les ancêtres relativistes de Serge Letchimy n’ont pas trouvé que la défense d’une civilisation qui défend les droits et devoirs humains contre un projet de civilisation qui les nie, valait la peine de risquer sa vie, ni même sa carrière. Serge Letchimy avait au fond retrouvé naturellement le réflexe de ceux qui collaborèrent avec le nazisme comme de ceux qui acceptèrent de collaborer avec le colonialisme le plus abject comme on le vit lorsque la gauche française robespierriste avait rétabli l’esclavage à Saint Domingue en 1801 : si tout se vaut, alors pourquoi risquer sa vie?

En vérité, je crois, pour ma part, que précisément ces civilisations inférieures sont condamnées par l’Histoire. C’est pourquoi elles disparaissent et c »est très bien. Nous allons vers la convergence des civilisations entrainée par les grandes spiritualisés qui l’ont emporté et qui ont mis au coeur de leurs valeurs l’amour du prochain comme je crois avoir commencé à le démontrer dans mon livre « Vers la Paix des Civilisations ».

A mon grand étonnement, sur un piège si simple à éviter, le P.S. qui venait de perdre une bataille idéologique majeure en révélant sa véritable nature : non pas le parti des opprimés, des minorités ou des faibles, encore moins celui de ceux qui croient aux valeurs universelles d’origine judéo-chrétiennes, mais celui des sommets de la bureaucratie française qui veut le pouvoir pour le pouvoir et gouverne avec cynisme sans se préoccuper des valeurs au point de juger que tout se vaut si une carrière est possible.

Bref, nous avions gagné Austerlitz, il suffisait de planter notre drapeau. Mais, le plus croquignolesque c’est qu’au lieu de cela,  l’armée des vainqueurs a été reconduite par certains de ses chefs dans ses casemates, la tête basse.

Tes détracteurs vous ont-il demandé votre avis avant de pourrir par voie de presse?

Tout est allé très vite. Car après l’incroyable erreur stratégique du P.S. on assista à une plus incroyable débâcle de l’UMP. Imaginez un mascaret d’équinoxe imprévu qui déboule en quelques heures sur un fleuve puissant ! Je fus pris dans ce reflux dans les heures qui suivirent.

Claude Guéant, qui a un sens de l’Etat indéniable et une fidélité remarquable en ses engagements, à la demande de François Fillon qui paniquait devant le flux médiatique de gauche, me demanda de ne pas intervenir publiquement alors que je me dirigeais vers le seul média qui demandait alors des éclaircissements, la courageuse chaine du Sénat. À la place, je fus chargé d’écrire une réponse de Claude Guéant qui serait rendue publique. J’ai trouvé l’idée très bonne et j’ai immédiatement négocié avec un quotidien, qui accepta la proposition. Je déclinais donc finalement l’invitation d’aller m’expliquer sur la chaine de télévision, ignorant encore l’ampleur de l’incroyable débandade idéologique à droite.

Je n’étais d’ailleurs pas le seul à l’ignorer. C’est un autre côté amusant de cette affaire.  Chez certains intellectuels, le premier mouvement a été plutôt une course à qui s’approprierait mon texte. Même mon ami André Comte-Sponville, qui était déjà avec moi quand je dirigeais l’Union des Etudiants Communistes de la Sorbonne, a voulu sans doute être plus près encore de moi et a écrit qu’il était peut-être l’auteur de la formule. Et Luc Ferry, que j’apprécie beaucoup aussi, a renchéri en envoyant un communiqué à l’AFP. Cela n’a pas duré longtemps (rires).

Tous sans te citer alors que c’était devenu de notoriété publique?

Tous sans me citer, bien sûr. Je passe sur quelques autres intellectuels. Puis, soudain, ce fut le silence. La vague scélérate, ainsi que disent les marins, était arrivée.

Une partie de la presse, des blogs et des réseaux sociaux influencés par le P.S., envoya immédiatement l’artillerie contre Claude Guéant et moi pour prétendre que ce parti était dans son bon droit de nous traiter de nazis. Ce qui n’était pas étonnant même si je trouve peu déontologique d’attaquer des gens sans leur offrir la  possibilité de répondre, et, trop libéral peut-être, je n’aime pas les procès à la presse. Mais, du côté de la presse neutre et de celle qui était plutôt favorable à nos idées, la débandade de l’UMP alors qu’elle venait de gagner la bataille rendait tout illisible. Entre les consignes des uns et l’incompréhension des autres, le silence régna sur l’une et l’autre colonne.

Les choses s’éclaircirent pour moi rapidement : j’avais écrit l’article dans la nuit pour Claude Guéant mais celui-ci m’indiqua trois jours plus tard qu’il avait reçu la consigne de ne pas le publier. Claude Guéant, qui avait donné sa parole de toujours respecter les décisions du Premier ministre, et qui a un grand de l’honneur et du respect de la hiérarchie, n’a pas voulu passer outre à cette volonté du Premier ministre. Ce que je comprends car sans honneur  que valons-nous?

Je me retournais vers l’Elysée. L’Elysée me félicita une fois encore et tenta de me convaincre de rester dans le cabinet Guéant. J’ai obtenu des promesses, d’ailleurs non tenues pour la plupart (rire), mais je m’y attendais, et j’ai accepté pour poursuivre le plus important : cette bataille des idées en conjonction avec mes amis, élus et non élus. Ce qui me conduisit à écrire d’autres textes stratégiques pour Claude Guéant, et pas seulement (sourire), et à développer le cercle d’intellectuels créé pour aider Nicolas Sarkozy, dont le secret a été en partie éventé par la presse.

Quid de la défense de Guéant. Et de celle de l’UMP ?

La défense de l’UMP a été calamiteuse. Austerlitz a été gagné et on a oublié de planter le drapeau… L’UMP souffre, plus que le PS, d’une absence remarquable de pensée structurée. Cette affaire en a montré l’ampleur. Où sont les Reagan, les Thatcher, les Merkel ?  Il ne faut pas les chercher, il n’y en a pas. Seul Nicolas Sarkozy, homme d’intuitions mais non de concept, a la volonté qui aurait permis d’afficher la victoire. Mais il est malheureusement un peu seul sur ce sommets désertés par la pensée et cette solitude ne lui permet pas de mener à bien toutes les batailles, y compris celle de la présidentielle.

Une des raisons de la débandade, c’est que la plupart des dirigeants sont en effet incapables de défendre une position juste car ils sont eux mêmes relativistes ou dénués de culture fondamentale. Et ceux qui pourraient intervenir sont empêchés par ceux qui ne le peuvent pas. C’est la prime au premier de la classe en droit public, à condition d’être dernier en culture générale et dénué de toute imagination avec ce zeste de suffisance qui tient au classement de l’E.N.A.

Il suffit de lire les réactions. L’énarque Juppé proclame le propos de Guéant « inadéquat », le diplômé de droit public François Fillon indique qu’il n’aurait certes jamais prononcé des telles phrases, la débandade fut quasi générale, jusqu’à mon ami Jean-Pierre Raffarin lui-même, sans doute pour régler un vieux contentieux avec Guéant, qui avait feint de croire que les civilisations n’existent pas.

Certes, dans cette réaction, il y a souvent une part de calcul politique. La droite ce n’est pas une meute mais dix meutes. Alain Juppé savait que la victoire de Nicolas Sarkozy signait la fin de ses espoirs d’être à nouveau un jour Premier ministre puis Président. François Fillon,  qui avait trainé les pieds sur maintes réformes, savait qu’une victoire de Nicolas Sarkozy signifiait la même fin de ses ambitions. La suite démontra qu’il convient de se garder de ses « amis «  et à cet égard. Claude Guéant aurait peut-être pu négocier pour obtenir un feu vert et foncer au lieu de se laisser malmener. Il aurait été applaudi après coup. Et il aurait gagné sa députation en se donnant une image qui n’était pas celle, extrémiste, qui fut imposée par la gauche dans une circonscription où le centre est si puissant, une image qui ne correspond en rien à ce qu’il est car il est profondément gaulliste et d’un gaullisme plutôt centriste.  Mais, une fois encore, je condamne rarement ceux qui sont fidèles à leur parole quand les hautes valeurs morales ne sont pas en cause.

Mais, ce qui joua plus encore pour tous ce fut la conjugaison de la peur de la gauche avec l’ignorance et l’origine sociale de cette élite. Car aucune autre droite dans les pays développés n’a un tel mépris des intellectuels et ne recrute la majeure partie de son haut personnel politique dans les cercles de la bureaucratie.

Avec cet effet pervers : les relations avec la gauche bureaucratique deviennent ambigües et les seuls intellectuels mis en valeur par la presse étant les intellectuels de gauche, lorsque la droite veut une légitimation idéologique, ce qui est toujours une nécessité, elle se tourne logiquement vers eux. D’où l’importance accordée aux Edgard Morin et Bernard-Henry Lévy dont les qualités ne sont pas en cause mais comment pourraient-ils offrir une vision d’avenir à la droite alors qu’ils se sentent de gauche ? Même si pour ma part, aussi bien proche de Tony Blair que de G.W.Bush, je trouve ces catégories bien désuètes et presque infantiles.

D’où, en tout cas, pour cette droite, l’incapacité à gagner les batailles idéologiques les plus faciles, comme sur cette question des valeurs. D’où l’apparence de lâcheté de certains dirigeants qui préfèrent leur carrière au pays et craignent moins de ne pas obéir aux valeurs qu’ils ignorent, qu’aux réflexes de prudence bureaucratique. Ne pas penser à un prix. Nicolas Sarkozy saura-t-il en tirer les leçons ? Cette affaire l’a encore démontré : la défaite de la pensée prépare toujours la défaite politique. Et si Nicolas veut revenir, et si, en admettant qu’il le puisse, il veut laisser une marque dans l’histoire, il lui faudra s’entourer de gens qui ont une vision de la France et du monde à l’heure de l’Internet 3, de la mondialisation et de la Puissance d’humanité. Ce n’est pas gagné (rires).

 Comment expliquez-vous que certains passages plus raides du discours que celui dont tout le monde a parlé, n’aient pas été mis en cause par les médias ! ( « La maison de France n’est pas une maison de tolérance » p.4) ou sur l’historiographie disons rapide du fascisme et du nazisme , tous deux déclarés enfants naturels du socialo-communisme?

Oui, j’ai déjà tenté de démontrer dans un autre ouvrage que je suis en train de republier, que les origines du fascisme se trouvent bien à gauche.

Créé par le socialiste Mussolini, qui dirigeait la gauche du Parti socialiste italien et était majoritaire dans le parti, le mouvement fasciste a entrainé l’ensemble des dirigeants des syndicats ouvriers, de l’industrie et de l’agriculture. Il y a un dialogue très intéressant entre Mussolini et le dirigeant communiste Antonio Gramsci à l’assemblée nationale qui éclaire le processus. Et le premier programme du parti fasciste, élaboré d’ailleurs avec une envoyée de Lénine, est conforme aux canons socialistes. La formule en exergue de son journal « Il Populo d’Italia » est d’ailleurs de Blanqui. L’opposition avec les communistes tient au fait que les fascistes italiens reprochent aux communistes de ne pas voir l’intérêt de la classe ouvrière italienne mais celui de Moscou. Et aux socialistes : ne pas vouloir vraiment la révolution nationale et socialiste.

Ce processus est identique dans tous les pays du monde européen, sans exception. Ce sont des dirigeants de gauche qui créent les partis fascistes et nationaux-socialistes (nazi). Le parti national socialiste allemand d’Hitler, né du Parti des Travailleurs Allemands,  de l’extrême-gauche, n’échappe pas à la règle dans sa formation et son programme de nationalisations et d’étatisations, jusque dans le plan de 4 ans de Goering, dont Goering, et il s’est réclamé du léninisme jusqu’à la fin des années 20, dit lui-mêmeu’il est influencé par la planification de Staline. En France même, le communiste, député maire de Saint Denis, Doriot, crée un puissant parti nazi, et le député socialiste Déat, un parti fasciste. Et ils font les mêmes reproches aux communistes : être inféodés à Moscou. Et le même reproche aux socialistes : ne pas vouloir vraiment la révolution nationale et socialiste.

Il faut s’appeler Serge Letchimy pour fendre de l’ignorer. Et d’ailleurs, une des caractéristiques de ces partis a toujours été, comme Serge Letchimy, d’insulter et de diffamer les adversaires, et d’appeler la haine sur eux au nom du prolétariat et des opprimés. Leur style violent dit leur fond. Y compris contre les juifs : l’antisémitisme nazi est en effet un antisémitisme de gauche. Alors que celui de droite part du sol et conduit souvent à l’expulsion et aux expropriations, celui de gauche dénonce dans le juif « le gros », « le riche », l’exploiteur et conduit à l’extermination totale sous prétexte de détruire totalement la bourgeoisie et les valeurs juives responsables de l’exploitation. Cela se voit chez les blanquistes qui inventent l’idée d’une race aryenne contre les juifs, dans leur journal « Candide » et leurs écrits qui seront repris par leurs disciples. Serge Letchimy, par son style violent, est plus proche de ces mouvements qu’il ne le croit.

Mais j’arrête là car je me suis longuement expliqué dans dseux ouvrage La République contre la Démocratie et  Les Démagogues sur cette histoire de la naissance et du développement du fascisme ainsi que sur le léninisme et le stalinisme.

Pourquoi dans ce discours, n’allez-vous pas au bout de votre pensée sur la France? Il suffit de feuilleter votre « Eloge du mode de vie à la française » pour voir que vous pensez que notre modèle est supérieur, non seulement aux aberrations du tiers-Monde, mais aussi, au modèle US ou allemand : les Gaulois, l’assimilation, le jambon beurre ( !!!!!) et même le café théâtre…

Je pense que la France dispose d’un modèle d’identité nationale qui est celui qui porte l‘avenir de l’humanité : une nation fondée non sur le sang mais sur l’appartenance à une société fondée autour des valeurs et habitant sur un lieu. Cette révolution qui a commencé avec Clovis est en effet pour moi la marque d’une avancée de l’humanité vers son destin : reconnaître en elle sa commune humanité. C’est pourquoi je suis fermement opposé à l’abandon du droit du sol que propose François Fillon.  Et c’est pour moi un casus belli.

En ce sens, sur ce point, je dis clairement que le modèle français est supérieur à tous les autres, à l’exception de ceux qui l’adoptent.

Mais je ne pense pas que notre modèle soit supérieur à celui des autres démocraties sur tous les points. Ainsi, en matière de civilité, je pense que le modèle japonais est plus avancé même si sur la place des femmes il est en retard. Je pense que le modèle des Etats-Unis est plus avancé en termes de libertés du corps,  de protection de la propriété et de liberté de la presse, mais moins en termes de protection des déshérités faute d’avoir pensé l’Etat compassionnel.

En fait, à la différence des relativistes, j’ai des critères que je crois clairs et une pensée structurée autour de valeurs et indications léguées par la grande tradition judéo-chrétienne.

L’ennemi idéologique est très clairement identifié : ce sont les trois idolâtries de la modernité : celle de l’Etat, de la Science et du Marché. A partir de ce qui va dans le sens de l’humanité de l’homme, dont j’ai posé les critères dans La Puissance de la Liberté puis La Puissance d’humanité, se dégagent des lignes d’orientation qui permettent de juger la valeur d’une civilisation et son état d’avancement vers l’amour universel des humains.

Or, la France, quand elle est fidèle à elle-même, quand des chefs éclairés la conduisent, a cet avantage sur les autres Cités : elle est vaccinée contre les trois idolâtries. Encore faudrait-il qu’elle secoue sa bureaucratie et retrouve sa joie d’être elle-même.

Quel intérêt de faire de la politique si on rêve pas de devenir conseiller général ou président de la République? Surtout à droite compte tenu de leur détestation quasi-unanime de la réflexion idéologique

La politique est un devoir quand bien même la scène politique est occupée par des ignorants, ce qui, depuis la démocratie athénienne n’est quand même pas un phénomène totalement nouveau (rire). Ma première thèse portait sur Aristote. Et je tiens de cette passion de jeunesse pour Aristote que tout citoyen a le devoir de s’intéresser à la politique. Or, il n’est pas possible de s’y intéresser à partir de grands modèles dans son bureau car, contrairement à ce que pensent certains universitaires, celle-ci n’est pas une science mais un art. Et cet art est un grand art, qui appelle la morale et la métaphysique sur un espace délimité avec d’autres humains. Quand bien même cette cité est gouvernée par des ignorants, chacun doit donc participer en tâtonnant, en se trompant car la privation de connaissances est dans notre nature, en dialoguant dans le respect mutuel afin de trouver le meilleur possible pour la cité. Exactement le contraire de ce qui s’est passé lors de cette polémique sur les civilisations mais ce contraire ne ruine pas la nécessité de continuer car l’ignorance est contingente, le devoir de participer nécessaire.

Le rôle d’élu est d’une autre nature. Il n’est pas une nécessité. Il appelle des responsabilités, donc des devoirs plus que des droits, même si certains élus semblent l’oublier. Il appelle ceux qui préfèrent leur Cité à leur carrière et à leur pécule. Tout juste puis je suggérer qu’il nous faut un Président et une équipe soudée autour de valeurs fermes et d’un projet  audacieux qui bousculent les conservatismes pour redonner à la France sa place. Je crois que c’est plutôt là mon rôle, celui de philosophe conseillant ses amis depuis quelques années. Ce sera ma suggestion à ceux qui ont quelque ambition légitime dans l’UMP ou ailleurs.

Entretien de Marc Cohen avec Yves Roucaute, publié le 16 octobre 2013 dans Causeur

Crimée : le droit naturel des nations

new-york-statue-liberte-face-big - Version 2 Crimée : le droit naturel des nations

La Crimée est russe depuis quatre siècles !

LE MONDE 

L’unité de l’Ukraine vaut-elle une guerre ? Pas même une larme. Pourtant, une armada s’est précipitée au secours de Kiev au nom du droit international, de l’histoire, de la morale même. Et tous de proclamer : force doit rester au droit, la population de Crimée devra demeurer ukrainienne. Le droit des nations à disposer d’elles-mêmes ? Pas pour la Crimée. Cette population ne devrait pas même avoir droit à un référendum. N’avons-nous donc rien appris de l’horreur du XXe siècle ? Combien d’années, de siècles, faudra-t-il pour abandonner cette idolâtrie de l’Etat et la sanctification de sa souveraineté ?

L’heure devrait être à la méditation sur la paix d’humanité dans notre prière pour les âmes balayées par cette boucherie de 1914-1918, née du refus du droit des nations. Sur l’ignominieux traité de Saint-Germain, qui refusa aux Sudètes enthousiastes leur droit de vivre dans la jeune République de Weimar, avant de les rattacher de force à la Tchécoslovaquie, ce qui les jeta dans les bras d’Hitler. Sur cette dynamique de lâcheté née des connivences entre pouvoirs en place, qui conduisit après 1945 au maintien des colonies, et donc aux guerres, puis au découpage arbitraire de territoires décolonisés, et donc aux conflits.

LA PAIX D’HUMANITÉ

Il est une loi qui surgit de la folie des siècles depuis Philippe le Bel et son premier Etat moderne : le refus de la reconnaissance des nations est toujours le chemin de la guerre. Vous voulez la paix ? Préparez la paix. La « vraie paix »(Thomas d’Aquin), la paix d’humanité, celle qui se construit sur la reconnaissance, le respect, la coopération et, finalement, l’aimer des nations.

Las, le bateau ivre de Barack Obama navigue dans un brouillard d’incohérences et il entraîne avec lui nos gouvernements d’ombres. Après avoir démantelé naguère l’Etat de Yougoslavie au nom du droit des nations, il refuse l’autodétermination aux Russes de Crimée. Ses 2 millions d’habitants ne vaudraient-ils pas les 2 millions de Macédoine ? Bataille pour le Kosovo, tenailles pour la Crimée ?

Les Etats-Unis égarés déposent même dans l’abîme leurs valeurs fondatrices. Oubliée, la guerre d’Indépendance née du refus par l’Etat britannique de traiter également ses colonies et de les laisser choisir leur destin. Oubliée, la revendication de la supériorité du droit naturel du « peuple » américain sur le droit international. Pourquoi ne pas accepter de demander leur avis aux habitants de cette terre de Crimée quand les insurgés de Thomas Jefferson l’exigèrent pour eux-mêmes ? Pas même un référendum, dites-vous ? Quand les valeurs ne sont pas universelles, elles ne sont pas.

Les Russes auraient juridiquement donné la Crimée à l’Ukraine, disent nos Tartuffe. Russe, la Crimée l’est, depuis quatre siècles. Majoritairement fière d’être l’enfant du tsar Pierre le Grand. De ce tsar, passionnément européen, qui avait contraint les Russes à s’habiller à la française et sa cour à parler français. De ce tsar qui avait défait les Tatars sunnites de Crimée pour trouver l’indépendance stratégique que ni la mer Blanche, ni la mer d’Azov, ni la mer Noire ne pouvaient lui donner. Et sa capitale Sébastopol, fondée par la tsarine Catherine II, bat d’un cœur russe.

L’ARBITRAIRE D’UN DÉCOUPAGE TOTALITAIRE

Nikita Khrouchtchev, qui dirigeait l’Etat soviétique, a-t-il juridiquement donné la Crimée ? Avait-il demandé son avis aux populations ? Non. Que vaut alors ce droit ? Faudrait-il accorder au Soudan du sud son indépendance, prétextant, à juste titre, l’arbitraire d’un découpage colonial, tandis que la Crimée devrait supporter l’arbitraire d’un découpage totalitaire ?

Derrière cette errance, un non-dit, une crainte, la perception d’une menace, celle de l’ours russe. Non au référendum qui conduirait la Crimée à intégrer, et renforcer , la fédération russe pour devenir sa 22e République. Et d’aviser : un tel résultat ne serait pas validé.

Il serait facile de railler  : un tel acte serait pourtant tout aussi légitime, et moins illégal, que celui qui rattacha Hawaï aux Etats-Unis, en 1959, qui ne fut autorisé par aucun traité. Quant à sanctionner la Russie sous prétexte de n’être pas assez démocratique, pourquoi ne pas boycotter la Chine et son parti unique, qui occupe le Ibet sans même l’accord de la population ? La guerre contre l’URSS ? Inutile de la recommencer, elle a déjà été gagnée, par Ronald Reagan et Jean Paul II, ce Pape qui proclama le droit naturel des nations pour l’emporter.

Vous applaudissez la passion européenne de Kiev qui affaiblirait Moscou ? J’en suis fort aise. Vous engagez un bras de fer perdu d’avance sur une position immorale. Vous détricotez les coopérations laborieusement mises en place, jusqu’au Conseil O.T.A.N.-Russie. Vous perdez un allié face à l’ennemi principal : le terrorisme islamiste.

DEVENIR UNE RÉPUBLIQUE LIBRE

Plus encore, vous applaudissez un crime : jeter la Crimée, pourtant tournée depuis quatre siècles vers l’Europe, dans les bras de Moscou, faute de lui avoir proposé l’indépendance. Vous installez au cœur de ces Européens la détestation de ce qui devrait être leur rêve : devenir une République libre, respectueuse des droits naturels, ancrée dans l’Europe.

Et, au lieu de l’objectif de Charles de Gaulle, construire l’Europe des démocraties libérales jusqu’à l’Oural, vous nourrissez les pires forces réactionnaires, nationalistes et isolationnistes de Russie. Chemin faisant, vous entraînez l’humanité vers la pire des impasses, celle qui rend insoluble la question des Touareg, Kurdes, Palestiniens et Hmong, des dizaines de conflits ouverts ou latents sur le globe et qui jette vers les forces obscures ceux qui souffrent de l’indifférence.

construire La paix d’humanité exige, sur tous les continents, de défaire les Etats quand se joue le respect des nations, et de les aider à des cités libres respectueuses des droits, non de les maintenir dans les fers.

Yves Roucaute dans la guerre contre les Talibans en Afghanistan

kaboul, nov 2001, arrivée de Roucaute avec l'Alliance du NordKaboul, novembre 2001, arrivée sur l’aéroport dans l’hélicoptère de feu le Comandant Massoud en provenance du Tadjikistan et en passant sur l’Hindou Koush alors que les combats font encore rage.

Invité pour fêter la victoire de l’Alliance du Nord qui allait se concrétiser quelques jours plus tard, appelé à participer à cette libération en remerciement de mon soutien à cette lutte et de mon amitié avec le commandant Massoud. Novembre  2001.  Chacun jugera entre ces philosophes qui parlent et prétendent qu’ils ont été proches de Massoud pour se faire de la publicité et ceux qui l’ont vraiment été. J’ai tout simplement été le seul intellectuel invité dans le monde, avec Alain Madelin qui avait lui aussi soutenu Massoud depuis le début et deux amis qui nous ont accompagné. Chacun jugera en conscience. La légende attribue à Aristote cette formule  : Platon est mon ami, mais la vérité l’est plus encore. dommage que cette formule ne soit pas au fronton de tous les médias.

 

 

 

Guantanamo, (article dans le Figaro, en français)

Guantanamo : pour en terminer avec la propagande anti-américaine

Par Yves Roucaute, Professeur d’université Paris X Nanterre, agrégé de philosophie et de science politique

07 juin 2006

En pleine guerre mondiale contre le terrorisme, «l’affaire de Guantanamo» est grave. Au lieu de soutenir ceux qui sont en première ligne dans cette guerre d’un nouveau type, livrée par les forces barbares à toutes les civilisations, le poison de l’antiaméricanisme ruine le moral de nos nations.

La propagande antiaméricaine nous ordonne de tourner nos regards vers Cuba. Non pas le Cuba réel, celui de Castro qui, après avoir tué plus de 100 000 Cubains depuis un demi-siècle, domine par la terreur. Non pas les geôles infectes castristes où croupissent plusieurs milliers de prisonniers politiques (336 officiellement). Dans le programme touristique du politiquement correct : «Le goulag de notre temps» est américain, les plages de sable chaud castristes.

Guantanamo donc. La propagande y dénonce l’isolement et le secret, réclame l’intervention des tribunaux américains, invente des prisonniers détenus sans raison, imagine tortures et viol des droits individuels.

Isolement et éloignement ? Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver des précédents qui n’ont jamais été contestés. Quand, le 22 juin 1940, Hitler lance une offensive aérienne sans précédent contre l’Angleterre, Winston Churchill obtient du gouvernement canadien la détention de 3 000 soldats allemands capturés par l’armée britannique, conduits dans le plus total des secrets dans des camps isolés du nord de l’Ontario et à Kananaskis dans les Rocheuses. Trois raisons : il évite de voir ces détenus revenir au combat en cas d’évasion, prohibe, à partir de la prison, le passage d’informations, et interdit la construction de réseaux nazis. Quand on voit la façon dont les réseaux islamistes se constituent aujourd’hui dans les prisons françaises ou britanniques, le choix de l’isolement ne répond-il pas à la nature de la guerre asymétrique menée par les réseaux terroristes disséminés dans le monde ?

Le secret ? Il permet d’obtenir des informations sans que l’ennemi ne s’en doute, ne sachant qui est pris, ni quand. Il permet des infiltrations, des substitutions de personnes, des dévoilements de complicités, des jeux de désinformation. Provisoire, ce type d’incarcération n’en demeure pas moins stratégique. Et il sauve des milliers de vies.

L’intervention des tribunaux ? Par quelle étrange vue tortueuse de l’esprit s’imposerait-elle nécessairement ? Comme dans toute guerre, l’enfermement de l’ennemi capturé ne vise pas d’abord à juger, mais à empêcher de combattre et à enquêter. Certes, après un certain temps, les informations sont obtenues et le secret de la capture est éventé. Quand cessent l’intérêt pour le renseignement et la possibilité de reprendre les armes, libération et renvoi dans le pays d’origine sont d’usage. C’est pourquoi les Américains libèrent peu à peu les détenus. En ce qui concerne les contestations actuelles, après la décision de la Cour suprême (juin 2004, affaire Rasul/Bush) et le Detainee Treatment Act de décembre 2005, le débat juridique se poursuit, mais nul être sensé ne peut espérer voir les détenus dangereux de Guantanamo gambader en liberté ou monter des réseaux dans des prisons ordinaires.

Les conditions de détention ? Les républiques ne sont pas sans obligations. Comme le montre Kant, elles se différencient à jamais des tyrannies en ce que toute violation de la dignité de l’homme y est punie. En l’oubliant, un soldat signe un double crime : il viole une loi naturelle et sabote les fondements moraux du pays. Laissons là les tartuffes qui feignent pour leur propagande de confondre exactions et règle. Les tribunaux américains répondent à ce souci moral : ils ont prononcé des sanctions à la suite des révélations d’Abou Ghraïb et non un discours de bienvenue au paradis d’Allah.

Mais où sont les preuves de torture de Guantanamo ? Le fameux rapport de la commission des droits de l’homme de l’ONU (février 2005) sur lequel s’appuient les antiaméricains, laisse pantois. Cette commission, qui comptait dans ses rangs la Chine communiste, le Cuba castriste, l’Arabie saoudite… avait trouvé inconvenante la méfiance des autorités militaires qui acceptaient leur venue mais ne voulaient pas les laisser interroger les détenus. En conséquence, elle a refusé de mettre un pied dans le camp et a établi son rapport grâce notamment aux témoignages des… prisonniers islamistes libérés.

Dernier avatar de la propagande ? Un médiocre «documentaire-fiction», The Road to Guantanamo, ours d’or au Festival de Berlin, aux ficelles si grosses qu’elles font regretter Sergeï Eisenstein et Léni Riefenstahl. N’y avait-il vraiment aucune raison de suspecter les trois héros du film, détenus à Guantanamo ? Doit-on prendre pour argent comptant leurs assertions quant aux tortures subies dont il ne subsiste aucune marque ? Victimes de la malchance, ils seraient partis au Pakistan pour un mariage à Karachi, lieu de rendez-vous des islamistes du monde entier en partance pour l’Afghanistan. Puis, ils se rendent 1 200 kilomètres plus loin à Kandahar, centre de commandement d’al-Qaida, lieu de rendez-vous de la filière pakistanaise. Ils musardent jusqu’à Kaboul, où de nombreux renforts talibans arrivent avec eux. Intervention alliée oblige, nos flâneurs se retrouvent ensuite à la frontière pakistanaise où se sont repliés les islamistes. Poursuivis par la malchance, ils sont arrêtés par l’Alliance du Nord, avec des talibans armés, qui les remet aux autorités américaines.

L’antiaméricanisme apparaît chaque jour davantage comme le nouvel opium du peuple. Le coeur d’un monde sans âme d’où la moralité est exclue, le repère fantasque des consciences perdues par la chute du mur de Berlin. Si la vraie force des républiques réside dans la vertu, comme le montra Montesquieu, la vertu se mesure au courage de se battre pour elles. Guantanamo, c’est ce courage.

* Professeur d’université Paris-X Nanterre, agrégé de philosophie et de science politique, auteur de Le néo-conservatisme est un humanisme (PUF)

 

Guantanamo Bay ‘Represents the Courage of the West’

 

Guantanamo Bay ‘Represents the Courage of the West’

By Yves Roucaute*

Le Figaro, France

Translated By Sandrine Ageorges

June 7, 2006
France – Le Figaro – Original Article (French)

 

In the midst of a global war against terrorism, the « Guantanamo affair » is a serious issue. But rather than support those on the front lines of this new kind of war, being waged by barbaric forces against all of civilization, the poison of anti-Americanism is ruining the morale of our nations [Europe].

The prevalent anti-American propaganda orders us to turn our gaze toward Cuba. Not the actual Cuba, Castro’s Cuba – who after having murdered over 100,000 Cubans over a half century, now rules through terror. Not Castro’s infamous prisons, where several thousand political prisoners rot away (the officially number is 336). In the scenic program of the politically correct: « the gulag of our times » is American, and Castro’s Cuba consists of warm sandy beaches.

Thus we return to Guantanamo. The propaganda denounces isolation and secrecy, calls for the intervention of U.S. courts, invents prisoners hold without being charged, imagines torture and violations of civil rights.

Isolated and beyond reach? One doesn’t need to look too far to find similar precedents that went unchallenged. When on June 22, 1940 Hitler launched an unprecedented air strike against England, Winston Churchill obtained from the Canadian government permission to detain 3000 German soldiers, captured by the British army, in absolute secrecy – at isolated camps at Kannanaskis, North of Ontario in the Canadian Rockies. Churchill gave three reasons: he avoided the chance that the detainees would return to the fight in the event they escaped; he prevented the passage of information from the prison; and he prohibited the development of networks of Nazis. When we look at the way Islamist networks are developing behind bars in France and England, doesn’t the option of isolation seem like a natural response to the asymmetric war being fought by terrorist networks spreading throughout the world?

Secrecy? This makes it possible to obtain information without the enemy suspecting it, and not knowing who has been captured or when. It allows for infiltrations, the substitution of individuals, reveals complicit individuals, and the implantation of disinformation. As a temporary measure, this type of confinement strategically useful. And it saves thousands of lives.

The intervention of the courts? Through which tortuous twist of the mind would this be necessary? As during every war, the confinement of a captured enemy is not to seek legal judgment, but to stop the fighting and investigate. Admittedly, after a certain period of time, the information is obtained and the secret detention is revealed. When interest in gathering information subsides and the possibility of a return to battle ceases, release and extradition to the home country is standard procedure. As for the current protests, after the Supreme Court decision (June 2004 in Rasul vs Bush) and the Detainee Treatment Act of December 2005, the legal debate goes on, but no one wants to see these dangerous prisoners from Guantanamo running lose or setting up networks within ordinary prisons.

Conditions of incarceration? Republics are not without obligation here. As Kant stated, because violations of human dignity are punished, Republics differentiate themselves from any form of tyranny. When forgetting this principle, a soldier commits two crimes: he violates natural law and destroys the founding principles of his country. Let’s leave aside those sanctimonious hypocrites who confuse penalties and rules for the sake of their own propaganda. The U.S. courts have fulfilled their moral purpose: after information on Abu Ghraib was released, they ordered punishments rather than a Welcome to Allah’s Paradise speech [execution].

But where is the proof of torture at Guantanamo? The famous report from the U.N. Human Rights Commission (February 2005) used by the anti-Americans leaves one speechless. This commission, whose members counted communist China, Castro’s Cuba, Saudi Arabia … found improper and suspicious that military authorities had permitted them to visit, but would not allow them to meet with detainees. Consequently, the commission refused to set foot in the camp and wrote its report based in part on testimonies of … freed Islamist detainees.

The last propagandist misadventure? A mediocre « documentary-fiction » film, The Road to Guantanamo, which won the Silver Bear at the Berlin Film Festival, with such thick strings that one only regrets Sergei Eisenstein [Communist film maker and Leni Riefenstahl aren’t alive to see it. Is it true that there is no good reason to suspect the three heroes, who have been detained at Guantanamo? Should we take for granted their assertions that they were tortured, even when no evidence remains?

Victims of bad luck, they supposedly went to a wedding in Karachi, Pakistan, the meeting point for Islamists from around the world on their way to Afghanistan. Then they moved 1200km further down the road to Kandahar, headquarters of Al-Qaeda and meeting point of the Pakistani network. They then made their way to Kabul, where many Taliban reinforcements arrived with them. Due to coalition action there, our strollers found themselves on the Pakistani border to where the Islamists had withdrawn. With never-ending bad luck following them, they are then arrested by the Northern Alliance in the company of armed Taliban, who handed them over happily to U.S. authorities.

With every passing day, anti-Americanism looks more like the opium of the people. The heart of a soulless world from which morality is excluded, the odd reference point for a consciousness lost after the fall of the Berlin wall. If the true power of a Republic resides in its virtue, as Montesquieu once stated, the extent of this virtue can only be measured by the courage to fight for it. Guantanamo represents this courage.

* University Professor in philosophy and political science, Paris-X Nanterre, and is author of « Neoconservatism is Humanism » [Le néo-conservatisme est un humanisme](Published by PUF)